Autorités communales et chasseurs se livrent un véritable bras de fer à Rochefort. Au cœur de litige, la relocation de près de 800 hectares de territoires de chasse publics.
La situation est inédite. A partir du 1er juillet, la commune de Rochefort redeviendra titulaire d'une partie de ses propres chasses communales faute d'avoir pu les relouer à un prix décent. Lundi soir, au conseil communal, les autorités ont, en effet, refusé les offres mises sur la table pour la relocation de trois parcelles. Argument: montant insuffisant. Résultat, à partir du 1er juillet, il n'y aura plus personne pour gérer ces parcelles de bois. On parle de près de 800 hectares, soit un peu plus de 20 % des territoires de chasse publics.
>>> A relire: Logique économique vs logique environnementale: les droits de chasse font débat à Rochefort (29/03)
Une offre "au rabais"
Louis de Schaetzen est un des plus gros propriétaires de chasse dans la localité. Il faisait partie des soumissionnaires. Il avait rentré une offre 60% en deça du montant fixé par la commune dans l'espoir de conserver la gestion d'un territoire communal que sa famille occupe depuis 27 ans.
C'est le jeu de l'offre et de la demande. Si nous avons rentré une offre aussi basse, c'est parce que nous étions les seuls à remettre une offre lors des deux adjudications publiques. Nous voulons aussi proposer une chasse plus écologique, à la portée des chasseurs de la région, et cet objectif nous ne pourrons l'atteindre avec des coûts de location trop élevés.
La ville n'ayant pas accepté l'offre "au rabais", la commune va devoir gérer elle-même l'ensemble des parcelles non relouées, et ce jusqu'à la prochaine séance de relocation publique prévue en septembre. Elle devient ainsi responsable des dégâts qui seraient occasionnés par le gibier, responsabilité qui incombait jusqu'alors aux locataires des parcelles de chasse, comme l'explique Louis de Schaetzen:
Les sangliers ont eu leurs jeunes. Comme ils ont malheureusement été habitués à être nourris, ils vont se retrouver du jour au lendemain sans rien. Donc il va y avoir une explosion des sorties hors de la forêt et il va falloir assumer tout cela.
Les autorités communales regrettent aujourd'hui cette situation, d'autant qu'elle aurait pu être évitée d'après Louise Mertz, échevine en charge de la chasse:
Nous étions prêts à descendre jusqu'à 50% en dessous du prix que nous avions fixé. Nous avons conscience que nous ne pouvons plus pratiquer les mêmes prix qu'hier au vu des nombreuses contraintes et réglementations imposées entre autres par la Région wallonne. Mais il était hors de question également de brader les parcelles. Ils nous ont remis une offre à -60%. Elle a été refusé. Cela s'est joué pour une différence de 10 euros de l'hectare. Deux jours plus tard, ils sont revenus vers nous en nous disant qu'ils voulaient bien mettre le prix, mais la procédure était terminée et c'était trop tard. Pourquoi n'ont-ils pas remis la bonne offre directement, pourquoi sont-ils revenus deux jours plus tard? C'est la question qu'il faut se poser.
Mauvais timing
Quoiqu'il en soit, ce jeu de pression conduit aujourd'hui commune et chasseurs dans une situation de blocage qui ne fait les affaires ni de l'un, de l'autre. Louis de Schaetzen explique:
Le calendrier tombe très mal. La prochaine séance d'adjudication sera en septembre nous dit-on, soit à moins d'un mois de l'ouverture de la chasse qui est fixée au 1er octobre. Mais les chasses se préparent des mois à l'avance. Il faut notamment organiser les lignes de tir pour des raisons logiques de sécurité. Je ne sais pas qui souhaiterait reprendre les chasses à un prix pareil à cette échéance là. Et puis, les chasseurs doivent aussi réserver leur journée de chasse. Ce sont des choses qui se font à l'avance et non à la dernière minute.
Le prix fixé par la commune était différent pour chaque parcelle. A titre indicatif, que le prix moyen était grosso modo de 75 euros de l'hectare.
A l'avenir, un prix minimal sera fixé par les autorités communales pour éviter les sous-offres. Les lots seront également divisés en plus petites parcelles dans l'espoir d'attirer plus de candidats locaux. Si le scénario venait à se répéter en septembre, la commune se retrouverait dans une position très délicate: avec une perte de rentrées financières, 800 hectares de forêt à gérer et une population de gibier à réguler.
Les recettes liées à la chasse s'élevait à plus de 250.000 euros en 2020 pour la Ville de Rochefort.