Originaires de Sommière, les frères Frérotte, Vital et Adolphe, vont connaître l’enfer de la Grande Guerre. Le parcours qui les mènera à l’Yser est pourtant bien différent.
Lorsque la guerre éclate en août 1914, Vital, l'aîné, est mobilisé et envoyé à Namur « tenir les intervalles ». Il s'agit pour ces soldats de protéger les espaces de terrain situé entre les forts qui ceinturent Namur. La bataille de Namur ne durera que quelques jours. Le 21 août, les Allemands, qui se tiennent hors de portée des canons belges, bombardent massivement les forts. Le 23, ils donnent l'assaut et très vite, les premières lignes belges sont enfoncées. Les troupes qui devaient défendre les intervalles parviennent à s'échapper vers Bioul et la France en empruntant la route de Saint-Gérard. Vital et ses camarades continueront la guerre à Anvers et sur l'Yser. Les soldats restés dans les forts sont, quant à eux, attaqués les uns après les autres. Le dernier fort se rend le 25 août.
De son côté, Adolphe n'a pas fait son service militaire, le tirage au sort instauré à cette époque lui ayant été favorable. En août 1914, il n'est pas mobilisé et reste auprès de sa famille à Sommière. Le 15 août, les Français et les Allemands se battent à Dinant. Les habitants de Sommière et des villages avoisinants, prennent peur et décident de partir. Adolphe et sa femme, accompagnés de quelques membres de sa belle-famille trouvent refuge à Pont l'Evêque dans le Calvaldos.
Les destinées de deux frères vont se rejoindre à la fin de la guerre. Le 21 juillet 1916, un arrêté-loi décrète que tous les hommes entre 18 et 40 ans qui résident à l'étranger ou en Belgique non occupée doivent rejoindre l'armée belge pour être progressivement enrôlés. Adolphe, après avoir été reconnu apte, rejoint en mars 1917 le centre d'instruction de Coutances en Normandie. On est loin de la situation de 1914 où les soldats belges étaient envoyés au feu après une formation rudimentaire. Désormais, l'armée belge prend le temps d'instruire ses nouveaux soldats. En octobre 1917, Adolphe rejoint le régiment de son frère.
A l'automne 1918, les deux frères participent à l'offensive libératrice des Flandres, Vital s'en sort indemne mais son cadet est grièvement blessé. Il est évacué vers la Panne et le célèbre hôpital de l'Océan où il sera soigné pendant de longs mois.
Analyse historique : la mobilisation belge
Au début de la guerre, la mobilisation générale est une réussite pour l'armée belge. Les mobilisés parviennent à rejoindre rapidement leur régiment. La Belgique dispose d'une armée 250.000 à 300.00 soldats auxquels s'ajoutent des volontaires.
Malheureusement, cette armée va vite se retrouver réduite. Les combats pour la prise des forts de Liège et de Namur sont meurtriers et les soldats présents dans les forts sont faits prisonniers. La fuite d'Anvers va aussi provoquer des pertes directes auxquelles vont s'ajouter celles occasionnées par l'internement aux Pays-Bas des soldats passés de l'autre côté de la frontière. Enfin, la bataille de l'Yser constitue également une bataille meurtrière pour la petite armée belge.
Fin 1914, les effectifs sont donc fortement réduits et la Belgique n'a pas la possibilité de renforcer ses rangs. Elle ne peut pas enrôler de nouveaux effectifs puisque la grande majorité de son territoire est occupé par les troupes allemandes. Celles-ci ne laissent évidemment pas les jeunes hommes rejoindre le front.
A partir de 1916, l'armée belge qui dispose d'une base arrière à Calais peut, à nouveau, recruter et former des soldats. Un appel est lancé à tous les Belges qui peuvent rejoindre l'armée, les Belges de l'étranger et ceux, comme Adolphe Frérotte, qui se sont réfugiés en France et Grande-Bretagne.
Merci à Vincent Scarniet et Axel Tixhon
Avec le soutien de la Province de Namur
