Les présidents des CPAS de Ciney et de Dinant, Séverine Goedert et Lionel Naomé, reviennent lors d’une interview croisée sur les aides au logement et les finances parfois compliquées des CPAS.
Le samedi, on met désormais le Journal sur pause sur Matélé pour prendre le temps de s'arrêter sur ce qui a fait l'info de la semaine. Suite à la période de grand froid que nous venons de connaître, on s'intéresse aux personnes sans-abris ou mal logées dans nos communes. Quelles solutions peuvent apporter les CPAS ? Quelles sont les limites de ces aides ? Les présidents des CPAS de Ciney, Séverine Goedert, et de Dinant, Lionel Naomé, répondent aux questions de Céline Sérusiaux.
On s'en souvient, il y a quelques semaines, deux personnes sans-abris plantaient leur tente dans la cour de l'Hôtel de ville de Dinant, pour alerter sur leur situation. Est-ce qu'au niveau des CPAS, vous avez l'obligation de trouver un logement à tout le monde ?
Lionel Naomé : Nous à Dinant, nous avons trois appartements d'urgence, qui peuvent être mis à disposition pour autant qu'on soit dans les conditions. La première condition, évidemment, c'est de passer la porte du CPAS et d'introduire une demande en bonne et due forme. Il y a quand même un suivi aussi qui doit être organisé par nos assistantes sociales. Et puis, à ce moment-là, on peut les loger en appartement d'urgence, mais qui porte leur nom. Donc, il ne s'agit pas d'y rester à demeure, comme c'est malheureusement parfois le cas.
Voilà, pour la première étape. Après, le but, c'est que ces personnes puissent réintégrer le logement public, par exemple ?
L.N. : Exactement. C'est un peu la filière que nous suivons. Donc, l'accompagnement vise à pouvoir mettre en place une procédure renvoyant ces personnes vers les AIS (agences immobilières sociales, ndlr.), notamment, ou alors, plus singulièrement chez nous, la Dinantaise.
Pour vous, c'est une obligation de moyens, mais pas nécessairement de résultats. Il y a des limites à l'aide que peuvent apporter les CPAS.
Séverine Goedert : Oui. A Ciney, nous avons cinq logements d'urgence et un logement d'extrême urgence. La première limite, c'est quand nos logements d'urgence sont complets. Si la personne est demandeuse, si elle a passé la porte du CPAS, alors évidemment, on ne la laisse certainement pas comme ça. On essaie de trouver des solutions avec elle. Et la première chose qu'on fait, si tous les logements sont pris, on essaie de lui trouver une place en maison d'accueil assez rapidement.
Il y a aussi des gens qui ont une maison, un appartement mais insalubre, impossible à chauffer. Est-ce que là aussi, les CPAS peuvent aider ?
S.G. : Le service d'énergie travaille beaucoup à cette problématique. Les personnes, évidemment, peuvent faire une demande d'urgence pour du pellet, pour du mazout, etc. Le service essaie aussi de donner des conseils de prévention, justement pour faire des économies.
C'est le cas à Dinant aussi ? Les CPAS ne font pas tous exactement la même chose. Vous avez chacun la liberté de mettre le focus sur une aide ou sur une autre.
L.N. : Nous bénéficions également de ce type de service énergie à Dinant. Nous avons aussi énormément de demandes par rapport à des garanties locatives. Là, le CPAS peut intervenir au-delà de la première aide qui est mise en place, qui est de l'aide d'urgence au niveau financier.
Il ne faut pas avoir peur, il n'y a pas de honte à passer la porte du CPAS, ce n'est pas pour rien que nous sommes là. L'objectif, évidemment, c'est d'accompagner le demandeur et de pouvoir l'aider à se réinsérer que ce soit pour un travail, en matière de logement ou même sur le plan financier. On a un service de médiation de dettes qui peut accompagner lorsqu'on a des problèmes financiers, qu'on ne parvient pas à gérer son propre budget.
S.G. : Il y a des procédures à respecter. La personne qui arrive pour la première fois, elle va être dirigée vers le service de première ligne. C'est vraiment le service qui va un peu démêler un petit peu tout le dossier. Puis, la personne sera dirigée vers les services annexes, soit vers la médiation de dettes, soit vers la réinsertion. Ça dépend un petit peu la demande aussi de la personne, mais on a plein de services de seconde ligne qui peuvent prendre la personne en charge sur différentes problématiques.
Les CPAS dans le rouge
Il y a quelques semaines, Lionel Naomé, vous présentez le budget du CPAS de Dinant, préparé sous la précédente mandature, puis vous demandez de ne pas le voter. La situation des CPAS est vraiment compliquée ? Celle du CPAS de Dinant particulièrement ?
L.N : Par rapport au budget, c'était plutôt une vision stratégique. Le fait de retirer le vote du budget ou de reporter le vote du budget, ça permettra à la nouvelle majorité de traduire financièrement parlant le programme d'action qui doit être menée.
Le programme d'action, c'était quand même qu'il faut faire des économies.
L.N : Non, non. Je rappelle toujours que je ne suis pas l'échevin des finances du CPAS. Je suis le président et ma première mission, c'est l'aide sociale. C'est la première mission. Après, singulièrement, nous devons travailler évidemment avec un budget qui, à dix ans, est assez pesant dans les finances communales. On ne peut pas l'ignorer maintenant. Mon premier but, en tout cas, en étant installé depuis un peu moins d'un mois maintenant, c'était d'établir un inventaire. Donc, je souhaitais avoir un cadastre que ce soit au niveau de l'emploi, au niveau des aides sociales, au niveau patrimonial. Une fois qu'on a une bonne vue d'ensemble, on peut mener des actions visant à engendrer des économies de dépenses, notamment, et pouvoir présenter un budget plus adéquat.
Séverine Goedert, vous avez peut-être vu une vue plus longue, puisque vous étiez déjà présidente du CPAS de Ciney, lors de la précédente mandature. Plusieurs fois, vous avez tiré la sonnette d'alarme, les CPAS, de manière générale, éprouvent des difficultés. Vous avez de plus en plus de missions qui vous viennent des niveaux supérieurs, Région, fédéral. Vous êtes tout le temps sur le fil au niveau des finances ?
S.G. : Oui, on doit toujours faire attention. Maintenant, nous, au niveau de Ciney, c'est vrai qu'on a eu des années compliquées, les années Covid, et puis la crise en Ukraine n'a pas aidé les CPAS, que du contraire. Mais, nous avons quand même bien diminué les dépenses du CPAS, puisque depuis 2020, on a diminué d'un million d'euros les dépenses du CPAS, grâce notamment à la réinsertion. Et ça, je pense qu'on doit continuer notre travail. C'est un travail de longue haleine, c'est un travail qui ne se fait pas sur 6 mois, c'est un travail qui a pris des années. Maintenant, on arrive quand même à un résultat assez conséquent. On doit continuer, évidemment.
Les économies, c'est une chose mais dans le même temps, il y a des gens qui sont dans une détresse manifeste.
S.G. : Les gens sont dans la détresse, mais on ne peut pas non plus distribuer l'argent public comme on veut. Il faut quand même, que derrière cette détresse, qu'il y ait une enquête financière, une enquête sociale qui soit réalisée par le travailleur social. Et donc, cet argent, il doit être utilisé à bon escient. Même si on arrive à faire des économies, si la personne est vraiment dans le besoin et qu'on n'a pas d'autre solution, on lui accordera une aide, ça, c'est certain.
Il y a une difficulté financière peut-être encore plus grande à Dinant. Vous êtes sous Plan Oxygène. Donc, vous devez faire d'autant plus attention aux dépenses. Mais, à côté de ça, il y a peut-être à Dinant, plus qu'ailleurs, des gens qui sont dans des détresses tellement importantes que ce n'est pas là qu'on fait les économies.
L.N. : Non. Alors, rappelons que ce qui pèse énormément dans le budget du CPAS et puis indirectement de la commune, c'est effectivement les cotisations de responsabilisation qui incombent à toutes les communes et aux CPAS (les pensions des statutaires). Et chez nous, c'est un poids énorme dans notre budget, parce que nous avons l'ancien centre hospitalier qui dépendait du CPAS, qui est maintenant un organisme privé, mais qui a toujours des statutaires en son sein. Nous devons assumer cette charge qui représente un chiffre quand même qui avoisine les 2 millions par an. C'est énorme sur une charge de personnel d'un peu moins de 6 millions.
Alors, il y a effectivement la gestion de cet aspect-là, mais je ne veux pas que ça se fasse au détriment de l'aide sociale. Et donc, si le budget doit être revu et va faire l'objet d'une révision prochainement avec mes collègues, nous mettrons tout en œuvre pour que ce ne soit pas l'aide sociale qui soit touchée.