Environnement

Permis kayaks contesté sur la Lesse : des associations en recours au Conseil d’État

publié le:07/08/2025 13:21:00 - mis à jour: 08/08/2025 12:13:10

Le renouvellement du permis kayaks sur la Lesse est contesté par plusieurs associations et riverains, qui dénoncent un impact sur la biodiversité et un non-respect du cadre légal.

La plage de Walzin, en bord de Lesse, est l'un des terrains d'observation préférés de Pierre Mossoux. Ce naturaliste y suivait régulièrement le cincle plongeur, un oiseau discret qui vit à fleur d'eau. Mais depuis peu, l'espèce semble avoir déserté le secteur.

En mars dernier, on a vu le couple. Il y a eu la parade nuptiale, des accouplements, la présence de matériaux pour la construction du nid… Et depuis lors, plus rien.

La pression touristique, aussi bien sur les berges qu'en rivière, aurait un impact direct sur la faune. Ce site, pourtant classé patrimoine exceptionnel de Wallonie, subit les effets de cette affluence.

Le problème, c'est qu'on a les kayakistes, mais aussi les gens qui viennent le soir pique-niquer, faire des barbecues, qui pataugent dans la rivière… Il y a même des 4x4 qui traversent le cours d'eau.

Sur la Lesse, la fréquentation touristique reste un enjeu sensible. Le permis d'exploitation du loueur de kayaks Dinant Tourisme a été renouvelé pour huit ans par la Région wallonne. Il autorise jusqu'à 1 525 embarcations par jour lors des pics d'affluence. Mais pour certaines associations environnementales, ce permis ne respecte pas le cadre légal, notamment en matière de protection de la nature. Georges Hoyos, de l'ASBL Lesse, Nature & Patrimoine, 

On peut naviguer jusqu'à 1,5 m³/s de débit sur la rivière. Et à ce moment-là, on racle le fond. Mais même à partir de 3 m³/s, ça suffit à abîmer les fonds, ce qui pose de gros problèmes pour la biodiversité. Prenez la mulette épaisse, une petite moule d'eau douce : il y en a six fois moins ici, dans la zone kayak, qu'ailleurs. Elle filtre jusqu'à 85 litres d'eau par jour. Donc, quand elle disparaît, c'est toute la qualité de l'eau qui en souffre.

Irresponsable et contraire à l'intérêt général

Ces associations, accompagnées de riverains, dénoncent un permis délivré sans tenir compte des recommandations scientifiques. Une décision du ministre François Desquesnes jugée irresponsable et contraire à l'intérêt général. Elles ont saisi le Conseil d'État pour contester le permis, estimant qu'il ne respecte pas les obligations légales liées aux sites Natura 2000.

Ce qui est étonnant, c'est que l'administration elle-même a recommandé de ne pas octroyer ce permis. Elle pointait une étude d'incidences lacunaire, parfois partiale, et soulevait des problèmes sur plusieurs aspects : la biologie, le nombre de kayaks autorisés… C'est pour ça qu'on a décidé d'aller en annulation au Conseil d'État.

Tourisme et biodiversité : la cohabitation est possible, mais les choix politiques restent parfois délicats. Sur la Lesse, la rivière devra continuer de composer avec ces deux réalités.

Antoine Peret, Journaliste
antoine.peret@matele.be

 

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