Quelle est la place des femmes dans la politique locale ? Notre arrondissement est au-dessus de la moyenne wallonne mais il reste du travail avant d’atteindre la parité, tant en nombre qu’en responsabilités.
Où sont les femmes ? L'air est loin d'être féministe mais en cette journée internationale des droits des femmes, la question se pose dès qu'on monte dans les niveaux de responsabilités et ce, quel que soit le secteur d'activités.
Les luttes féministes sont évidemment protéiformes, elles traversent tous les secteurs de la société. Lors de cette édition du « Journal sur pause », nous avons choisi de nous intéresser à la politique locale, un peu titillés, il est vrai, par le tollé provoqué par la première photo du gouvernement fédéral où il fallait bien regarder pour apercevoir les quatre femmes. En la matière, l'arrondissement de Dinant est plutôt bon élève mais on reste loin de la parité.
Dans l'arrondissement de Dinant, les femmes représentent :
- Dans les conseils communaux : 40,0 % (+ 3,6 % par rapport à 2018). C'est moins que la moyenne wallonne où les femmes représentent 42,3% des élus. Aucune commune ne compte davantage d'élues que d'élus (c'était le cas dans une commune en 2018 : Bièvre). Yvoir est la commune qui compte le plus faible taux d'élues (23,8 %).
- Dans les collèges communaux : 43,8% (+ 6,3 % par rapport à 2018). C'est plus que la moyenne wallonne qui est de 40,5%. À Beauraing, le collège est paritaire. Dans 4 collèges (Anhée, Hamois, Somme-Leuze et Vresse-sur-Semois), le nombre de femmes est supérieur à celui des hommes. A noter que la loi interdit que plus de 2/3 des membres du Collège soient de même sexe.
- Parmi les bourgmestres : 33,3% (+6,67% par rapport à 2018). C'est beaucoup plus que la moyenne wallonne qui atteint 23%. Parmi les femmes bourgmestres, les 2/3 occupent cette fonction dans une « petite » commune (moins de 10.000 habitants). Dans l'arrondissement de Dinant, 5 communes sur 15 sont dirigées par une femme : Gedinne, Hamois, Havelange, Houyet et Somme-Leuze.
(Source : CRISP)
Pour le « Journal sur pause », nous avons réuni trois profils très différents pour débattre de la place des femmes dans la politique communale et des freins qui empêchent d'atteindre une réelle parité, tant en nombre qu'en responsabilités : Hélène Lebrun, la bourgmestre de Houyet (MR), Valérie Van Heer, conseillère communale ECOLO à Ciney entre 2018 et 2024 qui se revendique féministe et Cédric Istasse, politologue au CRISP.
Qu'est-ce que vous avez pensé de la première photo officielle du gouvernement Arizona ?
Hélène Lebrun : Effectivement, en tant que femme, je me suis dit, on n'est pas très représentées, c'est sûr. Il y a des bons profils, des jeunes qui font leur entrée au gouvernement. Donc c'est intéressant, c'est à souligner. Mais par contre, il n'y a pas beaucoup de femmes, pas assez, et elles étaient placées à l'arrière et dans l'ombre. Après, on a eu des explications sur les coulisses de cette photo mais c'est un constat qu'on peut regretter. Maintenant, je pense qu'on n'a pas la main sur tout et que ce qui compte, c'est surtout d'avoir les bonnes personnes au bon endroit pour assumer ces fonctions à haute responsabilité.
Valérie Van Heer : Moi, je trouve ça révoltant, choquant et inacceptable. On a eu des précédents gouvernements où l'équilibre hommes-femmes était bien présent. Et là, c'est un recul. On oublie aussi qu'aucune femme présente dans ce gouvernement, n'a une compétence régalienne. Pour moi, c'est même presque caricatural. C'est vraiment la mode Trump. C'est une dominance masculine. On a l'impression que ce sont des coqs là-devant qui montrent bien leur égo et c'est tout ce qu'ils montrent. Moi en tout cas, c'est comme ça que je le perçois. C'est en corrélation avec les premières mesures qu'ils ont annoncées en début de législature et qui sont honnêtement en défaveur du droit des femmes. Et ça, ça me fait peur.
Cédric Istasse, peut-on faire un lien comme ça entre la présence des femmes dans une assemblée ou dans un exécutif et les politiques qui sont menées. Ou c'est deux choses totalement différentes.
Cédric Istasse : Il y a un lien maintenant, il n'y a pas une corrélation immédiate et directe. C'est plutôt une question de partis politiques, si vous êtes plus à gauche ou plus à droite ou une question d'affinité.
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Les règles qui favorisent la présence de femmes
La législation oblige à avoir une certaine présence féminine : il y a la parité sur les listes électorales et l'obligation d'alterner hommes et femmes, c'est ce qu'on appelle le principe de la tirette.
C.I. : Ce sont des règles qui s'appliquent aux partis politiques lorsqu'ils confectionnent leur liste de candidats en Wallonie. Il doit avoir autant d'hommes que de femmes et il doit y avoir l'alternance. Avec une petite latitude laissée aux listes qui comportent un nombre impair de candidats, notamment pour les élections communales, là on voit que c'est généralement plutôt en faveur des hommes. Ça, c'est la première chose, c'est pour les listes de candidats, c'est une façon quelque part d'influencer le vote des électeurs et des électrices, de leur dire « n'oubliez pas qu'il y a également des femmes sur les listes ».
Et puis il y a une deuxième série de règles qui s'applique à la confection des collèges communaux, c'est-à-dire les échevins et les bourgmestres. Cette règle est moins stricte, moins avancée, elle consiste uniquement à dire qu'il faut un tiers de femmes au minimum dans les collèges. En sachant qu'il y a là, des dérogations possibles. Si vous regardez le décret wallon qui instaure cette règle, elle fait penser à une règle du Grévisse : trois lignes de règles et 30 lignes d'exceptions.
On sent souvent les femmes un peu mal à l'aise par rapport à ça : on n'a pas envie d'être là parce qu'on est une femme mais plutôt pour des convictions, pour des compétences… Qu'est-ce que vous pensez de ces quotas ?
H.L. : Par rapport à la règle de la tirette, je trouve ça extrêmement positif parce que c'est très bon pour la représentativité des femmes, ça leur donne confiance sur le fait de s'engager en politique.
Maintenant pour les quotas, je suis un petit peu mitigée, c'est évidemment quelque chose de positif. Mais d'un point de vue démocratique, parfois il y a des femmes qui ne s'attendaient pas à être élues et qui finalement ne souhaitent pas siéger, ça pose question par rapport aux personnes qui vont voter pour elles. Je préférerais que ça se fasse naturellement, qu'il y ait beaucoup plus de femmes qui osent et qui s'engagent.
V. V. H. : On est quand même dans une société patriarcale où le contexte fait qu'il y a beaucoup d'hommes en place et donc la représentation des femmes ne peut pas se faire de manière naturelle, ce n'est pas possible. Les quotas sont un outil de lutte, un outil indispensable pour la progression des femmes. Si on veut une société où l'équilibre homme-femme est présent, il faut mettre en place des outils et celui-là, moi, franchement, il me convient très bien.

L'arrondissement de Dinant : bien mais peut mieux faire
Dans l'arrondissement de Dinant, on compte 5 femmes bourgmestres sur 15, on est bien au-dessus de la moyenne wallonne, c'est aussi dû au fait que ce sont essentiellement des petites communes. Pour quelles raisons les femmes arrivent-elles plus facilement au pouvoir dans des plus petites communes que dans les grandes villes ?
C.I. : Généralement, de ce point de vue-là, les petites communes sont plutôt un moteur de démocratie. Les femmes ont généralement plus de facilités à accéder à des postes de responsabilité. Dans les grosses communes, celles de plus de 50.000 habitants, ça reste extrêmement rare.
Sans doute, parce que, lors des élections communales, c'est un moment où intervient particulièrement l'aspect de personnalité des candidats. Dans les petites communes, le nombre d'habitants limités remet un peu une égalité des chances en termes de candidats. Dans les grandes communes, les candidats les plus connus partent nécessairement avec un avantage que vous ne savez pas rattraper. Sur une commune comme Namur ou comme Liège, rencontrer tous les gens pour vous faire connaître, ce n'est pas possible. Et les personnes les plus connues, il n'y a rien à faire, historiquement, sociologiquement, politiquement, ce sont essentiellement des hommes.
Le monde politique belge reste une affaire d'hommes. Hélène Lebrun, vous en avez fait l'expérience quand vous avez eu un enfant pendant votre mandat. La législation ne prévoyait pas la possibilité de prendre un congé de maternité.
H.L. : Elle ne le prévoit toujours pas, malheureusement. Effectivement il y a encore des réalités, le système politique belge en tout cas n'est pas adapté aux réalités des femmes politiques et ça constitue un frein à l'accessibilité à la fonction, j'en ai fait les frais. Comment voulez-vous encourager des jeunes femmes à s'investir en politique si lorsqu'elles deviennent mamans elles ne perçoivent pas les mêmes droits que dans d'autres secteurs.
C.I. : La situation est la même pour les ministres ou pour les parlementaires. Donc aussi incroyable que ça puisse paraître, il n'est pas prévu que si une parlementaire - une députée wallonne, par exemple - accouche durant son mandat, qu'elle puisse être supplée pendant les deux ou trois mois de congés de maternité. C'est une législation faite par des hommes pour des hommes. C'est un héritage et ce n'est que petit à petit et à la marge, que l'on adapte cette législation mais fondamentalement on reste avec une législation 19e siècle au début du 20e siècle.
H.L. Alors qu'il existe quand même la possibilité pour quelqu'un qui est en arrêt maladie - donc qui est couvert par un certificat médical de plus de trois mois - de toucher son traitement.
Parce que les hommes peuvent être malades ?
H.L. Peut-être.
Au niveau des collèges, on l'a vu, la présence des femmes est plus encadrée mais au niveau des responsabilités, il y a un décalage. Dans l'arrondissement de Dinant, on a 10 présidentes de CPAS sur 15 mais seulement 3 femmes en charge des Finances. Comment expliquer cela ?
H.L. : A Houyet, ça s'est fait naturellement et chacun a choisi ces matières en fonction de ses affinités. C'est vrai qu'en général les finances peut-être que c'est plus la matière d'un homme. Mais chez nous par exemple lors du mandat précédent, c'était une échevine en charge des travaux. En fait, c'est en fonction de l'expérience de chacun.
Mais je pense qu'il y a quand même des évolutions et des compétences qui se féminisent de plus en plus.
C'est un peu le reflet de la société ?
V.V.H. : Oui, une femme dans la société a plus tendance à aller vers souvent le « care », l'éducation, l'enseignement, la santé, les personnes âgées et donc elles ont évidemment tendance à se diriger vers ce genre de compétences-là parce qu'elles y sont plus à l'aise. Mais ce qui n'empêche pas que d'autres femmes ont le courage de prendre d'autres compétences
Est-ce que dans ces difficultés qu'ont les femmes à prendre leur place en politique, il y a aussi une part de responsabilité qui incombe aux femmes ? Elles ne se mettent pas suffisamment en avant ?
V.V.H. : Oui, par exemple, ne fût-ce que pour se présenter aux élections. Quand on demande à un homme de se présenter, qu'on lui dit qu'il a les compétences pour le faire, il va dire oui très vite. Quand on demande à une femme, elle va d'abord réfléchir : est-ce que je suis tout à fait légitime là-dedans ? Est-ce que j'ai les compétences ? Est-ce que mes compétences sont suffisamment importantes par rapport à un homme ?
Oui, il y a du travail à faire du côté des femmes, elles devraient être plus encouragées mais je pense qu'il y a un travail à faire du côté des hommes aussi qui doivent prendre conscience qu'ils prennent beaucoup de place. Je pense que la responsabilité est un peu partagée.
Est-ce qu'il y a aussi un comportement des électeurs dans ce plafond de verre ? On dit parfois, en schématisant très fort, que les hommes votent pour des hommes et les femmes votent pour les deux.
C.I. : C'est très difficile de faire des études puisque le vote est secret. Un élément qui est encore plus important de ce point de vue-là, c'est surtout la sensibilité politique. Sur les listes ECOLO, ce sont essentiellement les femmes qui sont pointées, en Flandre, si vous regardez les résultats du Vlaams Belang, ce sont très majoritairement les hommes. Donc plus qu'une question de genre, je crois que c'est une question de sensibilité politique à la fois du point de vue des électeurs mais aussi du message que fait passer le parti.
Une manière différente de faire de la politique ?
Finalement, est-ce que les femmes font de la politique de manière différente ? On débat de la nécessité d'avoir des femmes en politique mais est-ce que la parité changerait quelque chose à la manière dont nous sommes gouvernés ?
H.L. : Oui, je pense que sincèrement on apporte un regard neuf dans la gestion de la chose publique. Je ne suis pas une féministe radicale, je pense que c'est la complémentarité qui reste un atout, que ce soit la complémentarité de genre, de profil, d'âge etc. Le tout est de trouver un bon équilibre mais je remarque quand même que c'est important d'avoir des femmes parmi les hommes pour réorienter les choses. Plus la politique sera diversifiée, plus la population pourra être représentée dans sa richesse.
V.V.H. : Si on veut que la politique soit le reflet de la société, si on veut avoir confiance dans ce que les politiques mettent en place et si on veut se reconnaître dans ceux qui nous représentent, il faut faire un effort en matière d'équilibre hommes-femmes.
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