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Fin des gardes sous toit à Dinant : "Faudra-t-il un mort pour qu'on comprenne que la situation est dangereuse ?"

publié le:02/09/2022 17:50:00 - mis à jour: 04/09/2022 14:14:03

Depuis ce jeudi, toutes les nuits de semaine, il n'y a plus de pompier de garde au sein de la caserne de Dinant. Une situation comparable aux autres casernes mais qui pose question.

A Dinant, depuis le 1er septembre, la caserne des pompiers sera vide tous les soirs de semaine entre 20 heures et 6 heures du matin. Les pompiers dinantais qui habitent dans un rayon de 6 à 12 minutes de la caserne seront désormais rappelables grâce à un système de "bipper", comme c'est le cas dans les 11 autres postes de la zone Dinaphi.

D'après un pompier volontaire qui a souhaité conserver l'anonymat, ce changement va considérablement augmenter le temps d'intervention des pompiers dinantais au détriment de la sécurité des habitants de Dinant, de Onhaye ou encore de Hastière. Pour lui, la situation est alarmante.

En cas de problème, qui ira dire, droit dans les yeux des victimes, qu'il est responsable ? Nous avons beau répéter et crier que cette situation est dangereuse, que ce système ne fonctionnera pas, personne ne nous écoute.

Pas assez de pompiers pour assurer le départ d'une autopompe?

A cause de ce nouveau système de garde à domicile, plus d'un tiers des pompiers volontaires de Dinant sont mis sur le banc de touche parce qu'ils n'habitent pas dans une zone de 12 minutes autour de la caserne.

Avant cette réforme, le poste de Dinant comptait 71 pompiers, professionnels et volontaires confondus. D'après le Commandant de zone Alain Lallemand, aujourd'hui, seuls 25 volontaires (dont 4 en arrêt) habitent dans le fameux rayon imposé des 12 minutes maximum de la caserne. Ce chiffre est contesté par certains pompiers que nous avons consultés : ils ne seraient en réalité que 17 volontaires, les adresses de certains n'étant plus à jour.

Carte établie par des pompiers volontaires reprenant les domiciles des pompiers volontaires actifs à Dinant

Pour des pompiers volontaires qui préfèrent rester anonymes, les professionnels et les volontaires restants ne seraient pas assez pour assurer la sécurité des citoyens décemment. D'autant que la loi impose, depuis mai dernier, la présence de six hommes dont un sous-officier pour pouvoir faire partir une autopompe. Le pompier explique :

A Dinant, il n'y a que cinq personnes qui habitent dans une zone de 6 minutes autour de la caserne et le premier sous-officier disponible se situe à dix minutes de là. Contrairement à d'autres postes voisins, qui ont des pompiers "locaux" qui habitent pour la plupart près de leurs casernes, le poste de Dinant n'en dispose pas de beaucoup. En effet, vu que les gardes se faisaient sous toit auparavant, les responsables ne prêtaient pas attention à l'adresse du domicile de la personne lors des recrutements.

Un plan du personnel pour rééquilibrer les forces

Au-delà de la querelle des chiffres, le poste de Dinant est de toutes façons loin du contingent des 36 pompiers volontaires préconisés par le plan du personnel établi par le commandant Lallemand lui-même. Un plan qui réduit également le nombre de pompiers professionnels au sein de la caserne de Dinant. Actuellement, 14 pompiers se répartissent les plages de jour contre 22 auparavant.

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L'objectif du Major Lallemand est de rééquilibrer les forces partout sur la zone, précise-t-il.

Si nous investissions 700.000 euros dans le poste de Dinant afin qu'il soit assuré d'avoir six personnes pour faire partir son autopompe en ajoutant deux pompiers volontaires la nuit et les weekends, dans ce cas-là, la sécurité ne serait garantie qu'à Dinant. Nous avons donc fait le choix d'investir ce montant dans toute la zone Dinaphi.

Afin d'étoffer l'effectif, le commandant Lallemand mise sur une série de recrutements, les premiers avaient lieu la semaine du 22 août et sont toujours en cours. D'après le Major, quatre Dinantais habitant dans la zone des 6 minutes pourraient faire partie de la sélection finale. Une nouvelle qui ne rassure pas pour autant le pompier anonyme :

Ces candidats potentiels doivent encore réaliser une année de formation. Sans compter le taux d'échec et d'abandon qui est de 30 à 50%.

Une réforme qui ne garantit pas une meilleure efficacité

En 2021, la zone Dinaphi faisait partie des zones de secours les plus lentes du pays avec une moyenne d'intervention de plus de 16 minutes.

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Quand nous demandons au Commandant si sa réforme va permettre d'en améliorer l'efficacité, voici ce qu'il répond :

Il est impossible de garantir une meilleure moyenne alors que nous travaillons avec 80% de pompiers volontaires. Je ne sais pas qui sera disponible demain pour travailler. Avec cette réforme, je veux simplement préserver la sécurité de mes hommes.

Un des points forts du plan du personnel mis en avant par le Major Lallemand est la présence de deux ambulanciers en permanence dans toutes les casernes, sauf à Vresse-à-Semois où il n'y en a pas les nuits de semaine et à Dinant où il y a quatre ambulanciers en caserne 24h/24. La loi fédérale interdit désormais à ces ambulanciers d'endosser lors de la même garde le rôle de pompier. 

De simples récalcitrants face aux changements ?

De leur côté, les responsables de la zone Dinaphi accusent les pompiers dinantais de remettre en cause la réforme parce qu'elle impacterait directement leur confort et leur portefeuille, les gardes sous toit étant rémunérées à l'heure, alors que les pompiers "de bip" ne sont payés que s'ils sont rappelés.

J'ai rencontré la plupart des pompiers de Dinant et ces personnes n'ont jamais été contre mon plan du personnel. Elles m'ont dit que ce plan tenait la route mais que le changement était difficile à vivre.

L'argument financier fait bondir certains pompiers dinantais. Ils rappellent qu'avant 2015, ils étaient payés forfaitairement 30€ pour 12 heures de garde en caserne et que s'ils avaient choisi de s'engager pour l'argent, ils s'étaient clairement trompés de vocation. 

Lorsque l'on devient pompier, on fait beaucoup de sacrifices. Dire que nous protestons uniquement pour des raisons pécuniaires et de confort, c'est mettre une claque à chaque pompier volontaire !

Les pompiers que nous avons rencontrés assurent qu'ils joueront néanmoins le jeu et se rendront disponibles pour assurer des gardes "à domicile".

Perrine Borlée, Journaliste
Perrine.borlee@matele.be

 
 
 

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