La jeune créatrice de mode cinacienne, la cohabitation avec les mouvements de jeunesse et l’histoire de Mamadou Lamarana Bah, voici les premiers choix de la série « 2025 sur pause ».
Pour cette dernière semaine de l'année, on met « 2025 sur pause » et on prend le temps de s'arrêter sur les événements qui ont marqué. Ces choix purement subjectifs traduisent ce que nos invités, nos journalistes et vous voulez garder de cette année.
Pour ce premier numéro, la rédaction a choisi d'inviter Isabelle Goos, la directrice du Gardian, un centre qui accueille des personnes porteuses de handicap. A ses côtés, on retrouve Fiorine Guéry.

Vous accueillez quel type de public au Gardian ?
Isabelle Goos : Nous sommes agréés pour du handicap léger à modéré, avec des troubles du comportement et quelques difficultés de type PMR, mais nous n'avons pas les bâtiments réellement adaptés pour accueillir du PMR. Nous accueillons 30 bénéficiaires en service résidentiel permanent. Nous avons aussi développé il y a quelques années un service de vacances adaptées pour des personnes en situation de handicap, léger à modéré, avec une petite spécificité pour du service répit depuis l'année passée, pour du handicap un peu plus lourd et/ou des personnes qui ont besoin d'espace-temps avec un encadrement un peu plus important.
L'idée, c'est de développer une autonomie notamment par des activités très concrètes au centre ?
I. G. : Oui, nous avons cette spécificité d'avoir été créés en 1971 pour répondre à un besoin local qui était à l'époque le problème du travail pour des personnes en situation de handicap mental. Nous sommes restés avec une partie de cet ADN qui constitue notre philosophie de travail. Clairement, nous essayons de développer des activités dans lesquelles nos bénéficiaires puissent se sentir utiles à la société, se sentir réellement acteurs d'un projet, pas seulement le leur, mais aussi sociétal. Nous avons énormément d'activités tournées vers l'extérieur.
2025 marque les 35 ans du Gardian tel qu'on le connaît aujourd'hui. Vous avez organisé pas mal d'événements, notamment un défilé de mode inclusif. Mais il y a aussi en arrière-fond une inquiétude sur vos subsides, vos financements, au point que vous allez aujourd'hui chercher de l'aide du côté du privé.
I. G. : Oui, nous avons lancé une campagne importante, un crowdfunding et un mécénat pour une toute nouvelle activité que nous avons ouverte en novembre dans le cadre du dernier événement des 35 ans. Il est évident que ce type d'activité, qui n'est pas directement lié aux missions traditionnelles que l'on peut faire dans des centres comme les nôtres, nécessite d'avoir recours à d'autres types de subventionnements. Le subventionnement de base suffit pour faire la mission de base. Dès le moment où on veut sortir un peu de la mission de base, il faut faire preuve de créativité et faire appel au secteur privé. C'est une des opportunités qui maintenant tout doucement se présente.
Ce n'est pas anodin d'aller frapper à la porte du privé quand on est un centre comme le vôtre.
I. G. : La crainte que l'on a, c'est toujours de perdre ses valeurs, de perdre son identité au profit d'un donateur dans ce cadre privé. On peut aussi se poser la même question si c'est une fondation ou un mécène. Mais la question derrière, c'est : à partir du moment où une entreprise nous aide, jusqu'où est-ce qu'on va dans l'acceptation des conditions qui seraient les leurs au détriment peut-être du projet initial qui était le nôtre ? La question est effectivement fondamentale.
Le choix d'Isabelle Goos : À 25 ans, cette couturière cinacienne cartonne avec sa marque de prêt-à-porter
Coline Thomas a lancé sa marque "Les coups de fil" début 2025. Elle confectionne à la main des accessoires et vêtements de mode. Et elle vient de s'installer dans son atelier à Ciney.

Je trouve que ce qui est génial, c'est d'aller au bout de ses engagements. Parfois on peut avoir cette politique de « on fait bien, on achète de temps en temps dans des magasins locaux », mais derrière on fait quand même des achats lors du Black Friday sur les plateformes en ligne. Ici, on a un exemple de quelqu'un qui va au bout de son engagement réel, qui ne propose pas une fast fashion.
Le reportage est arrivé un peu tardivement parce que nous avions un événement avec un magasin local en septembre, un événement de mode au sein du Gardian. Si j'avais vu ce reportage avant, je lui aurais clairement proposé un partenariat pour mettre en évidence sa collection, son travail, parce que je trouve ça extraordinaire d'avoir cette conviction et cette niaque d'aller au bout des choses et de ne pas faire du green social, du greenwashing comme on peut l'entendre un peu trop souvent.
Fiorine, c'est le hasard mais c'est une thématique qui vous touche aussi particulièrement : la mode locale, la relocalisation des filières chez nous.
Fiorine Guéry : Oui, c'est vrai, et quand je vois ce reportage, je me dis qu'à Matélé on a quand même tendance à couvrir les questions et les réponses. Combien de reportages n'a-t-on pas faits sur les bulles à vêtements qui débordent au point que certaines communes se voient obligées d'interdire l'accès à ces bulles, les magasins de seconde main qui reçoivent de plus en plus de vêtements de mauvaise qualité, etc. Voilà pour les questions, et ce genre de reportage, c'est vraiment la réponse. Comme Isabelle Goos l'a dit, aller au bout de ses engagements. Coline Thomas le dit dans le reportage : proposer des pièces simples et un peu intemporelles, des pièces qui ont une valeur, une éthique, un raisonnement. C'est vrai que moi, c'est une thématique qui me touche au-delà de mon amour pour la couture.
On va dévoiler un petit secret à nos spectateurs : vous êtes capable de faire ce genre de pièces aussi ?
F.G : Je suis capable de faire une pièce en probablement un mois. Quand je vois ce qu'il y a derrière elle, je me dis : « Waouh, le travail est énorme. »
Le reportage de l'année de Fiorine Guéry : L'Ardenne prise d'assaut par les mouvements de jeunesse : comment gérer la cohabitation ?
Chaque été, près de 1600 camps scouts s'installent dans le sud namurois et en province de Luxembourg. À Bièvre ou Houffalize, par exemple, c'est une véritable vague de foulards qui déferle dans les champs.

Pourquoi ce choix ?
Fiorine Guéry : C'est une thématique qui me tient particulièrement à cœur : 20 ans de scoutisme dans ma vie. C'est vrai que c'est le genre de reportage sur lequel j'aime être envoyée. À Matélé, on a quand même souvent l'occasion d'aller voir les mouvements de jeunesse, pour de chouettes initiatives, mais aussi quand les choses ne se passent pas forcément bien, notamment au niveau de la cohabitation avec les riverains, avec les autorités communales.
Cette année, on a mis le paquet avec 4 minutes de reportage où on invite tout le monde à venir donner son avis, même en dehors de notre zone puisqu'on est allé jusqu'à Houffalize dans le cadre de l'Info de l'Eté qu'on partage avec TV Lux. C'était vraiment l'occasion de se dire : qu'est-ce qui fait qu'on a des espèces de hot spots comme ça, des villages qui sont vraiment plus attractifs que les autres ? C'est principalement, la beauté de notre région et toute une série de critères qui font que des champs sont plus attractifs que d'autres.
Est-ce que dans le secteur du handicap, la cohabitation, le vivre ensemble, c'est aussi un enjeu ?
Isabelle Goos : C'est évidemment un enjeu. Globalement, le regard sociétal a quand même changé sur la personne en situation de handicap, avec un accueil nettement plus chaleureux que celui que l'on pouvait avoir par rapport à la différence il y a quelques années. La connaissance aussi de la situation de handicap, du double diagnostic, des troubles du comportement au sein même de la société fait que le regard change et que l'accueil est meilleur. Le Gardian est implanté dans un tout petit village. Au niveau de la ruralité, le contact est quand même nettement plus simple.
Votre choix : Mamadou Lamarana Bah publie son premier livre : un récit de courage et d'intégration
Arrivé de Guinée il y a sept ans, Mamadou Lamarana Bah s'est enraciné en région namuroise. Après un spectacle en 2022, il signe son premier ouvrage "Après le courage" où il partage son histoire.
