La sécheresse persiste. Dans les prairies, l’herbe manque et les agriculteurs puisent déjà dans leurs stocks de fourrage pour nourrir le bétail. Exemple dans une ferme en Famenne à Serinchamps (Ciney).
Les vaches sont en pâture, mais elles n'ont plus rien à y brouter depuis cet été. Alors que les champs devraient être bien verts à cette période de l'année, ils affichent une couleur vert pâle, particulièrement en Famenne, une région où les sols sont plus secs. La sécheresse perdure et, conséquence directe, le bétail est nourri à l'étable depuis plusieurs semaines. Françoise Tagnon, agricultrice à Serinchamps, témoigne :
Ça fait presque deux mois maintenant. Depuis début août, les bêtes rentrent matin et soir pour manger, parce que ça ne pousse plus dans les champs. Ce n'est pas normal. Bon, il arrive qu'on ait de petites périodes de sécheresse, etc. Mais en général, si on gère bien le pâturage, elles vont à un moment à un endroit, puis à un autre. Normalement, à partir de la mi-avril, jusqu'à ce qu'elles rentrent à la Toussaint, on commence à les nourrir en octobre, mais jamais comme ceci depuis deux mois.

"Plus de charges et moins de rentrées"
Les stocks de fourrage sont donc déjà bien entamés, alors qu'ils devraient être encore intacts en cette saison. L'agricultrice poursuit :
On va quand même avoir du mal à boucler l'année. On espère bien qu'on va y arriver, mais ça va être compliqué. Je pense que les agriculteurs vont devoir acheter. On sait aussi qu'ils vont devoir acheter du maïs un peu plus loin de chez eux. Et depuis février, le mazout pour les tracteurs a doublé : il était à 60 centimes, en février, et aujourd'hui il est à 1,60 €. Donc c'est plus de travail, plus de charges et moins de rentrées.
Pas de dernière coupe
En août dernier, les agriculteurs espéraient encore voir les champs reverdir, mais les quelques pluies ont été de trop courte durée. Insuffisantes en Famenne pour redonner des couleurs aux prairies et envisager une ultime coupe en fin de saison. Une coupe qui aurait pourtant permis de renflouer un peu les stocks. Françoise Tagnon :
Quand il a commencé à pleuvoir, après les incendies dans les Fagnes, à la mi-août, on a bien pensé que c'était reparti et qu'on allait pouvoir de nouveau faire une coupe, voire deux peut-être, en tout cas pour que les bêtes soient autonomes. Mais on a eu très peu d'eau au total depuis le 17 août. On a eu 48 litres ici en Famenne et ce n'est évidemment pas suffisant, puisque le soleil est de nouveau là et le vent vient tout sécher.

Une sécheresse historique
Selon l'IRM, le niveau de sécheresse observé cet été et en ce début d'automne pourrait dépasser celui de 2018. Si la situation se prolonge encore quelques jours, il pourrait s'agir de la plus forte sécheresse observée en Belgique depuis le début des relevés homogénéisés, en 1970. L'agricultrice s'interroge :
On nourrit beaucoup d'inquiétudes par rapport à l'agriculture dans les années à venir, puisque les sécheresses se répètent. On parlait toujours de 1976 comme étant la grande référence. Mais depuis plusieurs années, les épisodes se répètent. J'espère que 2026 va être une annnée "bascule" et qu'on va commencer à réfléchir autrement. On doit s'inquiéter, c'est certain, des incendies dans les bois, mais il faudra réfléchir aussi à ce qu'on va mettre dans nos assiettes.
Au-delà de l'impact sur le fourrage et de la baisse des rendements agricoles en général, la chaleur a eu des conséquences bien plus graves sur la santé du bétail. Le taux de mortalité bovine a augmenté de 25 % cet été. Le nombre d'avortements est lui aussi en hausse, sans oublier une baisse notable de la production laitière.