Les producteurs locaux ont vu leurs ventes tripler durant le confinement. Aujourd’hui, pour certains, c’est la douche froide comme à la ferme du Champia à Chevetogne. Les clients ont disparu.
Dans l'épicerie de la ferme du Champia, c'était la course durant le confinement pour répondre aux nombreux clients. Les ventes avaient triplé, mais aujourd'hui le petit magasin est vide. Nathalie Puissant, l'agricultrice-maraîchère, a moins de clients que sur la même période durant une année normale. En effet, pendant le confinement, les magasins devaient limiter le nombre de clients. Cette mesure occasionnait des files d'attente longues, parfois d'une heure, devant son enseigne. Ce sont ces files qui ont fait fuir ses clients fidèles selon elle:
Nous sommes à une période où nous avons beaucoup de légumes, mais c'est vraiment très calme dans le magasin. On a perdu des clients fidèles qui croient que les files sont encore là alors que ce n'est plus le cas. Notre magasin est très petit et seulement une ou deux personnes pouvaient rentrer à la fois, donc les gens devaient attendre longtemps.
Pour répondre à la demande, la ferme a dû acheter des légumes à des prix exorbitants, mais Nathalie ne s'est jamais fait d'illusions sur la fidélité de ces nouveaux clients, donc elle n'a pas planté plus de légumes, précise-t-elle:
Je n'ai jamais pensé une seconde que ces personnes deviendraient des clients fidèles. Ce qui m'attristait c'est que mes clients habituels soient obligés de faire la file alors qu'ils n'ont pas attendu le COVID pour nous faire confiance. Merci, merci pour ce que vous faites, merci de nous nourrir, c'est ce qu'ils disaient et ils ne viennent plus, ces nouveaux clients...Ils ne se rendent pas compte que nous, c'est notre gagne-pain. Si on a pu leur apporter des bons produits au moins le temps d'une soirée, c'est déjà cela.
Les acheteurs ne sont donc plus là, mais Nathalie Puissant pense que ses clients fidèles reviendront. Elle n'aurait pas voulu que ce rythme effréné continue toute l'année. En attenant, elle devra trouver d'autres moyens pour écouler ses légumes:
Nous les donnerons à nos animaux, au monastère et à des gens dans le besoin. Cela ne m'inquiète pas, ce ne sera pas perdu.
Même constat à la coopérative Cocoricoop
Nathalie Puissant vend aussi une partie de sa production via la coopérative Cocoricoop. La structure a vendu un tiers de paniers en plus que d'habitude, mais là aussi, on s'attendait à la chute, détaille Lucie Gustin, employée de la coopérative:
On retourne au boulot, la vie est très rapide et on retourne à de vieilles habitudes. Nous fonctionnons avec des commandes hebdomadaires et avec les vacances les gens ont un rythme moins régulier. C'est toujours une période plus creuse pour nous. Il est sûr que le déconfinement a aussi une responsabilité dans cette chute, mais maintenant que les gens ont testé nous espérons qu'ils reviendront en septembre.
Les études scientifiques s'accordent à dire qu'il faut en moyenne 66 jours pour changer ses habitudes. Le confinement total, lui, n'a duré que du 18 mars au 4 mai, soit 48 jours.