Nucléaire

DECRYPTAGE | Sécurité nucléaire : que prévoit la Belgique en cas d'incident ?

publié le:29/09/2025 14:32:00 - mis à jour: 29/09/2025 17:03:09

La Belgique n’est pas en reste face aux risques nucléaires. Plans d’urgence, coordination transfrontalière, rôle des communes : on fait le point dans "Le Journal sur Pause".

Dans ce nouveau numéro du “Journal sur Pause”, on s'intéresse à la sécurité nucléaire en Belgique et on découvre ce qui est prévu en cas d'incident nucléaire.

De l'autre côté de la frontière française, les autorités revoient actuellement leur plan d'urgence en cas d'incident nucléaire. Chez nous, en province de Namur, la centrale de Chooz n'est pas la seule à représenter un risque pour la région. Le risque zéro n'existe pas, surtout quand on habite dans un rayon de 20 km autour d'une centrale nucléaire comme celle de Chooz. Près de 75.000 habitants en province de Namur sont concernés. Que prévoit la Belgique en cas de catastrophe ?

Pour en parler deux invités : 

  • Denis Mathen, Gouverneur de la province de Namur, qui coordonne le plan au niveau provincial. 
  • Thibault Vanaudenhove, responsable du service surveillance du territoire à l'AFCN, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire.

La mission de l'AFCN est de protéger la population, les travailleurs et l'environnement face aux dangers liés aux rayonnements ionisants. Au-delà d'un service de contrôle, d'inspection et de réglementation, c'est avant tout un service d'aide et de protection de la population. L'AFCN réalise aussi des campagnes de sensibilisation.

Le PPI français et la consultation publique

Du côté français, le plan particulier d'intervention (PPI) de la centrale nucléaire de Chooz fait l'objet d'une consultation publique. Ce plan d'urgence prévoit toutes les mesures à prendre en cas d'incident nucléaire. C'est un dispositif français géré par le préfet du département, qui s'applique à un périmètre de 20 km autour de la centrale. Ce PPI doit être révisé tous les 5 ans. Dans ce périmètre, il y a plus de Belges que de Français, environ 75.000 personnes sont concernées chez nous, mais aucune commune belge ne fait officiellement partie de cette consultation publique. 

Denis Mathen, les Belges ont-ils le droit d'exprimer leur avis concernant ce PPI ?

Denis Mathen : C'est tout à fait légitime. Il y a le PPI français et le PPI belge. Du côté français, la législation prévoit une consultation du public, ce qui n'est pas le cas du côté belge. Cependant, si des Belges donnent leur avis et participent aux réunions organisées, ils ne seront pas rejetés. La consultation se déroule du 28 septembre au 28 octobre.

Du côté belge, si la consultation n'est pas obligatoire comme en France, nous avons finalisé le plan pour Chooz et l'avons envoyé au ministre de l'Intérieur. J'ai écrit à tous les bourgmestres du périmètre en donnant la méthodologie. Quand nous aurons les retours du ministre de l'Intérieur, nous organiserons des informations pour les bourgmestres et des simulations. Nous informerons également ceux qui seront amenés à appliquer le plan dans les communes : les fonctionnaires de planification d'urgence et les communicateurs. Puis, en accord avec les bourgmestres, nous verrons comment aller vers la population une fois le plan finalisé.


A LIRE AUSSI : Plan particulier d'intervention (PPI) de Chooz : 5 questions pour tout comprendre


Le plan d'urgence nucléaire et radiologique Belge

En Belgique, notre propre plan d'urgence nucléaire vient aussi d'être révisé ?

Denis Mathen : Oui, il y a un plan d'urgence qui concerne tout le territoire belge, révisé en 2024 : le PUN, le Plan d'Urgence Nucléaire. Ce plan prévoit des plans déclinés pour les infrastructures qui concernent le territoire. Nous avons fait trois plans provinciaux concernant les trois infrastructures qui touchent la province de Namur : Tihange, l'IRE de Fleurus (Institut des radioéléments) et la centrale de Chooz en France.

Pour la centrale de Chooz, nous avons depuis longtemps des contacts réguliers avec la préfecture des Ardennes. Nous avons pu faire des remarques, échanger nos plans respectifs et organiser un exercice en 2023. Les contacts sont tout à fait réguliers.

Concrètement, que comprend ce plan nucléaire et radiologique ? Quel est son but ?

Thibault Vanaudenhove : Le but du PPUIN est de définir les responsabilités de toutes les instances et cellules au niveau fédéral et local, ainsi que l'organisation et les échanges d'informations entre ces cellules. L'AFCN a un grand rôle dans certaines cellules, notamment avec son expertise radiologique, mais d'autres institutions apportent aussi leur expertise selon les plans. En fonction du risque et du scénario, nous soumettons des propositions d'actions de protection envers la population : évacuation, mise à l'abri, prise de comprimés d'iode. Ces décisions sont prises sur base de l'évaluation des experts, notamment de l'AFCN mais aussi d'autres institutions comme l'AFSCA, par exemple.

Pourquoi l'AFSCA ?

Thibault Vanaudenhove : L'AFSCA est importante car il peut y avoir un impact sur la chaîne alimentaire. Quand un nuage se répand sur le territoire, les retombées touchent les champs et les animaux. L'impact sur la chaîne alimentaire est très important à suivre à moyen et long terme.

Dans quel cas active-t-on ce plan ?

Thibault Vanaudenhove : Ce plan peut être activé dès qu'il y a un risque pour la population, notamment en cas de rejet dans l'environnement. Il y a deux manières d'activer ce plan. La première, sous sollicitation d'une exploitation liée à Doel ou encore Tihange, parce qu'il y a un problème et un risque de rejet. Nous avons aussi un réseau de télémétrie réparti sur tout le territoire qui mesure en continu la radioactivité dans l'environnement et dans l'eau. Cette surveillance continue H24 est gérée par l'AFCN.

Denis Mathen : Au niveau provincial, c'est le Gouverneur qui active le plan. Il peut y avoir différentes raisons. Soit une activation automatique parce que le préfet des Ardennes déclenche son plan dans le cas de Chooz. S'il y a déclenchement par le préfet des Ardennes, il y aura automatiquement déclenchement au niveau belge, au niveau de la province de Namur.

Il peut aussi y avoir déclenchement en dehors d'un déclenchement français, grâce aux contacts avec l'AFCN et le Centre de crise fédéral. En fonction des informations données, notamment sur la météo et l'importance de l'événement, un déclenchement pourrait être fait pour mettre en œuvre la communication, l'alerte et préparer les mesures.

Nous avons défini des blocs dans lesquels des mesures vont être préconisées. Ces blocs seront activés en fonction de la direction du nuage et des mesures prises sur une partie plus ou moins grande du territoire.

Comment se déroule la coordination avec les communes et les services de secours ?

Denis Mathen : Lors du déclenchement, nous convoquons le comité de concertation, le comité de coordination de crise, une cellule spécifique qui rassemble toutes les disciplines : pompiers, police, aide médicale urgente, aide psychosociale, défense, protection civile, communicants et autres acteurs. Dans un cadre nucléaire ou radiologique, l'AFSCA et l'AFCN sont également invités.

Tous ensemble, nous prenons la mesure de la situation, collectons les données transmises et restons en relation permanente avec le Centre de crise fédéral. Pour le cas de Chooz, des vidéoconférences sont organisées avec la préfecture des Ardennes de manière très régulière pour partager l'information.

Le gouverneur préside ce comité de coordination. Il y aura aussi un lien vers les bourgmestres, qui devront réunir une instance de suivi à leur niveau. Les bourgmestres feront le relais des mesures en termes de communication et de transmission de l'information avec les services de terrain, notamment la police et les pompiers.

Communication transfrontalière

Il y a des inquiétudes du côté de la population concernant la communication avec le côté français. L'année dernière, en mars, un incident avec rejet de fluides radioactifs non contrôlés avait eu lieu dans la Meuse. La province avait été informée 82 jours plus tard. Que peut-on dire à la population concernant cette communication transfrontalière ?

Denis Mathen : On peut dire que l'élément qui ne fonctionne pas va parfois occulter tout ce qui fonctionne bien. Par rapport à cet événement de rejet non déclaré, la préfecture des Ardennes même n'avait pas été informée à l'époque.

Des débriefings ont été faits en cellule de sécurité avec toutes les disciplines. Des contacts ont été pris avec la préfecture des Ardennes pour améliorer les choses. C'est toujours cela : tirer les leçons, voir les erreurs et améliorer.

Au niveau des exercices, il peut y avoir des exercices de plus petite ampleur qui ne sont pas liés uniquement au nucléaire, mais qui mettent en œuvre le fonctionnement des vidéoconférences, la circulation de l'alerte et la communication avec les différents intervenants.

Il y a toujours de temps en temps des dysfonctionnements. Il faut en tenir compte, ne pas les ignorer et tenter de les améliorer. C'est ce que nous faisons au quotidien.

Thibault Vanaudenhove : Le cœur du plan, c'est qu'on met tous les moyens en œuvre pour s'adapter à la situation. La meilleure manière de tester tous les moyens mis en œuvre, c'est de faire des exercices. Nous ne cessons de faire des exercices pour une amélioration continue. C'est vraiment le cœur du plan d'urgence.

Autres risques en province de Namur

Quels sont les autres risques auxquels nous sommes potentiellement confrontés en province de Namur ?

Thibault Vanaudenhove : En province de Namur, il y a la centrale de Chooz, Tihange est un peu plus loin mais un rejet pourrait arriver en fonction de la direction du vent sur la province. Il y a aussi le site de l'IRE à Fleurus. L'Institut des Radioéléments (IRE) est un établissement nucléaire. Son activité principale est la production de radio-isotopes pour le secteur médical. Le risque pour la population est moindre que pour une centrale, mais pour lequel nous nous préparons et faisons également des exercices.

Quelle est la différence des risques entre l'IRE à Fleurus et les centrales nucléaires ?

Thibault Vanaudenhove : Le risque, dès qu'il y a relâchement, c'est le contenu du panache radioactif. Ce n'est pas le même genre de radioactivité qui se trouve dans le panache, cela ne va pas aller aussi loin, ne va pas se déposer de la même manière. Les actions de protection seront donc différentes. Par exemple, pour l'IRE, nous ne prévoyons pas d'évacuation dans les zones de préparation, alors que cela peut être prévu sur une zone plus étendue autour des centrales.

Perrine Borlée, Journaliste
Perrine.borlee@matele.be

 
 
 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30