Économiste de terrain, comme il se définit lui-même, Jean-Paul Knaepen réfléchit au monde après le coronavirus. Il prône une vision pragmatique: "tout ne sera pas meilleur en deux temps, trois mouvements".
Jean-Paul Knaepen se définit comme un "économiste de terrain". Il exerce aujourd'hui la fonction d'administrateur délégué de EPC - Familia, une entreprise qui compte plus de 600 employés. Le groupe, basé à Ciney, compte une centaine de pharmacies et fait de la vente directe de médicaments aux institutions.
Les intertitres sont de la rédaction.
Carte blanche à Jean-Paul Knaepen: Que monde voulons-nous pour demain?
Quel monde voulons-nous pour demain?
Qu'est-ce qu'on garde de notre vie d'avant?
Qu'est-ce qu'on jette aux oubliettes de l'histoire?
Qu'est-ce qu'on tire comme enseignements de cette période inédite?
S'attacher à ces questions très générales nécessite de construire le dispositif en poupées russes (et non chinoises). Du principe au détail.
Le monde que nous voulons (disons plutôt modestement appelons de tous nos voeux et de tous nos rêves) sera, comme l'enfer, pavé de bonnes intentions. C'est déjà un début : baliser nos objectifs.
Comme le firent les auteurs de la déclaration des Droits de l'Homme et de l'Humanité, comme le firent les auteurs des différentes constitutions dans les pays démocratiques (ou plutôt « parti-cratiques »), même si ces objectifs resteront voués aux desseins des lobbies les plus divers, plus ou moins puissants ou efficaces.
Alors, quels principes de base voulons-nous magnifier puisque tout ou presque a été dit sur le sujet, par les yakas, faucons et autres utopistes?
Le Bonheur National Brut plutôt que le Produit Intérieur Brut?
Le bonheur comme métrique: remplacerions-nous le PIB (produit intérieur brut) par le BNB (bonheur national brut) en vogue au Bouthan depuis le milieu des années 70?
Cet indice repose sur quatre piliers fondamentaux :
- Un développement économique et social, durable et équitable;
- La préservation et la promotion des traditions culturelles (bhoutanaises à l'origine);
- La sauvegarde de l'environnement;
- Une bonne gouvernance.
En accord avec ces principes ou pas (le tout est d'avoir un référentiel communément admis et bien compris pour concilier les points de vue), l'étape suivante est de :
- réformer la constitution des Etats démocratiques (« particratiques »)
- répertorier les domaines qui sont concernés.
On peut bien entendu s'appuyer sur l'existant, se baser sur la nomenclature des différents gouvernements, mais pas sur celles de l'entité fédérale et des entités fédérées belges qui, vous en conviendrez, comportent des spécificités et des bizarreries.
A la suite de cela, arrive l'étape dynamique, mais tout aussi épineuse, de la gouvernance, des définitions de compétences, des descriptions de fonctions, des répartitions des rôles et du casting. C'est plus technique et on court le risque de se laisser enfermer dans une logique d'experts et de consultants.
Une question de méthode
Trouver la bonne méthode est donc aussi capital que de définir les missions! D'où les missions de démineur, d'explorateur, d'informateur…
On part d'une feuille blanche pour le scénario? On s'inspire d'expériences? Qu'est-ce qu'on garde de notre vie d'avant? Qu'est-ce qu'on jette aux oubliettes de l'histoire? Qu'est-ce qu'on tire comme enseignements de cette période inédite? Quels indicateurs mettre en place pour le suivi? Quels mécanismes de reporting et de contrôle?
Quelles sanctions en cas d'échec relatif ou absolu:
- pour un parti, la perte de quelques pour cent qui ne changeront rien à l'affaire? Le parti sanctionné plus sévèrement ne sera-t-il pas celui dont on aura besoin pour monter une coalition (si on a maintenu ce système jugé capital dans notre mère partie vu les asymétries entre le Nord, le Sud et Bruxelles);
- pour un individu dans l'exercice de son mandat, de sa fonction, de son métier, continuer à se référer à un dispositif juridique illisible dont même les avocats se plaignent (alors que c'est leur fonds de commerce)? Repenser le dispositif ? cela prend énormément de temps!
Au moins deux principes de base seront d'application en tout temps et à toute heure :
- s'adapter à ce qui existe, ne pas réinventer la roue;
- faire œuvre de pragmatisme, s'accommoder des lobbies avec fermeté et clairvoyance (les forces occultes qui nous gouvernent), ne pas se perdre dans les détails (ni dans 40.000 amendements de texte pour le bloquer définitivement), ni croire que tout sera meilleur en deux temps, trois mouvements : ce sera l'œuvre d'une génération au moins!
Bon courage!