Pour lutter contre les dérèglements climatiques la filière wallonne de la pomme de terre mise sur la science et de nouvelles techniques de plantations plus diversifiées.
Ces dernières années, la culture de la pomme de terre a été confrontée à des conditions climatiques extrêmes. En 2018 et 2019, ce sont les sécheresses qui ont frappé, suivi par de fortes pluies en 2021, rendant le travail des agriculteurs particulièrement difficile. A chaque aléa météorologique, c'est toute la récolte qui est mise en danger et avec elle, la stabilité financière des exploitations agricoles, explique Pierre Lebrun, directeur de la filière wallonne de la pomme de terre (FiWaP) :
Alors il prend des risques de plus en plus grand qu'il doit essayer de couvrir, soit par des contrats de vente qui apportent une certaine stabilité dans les revenus. Mais les contrats ne couvrent pas tous les risques. C'est sans doute la culture pour laquelle la trésorerie est la plus importante. Faut plus de 6.000/7.000 euros sortie champs pour produire un hectare de pommes de terre. On est au-delà de 8?000 € par hectare en conservation.
Malgré cela, en Belgique, la production de pommes de terre est loin d'être menacée.
Au contraire, elle progresse depuis 25 ans, c'est devenu un pilier de l'agriculture et en particulier en Wallonie, dans toutes les régions de grandes cultures où elle a trouvé sa place pour remplacer en partie la betterave. Donc elle ne va pas diminuer et sûrement pas disparaître parce que les industries de transformation qui ont besoin de la pomme de terre sont bien installées. Elles ne vont pas fermer à court et à moyen terme.
Diversifier sa production pour ne pas être tributaire de la météo
La variété Fontane représente à elle seule 60 % des pommes de terre cultivées en Belgique et destinées à l'industrie de la transformation. Elle rend le marché vulnérable en cas de problème. Une des solutions à long terme serait de diversifier davantage les variétés cultivées, appuie le directeur de la filière wallonne de la pomme de terre :
L'idéal, c'est de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, c'est-à-dire d'avoir des variétés suffisamment différentes l'une de l'autre pour pouvoir profiter d'une bonne fenêtre de plantation. Pour certaines variétés, planter un peu plus. Si on doit planter un peu plus tard des variétés à cycle plus court, et alors au niveau de l'arrière-saison, c'est d'essayer d'étaler aussi la période de récolte pour ne pas être tributaire de trop courtes périodes.
Vers des variétés plus résilientes ?
Bien qu'il n'existe pas encore de pomme de terre idéale, des recherches sont en cours pour améliorer leur résistance aux maladies et leur robustesse face aux variations climatiques, dévoile Pierre Lebrun :
Le premier levier qu'on doit, qu'on doit activer, c'est la génétique, avec des variétés qui demandent moins d'azote, qui sont plus tolérantes au mildiou voire résistantes au mildiou, qui ont une dormance plus longue pour réduire l'utilisation d'anti-germinatif. Ça c'est un vrai travail qui est en cours sous l'appellation des variétés robustes. Il n'y a pas que nous qui travaillons là-dessus. En Belgique, les Hollandais travaillent beaucoup, les Français également.
Chaque année, la Belgique produit entre 4 et 4,5 millions de tonnes de pommes de terre. L'industrie en réclame au moins 6?000?000. Malgré les difficultés, la demande reste donc bien présente et en constante évolution.