EX CATHEDRA : L’enseignement à Dinant au XIXème siècle

25/02/2016 20:00:00

Deux historiens dinantais, Axel Tixhon et Michel Coleau, retracent l’histoire de l’enseignement secondaire en Belgique et, en particulier, à Dinant.

« L’enseignement secondaire à Dinant au XIXème siècle » est une conférence à deux voix. Axel Tixhon, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Namur, revient sur l’histoire de l’enseignement en Belgique depuis la Révolution française jusqu’à la fin du XIXème. Son complice, Michel Coleau, se penche, quant à lui, sur la situation particulière de Dinant.

Période française : une révolution scolaire !

Jusqu’à la période française, l’enseignement est uniquement dans les mains de l’Eglise. Le curé de la paroisse organise l’enseignement primaire et surtout, les cours de catéchisme. L’enseignement secondaire est, pour sa part, entre les mains des Jésuites. Le territoire compte une seule université, l’université catholique de Louvain.

Dès la fin du XVIIIème, des initiatives inspirées de l’esprit des « Lumières » visent à limiter l’influence de l’Eglise dans l’enseignement.

La Révolution française marque la volonté très ferme de supprimer l’influence de l’Église dans toute la société. On change, par exemple, le calendrier, on supprime les fêtes religieuses… Chez nous, les écoles paroissiales sont supprimées mais rien n’est véritablement créé pour les remplacer.

A Dinant

En 1795, notre région est rattachée à la France. Au niveau économique, Dinant est en pleine stagnation. Le contexte socio-économique de la ville est catastrophique.

Entre 1795 et 1798, on assiste à la disparition de toutes les structures scolaires. Les biens de l’Eglise, y compris scolaires, sont mis en vente et achetés par des particuliers.

Par la suite, des inspecteurs sont envoyés dans chaque canton. On cherche à recruter des enseignants. Les maîtres, pour être engagés, doivent faire preuve de leur attachement à la République. L’Etat français surveille aussi les manuels scolaires, le catéchisme est banni.

A Dinant, le recrutement des maîtres pose problème parce que la population est opposée à l’annexion à la France. L’instruction est surtout menée par des privés et est donc réservée à ceux qui en ont les moyens.

La période hollandaise

Avec la chute de Napoléon, la Belgique passe sous régime hollandais. Le nouveau pays compte deux religions : les catholiques et les protestants calvinistes. Cette situation pose un problème. La religion ne peut pas endosser un rôle social parce que ça impliquerait que le Roi choisisse entre les deux religions.

Guillaume Ier impose donc la laïcité : la religion est affaire privée et doit se limiter à la sphère privée. Les pouvoirs publics investissent dans l’enseignement primaire, secondaire et universitaire (création des universités de Liège et de Gand). On crée des écoles primaires et des athénées.

Cet investissement dans l’enseignement poursuit un double but politique : soustraire la population à l’influence de l’Eglise catholique, qui s’oppose à Guillaume Ier, et créer une véritable nation néerlandaise en enseignant une langue et un passé communs.

A Dinant

En 1816, les Sœurs de Notre-Dame de Namur envoient une délégation à Dinant. Trois sœurs occupent un bâtiment Place Saint-Nicolas et y ouvrent deux classes primaires : une gratuite (pour les indigentes) et une payante. En 1817, elles s’installent au couvent des Ursulines.

La même année, trois frères de Saint-Hubert s’installent rue en Rhée et y crée une école primaire pour les garçons. Au niveau secondaire, les historiens ignorent toujours où ces enfants suivent un enseignement.

En 1824, c’est la création du collège communal (dans le bâtiment de l’actuel athénée) qui devient royal en 1825.

La Belgique indépendante

En 1830, la Belgique est indépendante. La question scolaire devient un élément fort du nouvel Etat. La liberté de l’enseignement constitue une des libertés fondamentales de la Belgique. L’enseignement est libre, toutes les institutions peuvent proposer un enseignement.

En 1842, une loi organique permet « l’adoption des écoles » par le pouvoir public. Cela signifie que l’Eglise contrôle l’école mais que les frais sont pris en charge par les pouvoirs publics. Face à l’adoption de cette loi, des libéraux commencent à critiquer la trop grande influence de l’Eglise.

A Dinant

En 1841, deux partenaires, la ville et l’évêché, organisent, ensemble, l’enseignement secondaire. L’Evêque fixe les grandes lignes du programme, s’occupe de la discipline et paye les traitements des enseignants. La ville met à disposition les locaux, paye les réparations et octroie un subside pour payer les enseignants.

L’évêque s’engage à ne pas faire du collège communal un petit séminaire et à préparer les élèves aux universités d’Etat.

La guerre scolaire

Fin des années 1830 – début des années 1840, on assiste à une montée des radicaux dans les deux camps, libéraux et catholiques. En 1846, le premier parti politique belge est créé, il s’agit du parti libéral. Ses buts sont de limiter les pouvoirs de Léopold Ier et de réduire l’influence de l’Eglise notamment dans l’enseignement.

En 1847, le parti libéral arrive au pouvoir. Dans la foulée, il crée des écoles secondaires publiques (athénées). L’Eglise s’y oppose et trouve cela inutile puisqu’il existe des collèges.

A Dinant

En 1865, la majorité libérale dinantaise entame un bras de fer avec l’Evêque au moment de renouveler la convention qui les lie pour l’organisation du collège. Finalement, le conseil communal vote, par 6 voix contre 4, pour la non-reconduction.

L’Evêque cherche un plan B et un emplacement pour établir une nouvelle école. Le 18 août 1866, il achète le château de Bellevue et le fait rénover en y ajoutant deux ailes.

A la rentrée suivante, malgré la campagne de dénigrement contre l’enseignement catholique, le Collège de Bellevue remporte un franc succès. Deux réseaux d’enseignement secondaire concurrents coexistent désormais à Dinant.

En 1881, le collège communal devient l’athénée royal. 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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