En Wallonie, les céréales sont récoltées de plus en plus tôt. Sous l'effet du réchauffement climatique, les dates de moisson se sont avancées jusqu'à un mois en l'espace de quatre décennies.
En plein mois de juillet, la moisson touche déjà à sa fin sur cette parcelle de seigle située à Chapois, près de Ciney. Une scène qui n'a plus rien d'exceptionnel aujourd'hui, mais qui aurait surpris il y a quelques décennies. Car les récoltes s'invitent désormais de plus en plus tôt dans le calendrier agricole, comme le constate Philippe Henrard, un agriculteur cinacien.
Généralement, les récoltes pouvaient arriver jusqu'au 15 août, voire jusqu'au début septembre. Ici, on arrive déjà aux trois quarts du mois de juillet. C'est extraordinaire.
Ce constat, de nombreux agriculteurs le partagent. Et les données le confirment. Au Centre wallon de Recherches agronomiques, à Libramont, les relevés météo et le suivi des cultures montrent que les dates de moisson se sont progressivement avancées. En une quarantaine d'années, certaines récoltes arrivent désormais jusqu'à un mois plus tôt, comme le confirme Damien Rosillon, chercheur au CRA-W:
Ce n'était pas habituel, mais ça le devient de plus en plus. La raison n'est pas vraiment la canicule, mais le réchauffement climatique qui fait que la température de fond augmente d'année en année. C'est cette température de fond qui fait que les céréales croissent plus rapidement, d'où des moissons plus précoces.
Des rendements qui restent très variables
Cette hausse des températures accélère donc le développement des céréales. Mais cette précocité ne garantit pas une meilleure récolte. Les épisodes de chaleur et le manque d'eau peuvent freiner le remplissage des grains et peser sur les rendements. Philippe Henrard est en témoin:
Les terres bien exposées et profondes donneront des rendements intéressants. Par contre, sur les terres plus légères et caillouteuses, on va être pénalisé. Cette année, cela peut varier du simple au double.
Face à ces changements climatiques, certains agriculteurs adaptent progressivement leurs pratiques. Choix de variétés plus résistantes, travail des sols pour préserver l'humidité ou encore diversification des cultures : les exploitations cherchent à gagner en résilience. Le seigle fait notamment partie des pistes explorées.
C'est une céréale beaucoup plus rustique. Elle résiste mieux à la sécheresse et au stress lié à la chaleur grâce à des racines qui vont beaucoup plus profondément.
Rien n'est encore joué pour les autres cultures
Si la plupart des céréales sont désormais récoltées, la saison agricole est loin d'être terminée. Pour le maïs, les pommes de terre ou encore les prairies, les prochaines semaines seront déterminantes, prévient Damien Rosillon:
Si on a de la pluie dans les deux semaines qui arrivent, on peut encore récupérer et bénéficier d'une bonne arrière-saison. En revanche, si la sécheresse s'installe durablement, cela deviendra beaucoup plus compliqué. Rien n'est joué.
Des moissons plus précoces, donc, mais des récoltes qui restent plus que jamais tributaires des conditions météorologiques. Les agriculteurs devront continuer à composer avec un climat de plus en plus imprévisible.