Le boulot des travailleurs de l’éducation ne cesse de croître. La gestion des élèves absents demande une lourde organisation et les niveaux se creusent entre élèves d’une même classe.
Ce matin-là, six élèves sont absents dans cette classe de 6e primaire, à l'école fondamentale de Bellevue, à Dinant. Normalement, ils sont 21. Entre les malades du Covid et les quarantaines, c'est devenu quotidien de Manu Yerneaux, l'enseignant. Mais depuis cette rentrée, fini les révisions sans fin pour attendre les absents, l'école a décidé d'avancer sur le programme. Une décision difficile, mais nécessaire, explique le professeur:
C'est très compliqué et on doit vraiment gérer les niveaux des enfants au cas par cas, car tous les élèves n'ont pas la même chance. Certains ont des facilités, d'autres ont des parents très présents et d'autres non. On essaye de combler les manques, on fait coacher un élève par un autre. Il m'est matériellement impossible de revenir sur les cours que j'ai déjà vu avec les absents une fois qu'ils reviennent.
C'est bien là toute la difficulté de cette période: avancer avec les élèves présents pour qu'ils ne décrochent pas, sans laisser les absents sur le carreau. Alors dès que les élèves sont en pause, Manu fonce sur son ordi pour envoyer les exercices aux absents:
Du fait que j'ai des élèves de 11-12 ans, ils maîtrisent l'outil informatique. Je peux donc me permettre d'envoyer le programme de la journée écoulée par mail avec des correctifs. Je leur mets en plus un lien vers une vidéo explicative du cours pour que les parents aussi puissent la regarder et aider leurs enfants.
Des journées à rallonge
Ces cours à distance demandent évidemment de la préparation en amont pour l'enseignant, les journées de Manu finissent donc souvent à 21h. Un étage plus bas, le scénario est similaire dans le bureau de la directrice. Agnès Espreu accumule les tâches et finit souvent plus tard que prévu:
Je passe facilement deux heures le matin à recevoir les appels des parents pour les rassurer, donc j'arrive plus tôt au bureau. Je dois aussi aller dans les classes rassurer les enseignants qui ont des questions concernant leur planning. Je fais tout cela, mais il y a quand même l'administratif qui est là et qu'on doit aussi gérer. Je finis rarement mes journées avant 19h-20h.
Jusqu'à avril prochain, un co-enseignant est engagé dans l'école pour aider les professeurs à gérer le retour des absents. Une aide indispensable qui se concentre surtout chez les 1res et 2e primaire. La directrice s'inquiète déjà de la suite, une fois cette aide exceptionnelle terminée.
Entre la revalorisation du statut de directeur, du salaire des enseignants, la nécessité d'une aide administrative et éducative, la liste des besoins du secteur est longue. Une réunion a eu lieu jeudi 20 janvier avec la ministre de l'enseignement à ce propos, mais aucune solution n'a encore été apportée. Une autre rencontre est prévue en février alors que plusieurs syndicats d'enseignants ont annoncé une possible grève en front commun le 10 février.