Bruno Mathelart, figure du milieu culturel dinantais, écrit sur sa vision du confinement et sur ses espoirs pour le monde d'après. Une carte blanche à déguster en musiques...
Bruno Mathelart travaille au SeGEC (Secrétariat général de l'Enseignement Catholique) comme coordinateur de la cellule Europe. Dans notre région, il est surtout connu pour être le metteur en scène de la Compagnie du Rocher Bayard et le président de Dinant Creative Factory, une asbl qui se veut un incubateur pour les artistes.
Carte blanche de Bruno Mathelart: Quel monde voulons-nous pour demain?
STOP ou ENCORE ? Notre maison terre, c'est notre affaire…
Musiques de Vincent Rouard, pour soutenir le propos
Alma Ata 4 a.m.
2020… depuis quelques années, le réchauffement climatique fait la une de l'actualité. Les initiatives sont toujours plus nombreuses pour alerter l'opinion publique et modifier les comportements qui dégradent notre maison commune, notre planète TERRE. Greta a levé des foules de jeunes soutenus par d'infimes quantités d'adultes mais sa surmédiatisation la dessert et fâche beaucoup de responsables qui la considèrent comme une jeune exaltée inculte, à la limite de la malade mentale. Le mouvement s'essouffle parce que les politiques ne sont pas assez réactives. L'esquisse de révolte ne contribue pas à améliorer les résultats économiques, au contraire. Les grandes puissances écartent d'un revers de main les demandes insistantes de changements drastiques, de retour à un développement durable sain, sage, socialement et économiquement tenables, luttant contre une dualisation toujours plus inquiétante de notre société.
Alors…
2020… la température moyenne augmente, les glaciers fondent, les icebergs plongent, les incendies se répandent et effraient, la déforestation s'intensifie, le 6e continent intrigue, la pollution est partout, le long de nos chemins, plages, rivières, dans l'air que nous respirons, au cœur de nos villes et de nos vallées.
Alors…
2020… un petit virus est devenu grand, il s'est transformé en une incroyable pandémie qui s'ingénie à répandre ses avertissements dans tous les pays, semant la panique et confinant les agents de destruction que nous sommes pendant de longues semaines. Des mois ? Des années ?
Supplément d'âme
Alors…
Beaucoup sont marqués dans leur chair, leur quotidien, leur hyperactivité en panne. La plupart manquent de tendresse, de partage social, d'humanité, de communauté. Les parents doivent réinventer les bonnes relations entre tous à la maison, les équilibres basiques de l'éducation.
Tous (mais puis-je dire tous ?) nous prenons conscience de l'importance de modifier nos habitudes, nos comportements, nos égoïsmes, nos décisions, nos choix. Nous remettons en question nos modes de vie et d'éducation, notre école, nos services, notre gouvernance, notre démocratie populiste, notre liberté. Le mal prend le pouvoir : maladie, contrainte, enfermement/confinement, solitude, ennui, violence, déprime, fermeture, chômage, récession, crise, manque, repli… peur.
Obsession Air
Cependant…
L'humanité prend d'autres couleurs qui sèment l'espoir, la (re)découverte, la solidarité. On apprend la patience et les petits plaisirs, on observe les beautés qui nous entourent, les cadeaux de la nature, la simplicité. On pense aux autres, à soi. On reconsidère sa présence à l'autre, à soi. Notre métier sort de sa routine, le télétravail dont on rêvait n'est finalement pas la panacée universelle. Nos engagements bénévoles et nos passions sont suspendus. On s'adapte. La créativité est à la fête. On fait des plans sur la comète, on s'invente de nouveaux talents, on améliore ses compétences numériques, on amplifie ses réseaux, on partage, on fête autrement - trop sagement à notre goût ! Le métro-boulot-dodo cède la place. On lit sudokuse range, cuisine essaie de nouvelles recettes range, regarde une série un film un vieux match de foot range, peint ponce répare range, fait la sieste tricote trie tronçonne tond range, marche observe s'étonne s'émerveille. On consomme moins de gaz, électricité, carburant, eau, alcool, cannabis ou ecstasy, mais plus de chocolat, sucreries, barbecues. La voiture hiberne au printemps, le vélo a intérêt à ne pas crever, les semelles s'usent et comme le soleil brille et que les pépinières et jardineries ont rouvert le jardin n'a jamais été aussi beau.
L'école a changé, elle est moins stressante, plus créative, plus respectueuse de mes rythmes, centrée sur l'essentiel… et tant pis si papa et maman s'inquiètent de mon avenir, de mes connaissances, du fait que je n'étudie plus sur le même modèle qu'eux, de mes… points !
Bien sûr les amis me manquent, les chahuts, les blagues, les amourettes mais quand j'ai la chance de disposer du matériel adéquat, je peux chatter, visioconférencer, tiktoker, instagramer, facebooker et surtout chercher, trouver des réponses, prendre le temps nécessaire pour découvrir. Et j'apprends, autrement, d'autres choses. Je vois la vie sous un nouvel angle. J'ai tellement d'envies qui me viennent…
Soul kitchen
2020 se serait-elle penchée sur le berceau du bien-être et de la bienveillance, de la solidarité, du vivre-ensemble, du respect ? Cette année est assurément une clé pour jeter les bases solides d'une terre plus durable.
Quand, petit à petit, nous réapprendrons à ne plus avoir peur, à oser l'audace, à entreprendre, nous pourrons à nouveau nous serrer dans nos bras, nous embrasser, nous réunir, faire la fête, partager nos activités, nos moments de détresse et de bonheur, nos idées.
Personnellement j'ai hâte de retrouver les projets culturels qui me sont chers, au théâtre, en musique, en Europe, de partager des aventures humaines qui mélangent les générations, les talents, qui génèrent des émotions profondes. Je sens autour de moi un besoin plus grand encore de rassemblements contrôlés, pas de masse. Un désir de profiter des atouts de notre belle région, nos patrimoines naturel ou bâti, nos histoires, nos villages, nos chemins, nos rivières, nos collines. Si j'ai envie de poursuivre mes observations pédagogiques dans des pays où les valeurs correspondent à ma vision (management partagé, variété des styles d'apprentissages, des intelligences individuelles, éducation citoyenne respectueuse des philosophies et des besoins, nécessité de parler des langues) je garderai surtout de cette période différente l'envie de me recentrer sur l'essentiel : la famille, une nature durable généreuse, le commerce de proximité, l'entraide, la solidarité, l'humain, la culture populaire, la santé soutenue par le sport pour tous. Et on partagera…
Sur Lesse
>>> Pour lire toutes nos cartes blanches sur le thème "Quel monde pour demain?": https://www.matele.be/cartes-blanches