Agriculture
Du seigle sans engrais et sans fongicide, l'expérience grandeur nature d'un agriculteur de Chevetogne
publié le:26/07/2023 14:57:00 - mis à jour: 27/07/2023 18:23:17
Cultiver sans utiliser de produits artificiels, c'est l'un des crédos de Philippe Henrard. Il fait partie d'un groupement de chercheurs qui expérimentent les méthodes de l'agriculture régénérative.
À l'un des points culminants du Condroz, deux champs de céréales s'opposent. D'un côté, s'étend du du seigle travaillé de manière traditionnelle avec des produits phytosanitaires. De l'autre, on retrouve également du seigle, mais cultivé sans utilisation de fongicide et sans engrais. Ces deux cultures font partie d'une expérience grandeur nature lancée par Philippe Henrard, un agriculteur de Chevetogne.
Ce seigle est destiné à la filière panifiable et va servir à faire du levain. C'est une toute nouvelle filière locale. Quand on va récolter, on va faire des essais et voir s'il y a une différence de rendements. Si le rendement est identique entre les deux cultures, c'est déjà positif. Cela veut dire qu'on a pu se passer d'un fongicide et avoir les mêmes rendements. Si le rendement est supérieur, c'est bingo.
Philippe appartient à un groupement d'agriculteurs, soutenu par la Région wallonne, et conseillé par l'association Régénacterre, spécialisée dans l'agroécologie. Charlotte de Wulf, biologiste, est chargée de mission pour l'ASBL :
Notre objectif est de réduire les intrants, augmenter la résilience des cultures et l'autonomie face aux produits chimiques.
Le travail des vers de terre et des orties
Des méthodes plus naturelles, moins intensives, c'est ce que l'on nomme aujourd'hui l'agriculture régénérative. L'un des champs de Philippe n'a plus été labouré depuis 2015.
On y voit déjà l'activité écologique. La terre est devenue grumeleuse, c'est dû au travail des vers de terre. Quand on laboure, on ne voit plus tout cela. La terre est revenue au-dessus, c'est la machine qui a travaillé le sol. Dans ce cas-ci, la nature a remué la terre.
Des techniques bien spécifiques ont été utilisées, Charlotte de Wulf précise:
On a bio-stimulé le seigle grâce à des macérations d'orties. C'est un extrait fermenté qui contient une série de molécules perçues par le seigle comme étant des potentielles menaces alors qu'elles ne le sont pas. Mais cela permet au seigle de se préparer à combattre une maladie potentielle en étant plus résistant.
D'ici quinze jours, le seigle des deux cultures différentes sera récolté. Philippe Henrard et l'ASBL Régénacterre pourront tirer les premières conclusions mais l'expérience ne s'arrêtera pas là pour autant. La recherche continue sur les hauteurs de Chevetogne.