Mélodie Brassinne, « Madame 14-18 » de la province de Namur et Axel Tixhon, professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Namur évoquent le grand chassé-croisé des populations du printemps 1917.
La Grande Guerre a provoqué en Belgique de grands mouvements de population. Ces mouvements se répartissent comme suit :
- 1,2 million à 1,5 million de Belges se sont réfugiés à l'étranger au moins pendant quelques semaines ;
- 120.000 Belges ont été déportés en Allemagne en 1916 ;
- 450.000 déplacés français ont été envoyés en Belgique en 1917 ;
- 365.000 soldats belges ont pris part au conflit dont 33.000 ont été internés aux Pays-Bas et 46.000 ont été prisonniers en Allemagne.
Les évacués français
Au printemps 1917, l'armée allemande souhaite opérer un recul stratégique. Elle chasse alors les populations des territoires concernés par ce recul pour y pratiquer la politique de la terre brûlée. Les populations sont envoyées en Belgique pour une quarantaine forcée destinée à éviter qu'elles ne donnent des informations stratégiques aux Français.
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Les otages
Lors de l'invasion de 1914, les Allemands développent une peur des francs-tireurs. Ils veulent absolument s'assurer qu'aucun civil ne puisse leur tirer dans le dos. Dans certaines villes, comme Namur, ils prennent des otages et les enferment sur place tant que les problèmes persistent.
Pour les localités jugées particulièrement dangereuses, comme Dinant, les otages sont envoyés en Allemagne.
416 Dinantais sont arrêtés le soir du 23 août. Ces hommes ont échappé aux différents massacres et sont envoyés en Allemagne à la prison de Cassel. Au départ, le régime auquel ils sont soumis est très strict parce qu'ils sont considérés comme dangereux. Progressivement, les geôliers comprennent qu'ils n'ont rien à craindre et les conditions de détention vont s'assouplir. Les otages sont libérés entre le 16 et le 22 novembre 1914.
Les réfugiés
Un cinquième de la population belge se réfugie à l'étranger lors de l'invasion. Certains vont néanmoins revenir assez rapidement.
Les causes de cet exil massif sont doubles. D'abord, il y a la proximité des combats. Pour la première fois dans l'Histoire, on se bat dans les rues et non plus sur les champs de bataille. Les populations civiles sont effrayées et fuient.
A Namur, le bombardement des forts provoque un grand déplacement de population mais les gens reviennent assez rapidement. Lors de la prise d'Anvers, un million de personnes passent la frontière néerlandaise.
La peur des atrocités commises par les Allemands constitue la deuxième cause d'exil. En province de Namur, cela concerne surtout les habitants de l'arrondissement de Philippeville qui partent lorsqu'ils ont connaissance des massacres à Andenne (19-20 août). Les réfugiés se dirigent vers la France.
Rapidement, la moitié des réfugiés reviennent. Le gouvernement des Pays-Bas, dépassé par cet afflux, arrive à convaincre les Belges qu'ils peuvent rentrer en Belgique sans danger. D'autres réfugiés sont rattrapés par l'armée allemande qui avance très vite. Ils font dès lors demi-tour et retournent chez eux.
Fin 1914, la moitié des Belges qui ont fui sont toujours en exil dont 300.000 en France, 200.000 en Grande-Bretagne et 100.000 aux Pays-Bas. Certains Belges vont partir jusqu'aux Etats-Unis.
Au départ, l'accueil des réfugiés belges est très chaleureux. Les Anglais ont pitié de la «poor little Belgium». Dans un second temps, les Belges qui travaillent sont les bienvenus puisque la France et l'Angleterre qui mobilisent beaucoup, ont besoin de main d'œuvre.
En Grande-Bretagne surtout, la situation va devenir plus difficile avec le temps. Des mères de famille anglaises ne comprennent pas ce que les Belges font à l'abri en Angleterre alors que leurs fils se battent sur le continent.