Rétrospective

Du Square de l’Amicale à la cour de récré de Barvaux, ces lieux qui ont façonné 2025

publié le:23/12/2025 18:00:00 - mis à jour: 25/12/2025 13:50:49

Le Square de l’Amicale de Rochefort, les jeunes de Second Souffle à Beauraing et la cour de récréation de Barvaux-Condroz, le vivre-ensemble est au cœur de ce deuxième « 2025 sur pause ».

Pour cette dernière semaine de l'année, on met « 2025 sur pause » et on prend le temps de s'arrêter sur les événements qui ont marqué. Ces choix purement subjectifs traduisent ce que nos invités, nos journalistes et vous voulez garder de cette année. 

Pour ce deuxième volet, la rédaction a choisi d'inviter Etienne Cellier, un architecte paysagiste de Hamois. A ses côtés, on retrouve Perrine Borlée. 

 

Vous êtes l'architecte paysagiste derrière la zone humide de Chevetogne, le Square de la l'Amicale à Rochefort, le Cœur de l'Hileau à Houyet, le Castel Saint-Pierre à Beauraing, vous avez des projets à Han, à Hastière, au parc des Roches à Rochefort. Sur votre site internet. il y a une expression qui m'a beaucoup plu, vous écrivez "artisan du cadre de vie". Est-ce que vous avez le sentiment de redessiner notre cadre de vie ?

Etienne Cellier : C'est vraiment un des enjeux et un des moteurs qui nous poussent à travailler tous les jours. C'est d'aller chercher à renforcer les qualités de notre cadre de vie, donc que ce soit les qualités environnementales et puis les qualités de vivre ensemble. Et le terme d'artisan, c'est parce qu'on doit aussi toujours faire avec ce qui est là. En général, on ne vient pas avec une vision complètement étrangère au lieu et aux gens. L'objectif, c'est vraiment de travailler, d'adapter le projet à chaque lieu.

 

Est-ce qu'il y a une responsabilité quand on se dit qu'effectivement, les choix que vous allez poser vont influencer les gens qui vivent là, qui travaillent là, parfois pendant des décennies.

E. C. : Tout à fait. Et puis en plus, les projets prennent un certain temps. Donc non seulement on doit anticiper ce qui va se passer plus tard, la manière de fonctionner, mais on doit aussi répondre à des enjeux globaux, des enjeux planétaires, des enjeux de territoires ruraux, des enjeux de chaque ville et commune. Et donc, c'est sûr qu'on doit essayer de s'adapter, d'être à la pointe, entre guillemets, pour faire au mieux pour les générations futures.

 

Vous faites souvent l'actualité parce que vous êtes au cœur de nombreux projets mais vous êtes rarement au cœur d'une polémique aussi forte que celle qui a eu lieu autour du réaménagement du Square de l'Amicale à Rochefort qui a été tagué quelques jours avant son inauguration. Ça vous a touché personnellement cette opposition ?

E. C. : Oui, forcément, ce sont effectivement des projets qu'on mène sur un certain laps de temps, sur plusieurs années, et qui sont faits avec notre passion, notre quotidien. C'est sûr qu'il y a des incompréhensions, c'est normal, maintenant qu'il y ait des actes de vandalisme et des actes hors-la-loi, ce n'est pas normal, donc c'est effectivement très dommage.


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Votre associé me disait, d'habitude, on ne réagit pas parce qu'on a l'impression que nos projets vont parler pour nous. Ça n'a pas fonctionné, ou pas comme vous l'auriez souhaité ?

E. C. : Manifestement. En tout cas, les actions ont été préméditées, c'est une première chose, c'est d'autant plus dommageable. Peut-être que le débat n'a pas eu lieu. Je pense qu'aujourd'hui, l'espace parle pour lui-même, il a été occupé de nombreuses reprises, encore maintenant avec le marché de Noël. Il va faire sa place. Maintenant, qu'il y ait débat sur certaines questions, c'est important. Qu'on ne respecte pas le travail, les droits de chacun et les lieux de chacun, ce n'est pas normal.

 

Au cœur des protestations, il y avait l'abattage des arbres et le fait qu'on avait l'impression qu'on allait imperméabiliser toute la place. 

E. C. : Il faut savoir que dans un projet d'espace public, rien n'est simple. Moi, j'ai pour coutume d'expliquer ça en disant c'est un égaliseur, donc c'est une série de curseurs qu'il faut monter et descendre en fonction de tous les intervenants. 

Les intervenants, Dieu sait qu'ils sont nombreux sur le projet Rochefort. On est sur un site classé, on a une autoroute de câbles en dessous, une cabine haute tension, on est sur la roche, donc clairement, la perméabilisation du sol est très relative, on est sur le caillou directement. On a des curseurs d'identité, on a des curseurs d'activité touristique, d'événement, donc dans le cahier des charges, il fallait pouvoir mettre un chapiteau de telle taille, etc. On a des accès pompiers... Donc on ne fait pas ce qu'on veut et on ne choisit pas ce qu'on veut, il y a un pouvoir subsidiant qui dit ceci, cela, etc. Donc c'est vraiment notre rôle, c'est d'essayer de trouver un équilibre, une harmonie dans tous ces éléments qui plaise au plus grand nombre.

Alors, effectivement, on a dû couper des arbres. En l'occurrence, ce n'est pas nous qui avons décidé en se disant, on prend la gomme, on efface. C'est quelque chose qui a été concerté, discuté avec une étude phytosanitaire et d'ailleurs, les terrassements ont démontré que ce hêtre en particulier n'avait pas de racines, puisqu'on est sur la roche directement. Donc ce n'était pas une essence sur le long terme. On a essayé de replanter le mieux possible, mais effectivement ce n'est pas non plus une réserve naturelle, c'est un site avec une activité touristique très très importante. Donc voilà, tout ça ce sont des équilibres qu'il faut trouver. 

Et sur la notion de perméabilité du sol, à nouveau tout est fait pour que les eaux restent le plus possible sur la place. Les eaux coulent dans la fosse du platane, puis dans la fosse des nouveaux arbres et puis dans le talus, enfin dans la rampe et puis vers le parc. Donc on n'a pas renvoyé les eaux vers les égouts directement, ou le moins possible. Donc tout ça est géré peut-être de manière subtile ou moins évidente que quand on met des dalles gazon, mais tout ça est géré et pris en compte.


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Le choix d'Etienne Cellier : Les Sérénades, l'été en musique au cœur de Rochefort

Tous les mercredis soir de juillet et août, les Sérénades animent le square de l'Amicale, à Rochefort. Un rendez-vous musical et convivial, pensé pour rassembler touristes et riverains.

 

 

Qu'est-ce que vous ressentez en voyant le Square revivre ? en voyant les petits enfants en maillot jouer dans les fontaines ? 

 

Etienne Cellier : C'est effectivement la plus belle satisfaction qu'on peut avoir, au-delà de respecter le budget, de respecter des contraintes techniques, etc., c'est que le site vive et crée des souvenirs pour les gens. C'est ça qu'on fait. C'est pareil pour la zone humide de Chevetogne, voir les gens qui se promènent et qui sont simplement contents d'être là et qui prennent du plaisir en groupe, en famille. Créer des lieux de vivre ensemble, c'est notre métier. Dans certains cas, on est plus orientés nature. Dans d'autres, on est plus orientés sur les espaces urbains comme à Rochefort. Créer des souvenirs pour les gens et renforcer le sentiment d'appartenance des gens à leur ville, à leur territoire, à leur commune, je crois que c'est vraiment ce qu'on cherche dans notre travail.

 

Est-ce que l'architecture, comme vous la concevez, c'est faire en sorte que les différents usages puissent finalement cohabiter sans qu'on mette une ligne très nette entre les différents acteurs du lieu ? 

E. C. : Je parlais des curseurs tout à l'heure, notre objectif, c'est de trouver cet équilibre. On a pendant plusieurs décennies, dans beaucoup de villages, on a mis le curseur "voiture" très en haut. Beaucoup de nos villages sont défigurés, ou en tout cas configurés par l'usage de la voiture. On a fait une route au milieu, on a mis des bordures. Par l'usage, par le phyto, beaucoup d'aménagements d'espaces publics ont été définis par les modèles agricoles d'entretien intensif, les plantes annuelles. Beaucoup de nos villages ont été aménagés par la mode du mobilier urbain. On a importé des modèles urbains à la campagne, donc on a mis des petites barrières, des petits bancs métalliques et des petites couleurs dans plein de villages. Aujourd'hui, on essaie effectivement de se trouver plutôt dans une logique d'équilibre, où à la fois la mobilité est importante, le climat est important, l'identité est importante, les activités permanentes, les activités événementielles pour que tout ça forme un tout agréable à vivre.

 

Le reportage de l'année de Perrine Borlée : Les jeunes de l'ASBL "Souffle un peu" récoltent les invendus pour fournir l'épicerie solidaire de Beauraing

A Beauraing, l'asbl "Souffle un peu" réalise des missions d'activité citoyennes avec des adultes porteurs d'un handicap. Ils collectent des invendus pour fournir l'épicerie sociale de la ville.

 

 

Pourquoi avoir choisi de nous faire revoir ce reportage ?

Perrine Borlée : Personnellement, c'est le genre de thématique qui me parle en tant que citoyenne. J'ai une petite affinité avec tout ce qui est associatif et en particulier aide à la personne, personne porteuse de handicap. Dans ma famille, mon petit frère que j'adore, est porteur de handicap. J'ai donc déjà cette sensibilité. Pouvoir mettre ces initiatives en évidence, en valeur, ça me semblait important et c'est un de nos devoirs en tant que journaliste.

 

Ce qui vous a plu aussi, c'est la réaction de nos internautes sur les réseaux sociaux. C'est pas toujours le cas.

P. B. : Vous avez raison. Généralement, je ne vais pas voir ce qui se dit sur les réseaux sociaux par rapport à notre travail. Enfin, ça dépend mais j'essaie un peu de me préserver aussi parce que c'est pas toujours simple. Mais bon, j'aime quand même voir un peu comment nos reportages sont accueillis. 

Et là, il y avait une certaine fierté de voir ces jeunes être proactifs dans notre société, se retrousser les manches et aider d'autres personnes dans le besoin à Beauraing. J'ai été touchée particulièrement par la famille du jeune Maxime que j'interviewe dans le reportage. Ils étaient aussi fiers de mettre en évidence le travail et l'action de leur fils. Et je trouve qu'on sert à ça aussi, à mettre en valeur ces belles actions.

Votre choix : une cour de récré verte pour l'école de Barvaux-Condroz

Des arbres, des plantes, un verger ou encore des fleurs. La nature s'invite dans cet établissement scolaire qui a pu bénéficier d'un subside de 3.000€ grâce au projet « ose le vert, recrée ta cour ».

 

Il va peut-être naître des vocations d'architecte paysagiste à Barvaux-Condroz? 

Etienne Cellier : C'est un super reportage, effectivement, une super initiative. Très simple, finalement, avec pas beaucoup de moyens financiers, mais avec des moyens d'envie, beaucoup de moyens humains, cela permet de changer les codes culturels, de changer le modèle agricole, de faire grandir nos enfants dans quelque chose de simple. Et que ça devienne leur quotidien sans se poser la question de l'esthétique ou d'autres choses.

 

Vous avez travaillé sur plusieurs projets de plaines de jeu.  Comment travaille-t-on sur ce type de projets ? Est-ce qu'il faut revenir à son regard d'enfant ? 

E. C. : Ce qu'on cherche, c'est que le jeu soit simple et que l'espace soit ludique déjà par lui-même, qu'on ne soit pas obligé de mettre des jeux rouges, bleus, jaunes pour donner l'impression que ça va être plus jouant qu'autre chose. Le caractère jouant, la psychomotricité, c'est l'espace qui le confère le plus souvent. Il faut essayer de jouer avec le lieu qui est là plutôt que d'installer des choses extraordinaires.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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