A Rochefort, plusieurs locataires de chasses communales ont décidé de ne pas renouveler leur contrat, ce qui a provoqué un débat sur la bonne gestion du patrimoine forestier au dernier conseil communal.
Avant d'entrer dans le vif d'un débat où logique économique et environnementale s'affronte, un préambule s'impose. Pour bénéficier d'un droit de chasse, il existe deux systèmes: le gré à gré qui entraîne le renouvellement tacite de la location ou l'adjudication publique, comme l'explique l'échevine des forets de Rochefort, Louise Mertz:
Si le titulaire sortant refuse la reconduction de gré à gré aux conditions du cahier des charges en gardant le même prix et toutes les autres conditions, alors la chasse est remise en location publique. C'est une sorte de location aux enchères. Le Département nature et forêt soumet à la commune un prix de location en dessous duquel on ne peut pas descendre. Les personnes intéressées posent leur prix, et sur base de ces prix, les enchères commencent.
A Rochefort, les locations de chasse rapportent 260.000€ par an, une manne importante qui n'est donc pas à négliger. Mais voilà, plusieurs droits de chasse jusque-là attribués de gré à gré viennent de passer en adjudication publique. Les chasseurs voulaient que la Ville baisse ses prix, mais Rochefort a refusé. L'adjudication publique ouvre donc la possibilité à de nouvelles sociétés de chasse - ou aux sociétés actuelles - de s'installer pour neuf ans dans les bois rochefortois à un tarif qui pourrait être bien inférieur à l'actuel. C'est ce que craint François Bellot, conseiller de la majorité, qui met en garde le collège:
Ma crainte est que, comme on l'a observé en Ardenne, il y ait un effondrement des prix des locations des chasses, ce qui représenteraient des pertes financières importantes pour la Ville. On parle ici de centaines d'hectares.
Renouveler les sociétés de chasse
Pour Thierry Lavis, conseiller UPCR d'opposition, les adjudications permettront de renouveler les sociétés de chasse et ainsi de limiter les mauvais comportements.
Quand vous êtes titulaire depuis neuf ans ou dix-huit ans d'un droit de chasse, il y a forcément des habitudes qui se créent. Ce type de chasse, à cause du nourrissage qui est pratiqué, engendre une multiplication des populations de sangliers. Cela cause des dégâts énormes pour les agriculteurs, mais aussi pour la forêt. Les sangliers prennent les jeunes pousses de chênes pour faire leurs nids et ce sont donc des arbres qui ne grandissent pas et une forêt en mauvaise santé.
Il convient de faire la distinction entre les chasses où une cinquantaine de bêtes sont tuées pour faire de la régulation et d'autres orientées plus business que l'on appelle «chasse à action». Dans le second cas de figure, c'est la satisfaction de l'actionnaire qui prime. Ce dernier a souvent payé d'importantes sommes pour sa partie de chasse et tient donc à revenir avec un "beau tableau". Dans ces cas-là, une centaine de bêtes peuvent être abattues. C'est précisément les domaines des chasses à action qui se louent cher. Et ce sont ces domaines qui sont actuellement passés en adjudication.
On comprend mieux ici toute la question du débat où logique économique et environnementale s'oppose. Il s'agit de visions politiques différentes, ajoute l'échevine des forêts:
Il faut voir quels sont les intérêts supérieurs aujourd'hui? Est-ce que ce sont les intérêts financiers ou les intérêts environnementaux? Il faut trouver le bon deal, car si la commune perd de l'argent, on gagnerait en biodiversité et en bien-être pour l'écosystème.
Les droits de chasse pour ces domaines devraient être attribués d'ici mai prochain. Le système de gré à gré n'est pour autant pas abolit à Rochefort.