Au cours d’une soirée très tendue, le conseil communal a rejeté les plans d’allègement fiscal de la majorité comme de l’opposition. Dinant n’a donc actuellement aucune mesure d’aide fiscale pour les commerçants
«Je ne suis pas fier, ce soir». Axel Tixhon, le Bourgmestre de Dinant, quitte le conseil communal, tenu exceptionnellement à La Balnéaire, le visage fermé. Les conseillers dinantais ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur les mesures d'allégement fiscal pour venir en aide aux commerçants. Ni le plan de la majorité, ni celui de l'opposition n'a réussi à convaincre. Résultat, Dinant n'a, pour l'heure, aucune mesure fiscale à proposer aux commerçants et indépendants touchés par la crise du Covid-19. Retour sur une soirée mouvementée, en deux temps…
Premier temps: le plan de la majorité
Le plan de la majorité prévoyait de ne pas appliquer en 2020 la taxe sur les enseignes publicitaires et celle sur les débits de boisson. Il réduisait aussi de 40% la taxe sur la mise à l'eau des embarcations et celle sur les terrains de camping.
L'opposition, emmenée par Christophe Tumerelle, tire à boulets rouges sur le texte. Outre la lenteur de la réaction dinantaise, elle fustige le manque d'ambition du Collège :
Proposition très administrative, sans aucune empreinte politique, un plan sans envergure et sans grande volonté de venir en aide aux commerçants et aux indépendants ! Le plan de la majorité que nous pouvons appeler « très light » aide à peine certains commerçants, nullement l'ensemble des indépendants et pas du tout les citoyens.
Pour les autorités dinantaises, la Ville n'avait pas les moyens de faire plus. Le Bourgmestre, Axel Tixhon, dit comprendre ce goût de « trop peu ».
Je peux comprendre ce sentiment mais, avec la Directrice financière, l'administration, le BEP et l'UCM, nous avons analysé le dossier et le cadre est là. Malheureusement, on ne peut pas faire plus sans mettre à mal les finances pour plusieurs années. Or, les impacts de la crise ne sont pas encore connus. Les défis de demain seront énormes et vous, vous nous proposez des dépenses supplémentaires ? C'est de l'absence de réflexion à long terme pour un peu de publicité dans les médias.
Le point est mis au vote. La minorité ainsi que Marie-Christine Vermer et Alex Miskirtchian s'opposent tandis que la majorité vote pour. En l'absence de Thierry Bodlet, souffrant, on arrive à un résultat de 11 contre 11, le point est rejeté.
Deuxième temps: le plan de l'opposition
Le plan de l'opposition est débattu en toute fin de séance alors que le ton était déjà monté plusieurs fois. Il envisageait l'exonération de plusieurs taxes pour les indépendants (terrasses, séjour, spectacles, mise à l'eau des embarcations) mais aussi celle sur la propreté publique qui bénéficierait à l'ensemble des citoyens dinantais. Le tout est estimé, par l'opposition, elle-même à 743.000€. Ce montant serait compensé par une réduction des frais (405.000€) et un prélèvement dans le fond de réserve à hauteur de 338.000€.
Les rôles s'inversent et c'est maintenant au tour de la majorité d'attaquer le texte. Joseph Jouan affirme que s'ils peuvent les rejoindre sur certaines taxes, tout n'est pas acceptable.
La taxe de séjour, elle sert à financer la maison du tourisme et le syndicat d'initiatives. Comment va-t-on faire venir des gens à Dinant si vous nous privez de moyens ? La taxe sur la propreté publique, cela représente 40€ par ménage. Vous supposez que donner 40€ à chacun en 2021, c'est ça qui va les aider ?
Le débat s'envenime et la tension devient palpable. Dans la grande salle de la Balnéaire, le Président Lionel Naomé éprouve bien des difficultés à ramener le calme.
Laurent Belot, l'échevin du Commerce, a des mots très durs pour qualifier la stratégie de l'opposition :
On est dans la « politicaille » dans tout ce qu'elle a de plus répugnant. On est à mille lieues d'un consensus. Chacun devra faire son examen de conscience. Il faudra expliquer aux gens pourquoi on n'est pas arrivé à se mettre d'accord.
Au débat politique, s'ajoute une dimension administrative: le plan de l'opposition n'a pas été validé par la Directrice financière, il pourrait donc être rejeté par la tutelle wallonne.
Le point est finalement mis au vote. La majorité, avec cette fois Alex Miskirchian, rejette le plan. La minorité et Marie-Christine Vermer vote pour. Avec 12 voix contre et 10 pour, le plan ne passe pas.
Le cas Miskirtchian
Alex Miskirtchian, le célèbre boxeur et patron de restaurant, s'est opposé aux deux plans. Conseiller communal de la majorité plutôt discret, il est l'un des artisans de l'échec de l'équipe Tixhon. A la sortie du conseil communal, il expliquait sa position en quelques mots :
Je trouve qu'il y a toujours moyen de trouver des solutions, aller rechercher des budgets. Dans les deux cas, je pense qu'on pouvait faire mieux. Moi, j'ai fait mon calcul, pour faire fonctionner mon restaurant, j'ai besoin de 8.000€ chaque mois. Comment je fais?
Et maintenant?
A la sortie du conseil communal, la minorité affichait sa satisfaction, celle d'avoir obligé le Collège à revoir sa copie. Il est vrai que pour la majorité tripartite dinantaise, c'est un premier (gros) revers politique. Avec deux conseillers qui votent contre leur groupe, la majorité dinantaise s'est fissurée ce lundi soir même si le Bourgmestre parle d'un concours de circonstances avec l'absence de Thierry Bodlet et la situation professionnelle difficile d'Alex Miskirtchian.
Sur le fond, Axel Tixhon le promet, ils vont se remettre au travail pour proposer un nouveau plan mais celui-ci devra nécessairement rester dans le cadre budgétaire fixé par la Directrice financière.
Nous sommes déjà allés au-delà de la limite donc c'est très compliqué de pouvoir pousser les murs. Le cadre est là, on n'aura pas beaucoup de possibilités d'aller plus loin maintenant on peut être plus créatif. Mais on ne va pas aller rechercher des milliers d'euros, comme le propose l'opposition. C'est pour ça que je parle de démagogie, c'est quand on ne peut pas aller là où certains disent qu'on peut aller.
Si la Ville de Dinant veut bénéficier des compensations promises par la Wallonie dans le cadre de l'allègement de la fiscalité communale (30.000€), elle devra trouver un accord avant le 30 juin.
>> La réaction complète d'Axel Tixhon
>> La réaction complète de Christophe Tumerelle