La Région wallonne bloque le projet de régie autonome pour le domaine de Chevetogne. Entre jeux politiques et dossier lacunaire, l’avenir de cet écrin vert est plus que jamais en suspens.
Le domaine de Chevetogne deviendra-t-il une régie autonome? C'est la volonté du collège provincial qui a fait voter le point au conseil en juin dernier, mais le projet vient d'être retoqué par le ministère de tutelle à la suite d'un recours introduit par les trois syndicats qui dénoncent depuis des semaines le flou qui entoure le projet, à coups de manifestions et d'actions parfois musclées.
Et maintenant?
Les conseillers du ministre wallon des Pouvoirs locaux, Christophe Collignon, demandent aux députés provinciaux de revoir leur copie lacunaire. Deux raisons explique cette décision, détaille Anne-Laure Hogge, l'une des conseillère du ministre:
La première raison qui explique cette décision est l'absence de données financières et budgétaires relatives à la création de cette régie. On ne connaît pas les conséquences que cela pourrait avoir sur le budget de la Province. Il y a eu un avis défavorable du Centre régional des communes sur cet aspect budgétaire. La deuxième raison concerne le personnel parce que nous ne savons pas combien d'agents seront concernés par ce passage en régie. Est-ce qu'il y aura un transfert du personnel? Est-ce qu'il y aura une mise à disposition du personnel provincial? Le dossier présenté ne l'explique pas.
La députée provinciale en charge du domaine, Geneviève Lazaron (cdH), reconnaît que le dossier doit être retravaillé, mais elle voit en décision un acte politique. Le PS provincial a toujours émis des réserves sur ce projet. Or, le ministre de tutelle est socialiste... La députée va jusqu'à parler de populisme:
Je pense qu'il y a un jeu politique de la part de la famille socialiste. Il y a même une connotation populiste parce que si on remonte dans le temps, on voit que des mandataires socialistes étaient pour la régie. Dans les discussions qu'on a eu en conseil, le parti socialiste n'était d'ailleurs pas complètement fermé à la création d'une régie. Le jeu politique est clairement là.
"Pas de jeu politique"
Le son de cloche est différent chez Guy Milcamps, conseiller provincial socialiste. Il n'est pas contre la création d'une régie, mais contre le projet tel que présenté par la majorité MR/CDH/DéFI. Il n'y aurait, selon lui, aucun jeu politique:
Le ministre est socialiste, mais ce n'est pas une décision politique. Il y a eu une analyse de l'administration régionale. Ce n'est pas le ministre lui-même qui prend la décision. On lui propose une décision sur base de l'analyse du dossier. Quand on lit la délibération de la Région wallonne, c'est une analyse très fine au niveau de l'avenir du personnel provincial, son futur statut et sur le budget inexistant dans le dossier.
Forts de cette réponse de l'instance régionale, les syndicats veulent un retour à la table de négociation, comme l'explique le délégué syndical CGSP, Renaud Deneffe:
On espère avoir une rencontre avec les députés pour qu'il y ait enfin une concertation avec les syndicats. Jusqu'à présent, la concertation était nulle, donc on espère vraiment du changement. On l'a déjà dit, nous ne sommes pas contre le passage en régie, mais nous voulons la garantie que le personnel pourrait à tout moment passer du statut de travailleur de la régie à celui de la province. On veut un budget de minimum cinq millions.
Un budget présenté trop tard
Si le dossier est lacunaire justifie encore la majorité, c'est parce que le budget de la régie a été voté après l'envoi du dossier auprès de la Région. L'administration wallonne a donc analysé le dossier sans connaître le budget. Geneviève Lazaron explique que la régie aura un budget annuel d'un peu plus de quatre millions d'euros. Ce budget est jugé insuffisant par Bruno Belvaux, le directeur du domaine. Pour lui, ce passage en régie n'est pas préparé. Il avait lui aussi introduit un recours à titre personnel:
Le projet tel que présenté est un travail bâclé. La Région dit clairement dans son arrêté qu'il manque de minutie. Si nos arguments ont été pris en compte, c'est que leur dossier n'était pas aussi complet qu'ils le disaient. Je suis un directeur responsable et je pars du principe que «qui ne dit mot, consent». Je me devais de faire quelque chose pour les 26 années passées auprès de mon personnel et pour l'investissement qui est le sien depuis tout ce temps. Le projet, comme il est présenté, n'offre aucune garantie pour le personnel. Le budget proposé non plus. Je m'étonne aussi qu'un élu du peuple tente de remettre en question ce recours. Je suis un légaliste et j'avais constitutionnellement le droit d'introduire ce recours.
Malgré ce contre-temps, le collège provincial espère toujours le passage en régie pour janvier 2022. Reste aussi le projet de transformation de Chevetogne en Musée vert. Cela fait un an et demi que le directeur a proposé ce projet aux députés provinciaux. Il permettra au domaine d'obtenir des fonds européens importants qui pourraient aider à sortir de l'impasse budgétaire actuelle. La décision du collège a été plusieurs fois reportée et elle n'est toujours pas connue.