Enseignement

L’inclusion à l’école : « Voir ça comme une richesse plutôt que comme un frein »

publié le:13/10/2025 12:37:00 - mis à jour: 27/10/2025 10:01:02

Les pôles territoriaux accompagnent les élèves à besoins spécifiques et leurs professeurs pour créer une école plus inclusive. Chez nous, le PARC à Ciney assure cette tâche pour les écoles communales.

Comment rendre l'école plus inclusive ? Comment aider les élèves avec des besoins particuliers, (en langage administratif, on dit « spécifiques » ) à trouver leur place dans l'enseignement ordinaire ? 

 

Cette mission d'inclusion, c'est le rôle des pôles territoriaux. Ces structures, nées il y a 3 ans du pacte d'excellence, atteindront en 2026, après une période transitoire, leur rythme de croisière. L'occasion est donc belle de s'intéresser à ces organisations parfois méconnues qui gravitent autour de l'école. Sur le plateau  : 

  • Nancy Géneret, une des coordinatrices du PARC, Pôle d'aménagements raisonnables condruzien
  • Amélie Pelletier, institutrice au PARC

Nancy Géneret et Amélie Pelletier

 

Il y a beaucoup de structures qui gravitent autour de l'enseignement. Les pôles territoriaux sont l'une d'entre elles. Qu'est-ce que c'est exactement ?

 

Nancy Géneret : Un pôle territorial est une structure attachée à une école d'enseignement spécialisé, nous, ce sont les Forges à Ciney. Chaque pôle territorial a une direction qui est le directeur de l'école spécialisée à laquelle le pôle est rattaché.

Il existe 48 pôles créés en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les pôles sont constitués d'équipes pluridisciplinaires. En fonction de chaque pôle, il y a des instituteurs maternelle, des instituteurs primaire, des enseignants du secondaire s'il y a du secondaire dans le pôle, du paramédical, des psychologues, des neuropsychologues, des logopèdes, des ergothérapeutes, des kinés, des éducateurs.

 

On est en Belgique, donc on fonctionne par réseau. Au sein du PARC, vous vous occupez des écoles communales de la province de Namur ?

 

Nancy Géneret : Oui. Écoles communales et provinciales, puisqu'on a toutes les écoles provinciales secondaires de la province de Namur. 

 

L'objectif, c'est de ramener plus d'élèves avec des besoins spécifiques dans l'enseignement ordinaire. Les termes sont parfois très froids : besoins spécifiques, ça veut dire quoi ?

 

Amélie Pelletier : Ce sont des besoins qui peuvent être permanents ou temporaires dans la vie d'un élève. Pour qu'il puisse continuer d'apprendre et de bien fonctionner, il faut mettre en place des mesures pour le soutenir dans ses apprentissages. Ça peut aller de la dyslexie à des troubles du comportement. Le spectre est très large. Souvent, ça passe par un diagnostic établi par un médecin ou quelqu'un du monde paramédical comme les logopèdes, qui atteste que l'enfant, pour continuer sa scolarité, a besoin de mesures pour garantir une forme d'équité. De base, il a des difficultés qui l'empêchent d'être sur le même pied que les autres.

 

Il y a là une belle idée, celle d'avoir une école plus inclusive. Mais il y a aussi derrière un souci d'économie : un élève coûte moins cher dans l'ordinaire que dans le spécialisé.

 

Nancy Géneret : Oui, c'est une réalité. L'enseignement spécialisé, c'est forcément des plus petites classes, moins d'élèves, avec du personnel paramédical présent sur place dans l'école. Il y a des raisons économiques parce que l'enseignement spécialisé coûte cher, mais l'objectif n'est pas de supprimer l'enseignement spécialisé. Il y a aussi des orientations dites abusives. Un élève qui arrive en Belgique et ne parle pas la langue n'a pas forcément de troubles d'apprentissage ni de retard mental. C'est juste un enfant qui doit apprendre la langue.

 

Ça a pu arriver par le passé ?

 

Amélie Pelletier : C'est arrivé que des élèves se retrouvent dans le spécialisé alors qu'ils n'y ont pas leur place. C'est un projet de société aussi, l'inclusion. Oui, l'enseignement spécialisé a sa place et l'aura toujours. Mais quand on apprend aux enfants dès le plus jeune âge à être empathiques, à accepter et à tolérer les différences, et à voir ça comme une richesse plutôt que comme un frein, c'est toute la société qui devient plus inclusive. C'est prouvé que les élèves « réguliers », qui n'ont pas de besoins spécifiques, bénéficient de cette mixité.

 

Ça leur apporte quelque chose d'avoir dans leur classe quelqu'un qui est peut-être un peu différent ?

 

Amélie Pelletier : Oui. Au final, on garde le maximum de portes ouvertes pour que tout le monde puisse trouver sa place et avoir un emploi qui lui convienne, au lieu de séparer dès le plus jeune âge.


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Il y a deux aspects dans votre travail : l'accompagnement des élèves et l'accompagnement des professeurs. On va commencer par les élèves. On parle d'élèves en intégration dans une classe. Ça veut dire quoi ?

 

Amélie Pelletier : Les élèves en intégration, ce sont des élèves a priori qui sont passés par l'enseignement spécialisé et qui réintègrent l'enseignement ordinaire. Ils ont à ce moment-là droit à des périodes d'accompagnement fixes par semaine par un agent du pôle territorial qui va cibler des objectifs précis avec l'enseignant pour faire vraiment développer le plein potentiel de l'élève, et mettre en place des outils pour développer l'autonomie, pour que l'élève puisse être autonome toute la semaine, même quand l'agent du pôle n'est pas là. 

 

Est-ce que vous pouvez nous donner un exemple ? Vous parliez d'outils. Comment est-ce qu'on aide concrètement ces élèves-là ?

 

Amélie Pelletier : Dans le cadre des intégrations, par exemple, pour un élève qui est sourd ou malentendant, je vais essayer de coder avec le langage « parlé complété » pour appuyer la dictée. Ou alors, pour un élève qui a un déficit d'attention, ça peut être de lui mettre en place des fiches de procédure vraiment individualisées pour les différents moments de la semaine. Ça dépend vraiment du besoin.

 

C'est à la carte.

 

Amélie Pelletier : C'est à la carte, en collaboration avec l'enseignant. C'est aussi selon ce que l'enseignant observe. Il fait un retour à l'agent du pôle qui dit : « Moi, j'ai tel ou tel outil. » Au pôle, on a aussi une bibliothèque avec beaucoup d'outils qu'on peut mettre à disposition des écoles.

 

Pour vous, c'est important d'avoir des aménagements qui peuvent profiter à tout le monde et pas seulement à l'élève que vous suivez individuellement. Comment ça se passe ?

 

Nancy Géneret : Oui, parce que l'intégration, ça peut être piégeant, car c'est ciblé sur un élève. De plus en plus, on essaye de sortir de ce cadre basé sur un élève pour que, quand l'enseignant a un autre élève avec le même genre de difficulté mais qui n'a pas droit au projet d'intégration, il puisse utiliser les mêmes outils. On veut lui apprendre à pêcher. Le moyen, ce sont les aménagements raisonnables.

Par exemple, plutôt que de faire pour Tom et Thomas une feuille en Arial 14 espacée, on le fait pour toute la classe. C'est du temps investi une fois, et c'est fait pour tout le monde. C'est avoir des casques anti-bruit à disposition pour qui en a besoin, des lattes de lecture... Il y a plein d'autres exemples. C'est vraiment notre politique : même quand on est appelés pour un élève, les agents vont observer dans une classe, ils vont regarder toute la classe et dire : « Ça pourrait être fait pour tous. »

 

Pour bénéficier de votre aide, il faut avoir un protocole d'aménagement raisonnable. Ça veut dire qu'il y a un professionnel qui a mis un diagnostic sur papier disant que l'élève a tel problème et a droit à ça. Vous essayez de sortir de ce carcan administratif parce que c'est aussi discriminatoire : tout le monde n'a pas accès à un spécialiste.

 

Nancy Géneret : Tout le monde n'a pas forcément la culture de tout ça, n'a pas forcément les moyens, le temps. Il y a des parents qui sont juste dépassés, et les enfants n'en peuvent rien. Les enseignants non plus, parce qu'il y a des tas d'enseignants qui sont perdus face à certaines situations. Le protocole n'est pas obligatoire pour qu'on intervienne et qu'on propose des choses pour un élève.

 

Vous intervenez à la demande de l'école, ce ne sont pas les parents qui viennent vers vous ?

 

Nancy Géneret : Non. C'est même stipulé dans la circulaire émise par la Fédération : nous, on est au service des écoles. Ce n'est pas comme les PMS où les parents peuvent aller vers le PMS. Ici, ce sont vraiment les écoles qui font appel au pôle territorial. On préfère d'ailleurs quand c'est l'enseignant directement, parce que parfois il y a des personnes intermédiaires, mais pour que ça fonctionne, pour que ça porte ses fruits, il faut vraiment un enseignant qui a envie d'être aidé. Il faut co-construire avec lui. C'est comme ça qu'on a les meilleurs résultats. En général, maintenant, une fois qu'on y est allés, ils nous rappellent. 

 

Le deuxième volet de votre travail, c'est l'accompagnement des enseignants. Cela passe par des formations ?

 

Amélie Pelletier : Ce ne sont pas des formations, mais on propose des informations. Souvent, pendant les temps de concertation, ça peut être sur différentes problématiques ciblées sur des besoins spécifiques, mais ça peut aussi être pour mettre en place différents dispositifs pédagogiques, pour parler de différenciation, de travail en plan de travail ou des choses comme ça. Après, une fois qu'on a fait l'information, on propose toujours aux enseignants qui souhaitent qu'on les accompagne de nous recontacter. On met en place un plan d'action avec eux et on vient un certain nombre de fois pour être avec eux et co-construire ensemble. Parfois ça ne fonctionne pas et on se réajuste ensemble. C'est vraiment une idée de partage. On ne vient pas en disant aux enseignants quoi faire, parce que chaque enseignant est unique, a ses valeurs. On s'adapte et on fait avec les besoins de l'enseignant.

 

Les enseignants sont parfois un peu débordés. On sait qu'ils ont beaucoup de choses à faire en dehors de leur classe. C'est quelque chose que vous ressentez aussi : des enseignants parfois un peu seuls avec 25 enfants ? C'est là que vous pouvez intervenir aussi.

 

Amélie Pelletier : C'est vrai que c'est une problématique institutionnelle. Les classes sont là, il y a beaucoup d'élèves. Les élèves sont de plus en plus avec des besoins hétérogènes. On le ressent, mais en même temps, on voit vraiment beaucoup de belles choses qui se font dans les classes, mais quand on est tout seul, il n'y a personne qui pousse la porte pour nous dire : « Ça, c'est vraiment génial, il faut continuer de faire ça. » On a aussi ce rôle-là : sécuriser les enseignants. Il y a plein de belles choses qui se font vraiment pour inclure les élèves à besoins spécifiques dans les classes.

 

La sortie du conclave budgétaire, c'était hier (vendredi). On n'a pas encore tous les détails, mais a priori, vous ne devriez pas être directement impactés. Pourtant, il y a quand même une inquiétude ces dernières semaines. La Cour constitutionnelle a jugé discriminatoire une enveloppe de 9 millions qui était destinée aux enfants avec des troubles sensori-moteurs. Le cabinet de Valérie Glatigny a l'air d'être rassurant. Il nous a répondu que le nouveau cadre juridique sera mis en place en 2026, mais que les budgets seraient maintenus. Vous avez le sentiment d'être sur le fil du rasoir tout le temps ? 

 

Nancy Géneret : Un petit peu quand même, oui. Cette enveloppe budgétaire, c'est plutôt une bonne nouvelle si on la conserve. Maintenant, c'est comment elle va être distribuée, puisqu'elle ne pourra plus servir à l'accompagnement de ces élèves. On va quand même devoir trouver des solutions pour continuer d'accompagner ces élèves. 

En effet, pourquoi pas d'autres élèves que seulement ceux avec des troubles sensori-moteurs ? Mais en attendant, ces élèves, depuis trois ans, on les accompagne. On ne se voit pas l'année prochaine dire : « C'est terminé, on ne les accompagne plus. » On trouvera des solutions, on en trouve toujours. 

Mais c'est vrai que nous, comme on est une structure qui a seulement démarré il y a trois ans, on est dans ce qu'on appelle une phase transitoire. On n'a pas actuellement encore l'entièreté de nos moyens financiers. Ils augmentent au fur et à mesure. L'année prochaine, on est censés rentrer dans la phase définitive où on va pouvoir pérenniser nos moyens. On ne sait jamais d'une année à l'autre quels vont être réellement nos moyens. 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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