Aïda Yancy présente un exposé intitulé « Résistance antiraciste en milieu rural : on se met en mouvement ».
Militante et formatrice antiraciste et LGBTQIA+, Aïda Yancy propose un exposé en trois temps : qu'est-ce que la race ? qu'est-ce que le racisme ? et comment pratiquer l'antiracisme ?
Aïda Yancy commence par clarifier un point fondamental :
Les races biologiques, on le sait, depuis au moins les années 80 et bien avant, ça n'existe pas. Il n'y a qu'une race, la race humaine. On sait bien qu'il y a plus de points communs entre l'ADN d'une personne noire et d'une personne blanche au Brésil, qu'entre une personne noire au Brésil et une personne noire au Nigeria par exemple.
Cependant, pour Aïda Yancy, la race sociale existe bel et bien. Elle explique que "la race est une construction sociale au même titre que le genre". La conférencière insiste sur l'importance de distinguer quatre concepts souvent confondus : la race, l'ethnicité, l'origine et la religion.
- La race : "Une construction sociale, basée sur la couleur de peau et le phénotype"
- L'ethnicité : "L'ethnicité fait référence à des facteurs purement culturels". Cela regroupe donc des personnes qui ont des traditions culturelles, linguistiques, communes.
- L'origine : "L'origine c'est le lieu de naissance ou d'origine d'une personne dans le cadre d'une migration nationale ou internationale, d'après l'organisation internationale pour les migrations. Ça comprend parfois aussi le lieu d'origine des parents".
- La religion : "La question de la religion n'est pas liée à la race ni à l'origine, elle est parfois liée à l'ethnicité".
Héritage colonial et stéréotypes
Au XVIIIème siècle, le naturaliste suédois Carl von Linné crée des catégories raciales hiérarchisées avec des caractéristiques spécifiques. Précurseur du racisme dit scientifique , il identifie des catégories d'hommes : le blanc européen est léger, sage, inventeur, le noir africain qui est fourbe, léthargique, négligent, flegmatique, paresseux…
Ces stéréotypes, tous ces petits clichés non seulement ils ont une histoire mais aussi une fonction. Leur fonction, c'est de justifier toute une série de comportements qui pourraient être perçus comme négatifs dans d'autres cadres. En général, on veut être gentil. Pour l'être, il faut vous raconter des histoires qui font qu'on est toujours le gentil. Le stéréotype de personnes qui sont très, très paresseuses fait que quand vous vous baladez une Bible à la main et que vous mettez les gens au travail, vous les sauvez des flammes de l'enfer. C'est comme ça qu'on réduit des gens en esclavage facilement.
Aïda Yancy souligne que ces représentations persistent aujourd'hui dans la culture populaire, les manuels scolaires et les médias.
Le racisme systémique
Pour Aïda Yancy, le racisme est une oppression systémique qui se manifeste à quatre niveaux : individuel, institutionnel, structurel et historique.
Pour l'institutionnel, cela se traduit; par exemple, par le fait de diriger les enfants d'un même groupe vers les mêmes filières. Le niveau structurel est encore plus large, cela regroupe les discriminations à l'embauche, l'accès au logement etc.
Concernant le "racisme anti-blanc", Aïda Yancy l'affirme clairement : "Ça n'existe pas au sens systémique, car il manque les dimensions institutionnelle, structurelle et historique".
La conférencière aborde par contre le concept de privilège blanc, défini comme "le fait d'avoir un avantage sur un autre groupe qui est considéré normal pour celles et ceux qui le détiennent". Parmi ces privilèges, on notera l'individualité (vous êtes en retard, c'est parce que c'est vous, cela n'est pas la caractéristique d'un groupe social), la présomption d'innocence, la bonté (on part du principe que tous les blancs sont gentils et ont des bonnes intentions) et la neutralité.
Personne n'échappe au racisme
Aïda Yancy note que personne n'échappe au racisme, y compris les personnes qui tentent de se déconstruire.
Elle propose des pistes concrètes : reconnaître le problème sans le minimiser, rester honnête avec soi-même, faire attention à son langage, s'éduquer continuellement et écouter les personnes concernées. "Être un allié, ce n'est pas un statut qu'on s'auto-distribue", précise-t-elle. "C'est contextuel, on n'est pas alliés tout le temps."
Conférence enregistrée au Petit Théâtre de la Grande Vie, le 23 novembre 2025
Production : Petit Théâtre de la Grande Vie et Flammèche Collectif