On se trompe sur la nature de la liste ICI formée par un cartel MR-PS-CDH. Au fond, il ne s'agit pas d'une liste "Tous contre Cheffert". A l'analyse, ce serait plutôt une liste "Tous pour Deville".
Jeudi 18h30. La conférence de presse de lancement d'ICI, orchestrée au milli-poil, démarre par un mot d'accueil de Frédéric Deville. « Merci d'avoir répondu à mon invitation », commence Deville, qui se reprend immédiatement : « Merci d'avoir répondu à notre invitation ». Au deuxième rang de la salle, une voix (CDH) maugrée : « Ah quand même… » Une note discordante après 10 secondes de prise de parole : anecdotique au regard de l'ambiance générale détendue et complice, certes, mais symptomatique néanmoins. Car après une heure de conférence, l'impression est celle d'une liste où la personnalité de Frédéric Deville a éclipsé tout le monde.
Le candidat bourgmestre Deville a beaucoup parlé. De lui. De ses débuts en politique. Des trahisons qu'il a vécues. De ses amis. Emotion. Voix chevrotante. Une annonce de candidature en larmes ? Ce serait inédit. Mais le candidat avale une gorgée d'eau, se ressaisit.
« J'étais le vilain petit canard, et aujourd'hui je suis accueilli par des gens qui m'écoutent. J'ai confiance dans les gens qui m'entourent. J'ai confiance dans tous les rouges, tous les oranges et ça fait du bien. »
Le candidat Deville a une « belle histoire » à raconter. Son pitch est merveilleusement simple : c'est l'histoire d'un jeune gars motivé qui fait des belles fêtes et a plein d'amis, se lance en politique, se prend un pain dans la gueule, mais remonte sur le ring avec encore plus d'amis et plus de motivation. Le storytelling de sa campagne est tout trouvé. Merci Cheffert, au passage.
Qui sera le chouchou des médias?
Au PS, ils ont quoi ? Un ancien bourgmestre sympa mais pas jeune et pas motivé. Au CDH, ils ont quoi ? Un jeune plus tout jeune mais motivé, sans autant d'amis que « Frédo ». Chez Ecolo, pareil. Au MR, enfin, ils ont un bourgmestre sortant qui se coltine (à tort ou à raison, c'est un autre débat) l'image du bourreau du gentil Frédo.
Qui sera le chouchou des médias en 2018 ? « Gentil Frédo » bien sûr. Le challenger. Le mec qui fait des selfies pendant son jogging. L'aimant à « likes ». Calcul vite fait au PS et au CDH : ils doivent faire une alliance avec Deville. Question de survie s'ils ne veulent pas jouer les spectateurs du match MR contre MR.
L'immense habileté du dispositif est la touche citoyenne, évidemment. 7 candidats de la société civile, rien que ça. Qui auront deux échevinats assurés si la liste obtient une majorité absolue. Et qui occupent déjà la moitié de la table de la conférence de presse, à part égale avec les politiques : l'image est réfléchie, elle est forte. Question : qui vous a contacté pour être sur la liste ? Réponse des « civils » : Deville, trois fois. Eux aussi, ils viennent pour Deville.
Aucune question pour PS et CDH
19h15, fin de la conférence. Cinq journalistes sont là. Quelques questions fusent. Significatif : aucun journaliste ne pose de question au CDH, ni au PS. Aucun. Il n'y en a que pour Deville. Alors on se trompe en estimant qu'il s'agit d'une liste « Tous contre Cheffert ». Cheffert n'est pas dans l'équation. Le principe de cette liste, sa force fondamentale, est évident : « Tous pour Deville » devrait être son slogan.