Le radon, gaz naturel et invisible, peut s'accumuler dans nos habitations et causer des cancers du poumon. Un test simple permet d’évaluer le risque et de protéger sa santé.
Cette semaine, on parle d'un danger invisible, inodore et pourtant bien présent chez nous : le radon. Il vient du sol, fait partie de notre environnement, mais dans certaines conditions, il peut devenir un vrai risque pour la santé. Ce gaz serait responsable de plusieurs centaines de cancers du poumon chaque année en Belgique. On essaie de comprendre d'où il vient et surtout comment s'en protéger avec nos deux invités : Patricia Deckers, chargée de projet radon au SAMI-Lux, le Service d'Analyse des Milieux Intérieurs et Alfred Bernard, toxicologue à l'UCLouvain.

Première question : qu'est-ce que le radon, Patricia Deckers ?
Patricia Deckers : Le radon, c'est un gaz radioactif, un descendant de l'uranium qui est naturellement présent dans la croûte terrestre. C'est un gaz naturel que l'on trouve absolument partout. La différence, c'est qu'à certains endroits, il peut arriver en surface, s'accumuler dans les bâtiments et poser des problèmes de santé.
Où en trouve-t-on généralement, et certaines régions sont-elles plus touchées que d'autres ?
On en trouve essentiellement dans les régions où il y a beaucoup de roches granitiques et de schistes. En Belgique, c'est surtout le sud. La province de Luxembourg est particulièrement touchée. L'arrondissement de Dinant, dans la province de Namur, n'est pas épargné non plus. Plusieurs communes sont fortement impactées par le radon, comme Dinant, Ciney, Houyet, Anhée et Bièvre. Dans ces communes, plus de 10 % des maisons testées dépassent les recommandations européennes. Dans certaines communes, comme Gedinne ou Vresse, ce chiffre dépasse 20 %. Une maison sur cinq présente donc un problème de radon, lié à la géologie du sous-sol.
Est-ce qu'il y a des taux recommandés à ne pas dépasser pour le radon ?
Alfred Bernard : La directive européenne propose un taux de 300 becquerels par mètre cube, qui est actuellement utilisé. L'OMS recommande une valeur plus faible : 100 becquerels par mètre cube, pour protéger toute la population, y compris les fumeurs. La valeur de 100 peut être considérée comme cible, mais la valeur normative actuelle reste de 300 Bq/m³.
Est-ce un problème uniquement lié aux anciennes habitations ?
Patricia Deckers : Non, il n'y a vraiment pas d'exception. Les vieilles maisons rénovées peuvent être concernées, car la rénovation ne touche pas forcément le sol. Le radon qui pénètre dans la cave ne peut plus en sortir si la maison est rendue étanche. Les nouvelles constructions peuvent aussi présenter des taux élevés si aucune mesure préventive n'a été prise. Même en connaissant la géologie et le type de maison, on ne peut pas tirer de conclusion sans test.
Donc c'est un gaz naturel qui s'échappe du sol et peut pénétrer nos habitations par des fissures ou l'eau. Alfred Bernard, comment peut-on être contaminé ?
Alfred Bernard : Dans certains cas, l'eau peut contenir du radon. L'eau de distribution est généralement ventilée et contient donc moins de radon. Le risque principal est l'inhalation, notamment lors de douches, et certaines études suggèrent un risque par ingestion, par exemple avec le cancer de l'estomac. Globalement, la contamination survient surtout par inhalation prolongée.
Quels sont les risques pour la santé ?
Le radon est un gaz radioactif qui se désintègre en métaux lourds. Parmi eux, le polonium 218 est particulièrement dangereux, car il émet des particules alpha. Ces particules ne traversent pas le corps, mais libèrent une grande quantité d'énergie dans les organes, pouvant endommager l'ADN et provoquer mutations et cancers. Le risque majeur est la contamination interne, surtout par inhalation, avec un risque bien documenté de cancer du poumon. Ce type de cancer peut être agressif, comme le cancer à petites cellules. Il est donc essentiel de minimiser l'exposition.
C'est la deuxième cause de cancer du poumon en Belgique.
Oui, c'est la première cause chez les non-fumeurs. On estime qu'en Europe, environ 10 % des cancers du poumon sont dus au radon, un risque important et évitable.
Certaines personnes sont-elles plus vulnérables ?
Toute la population est exposée, mais les fumeurs ont un risque accru. Le risque est multiplié par 25 chez un fumeur exposé au radon par rapport à un non-fumeur. C'est pour cela que l'OMS recommande 100 Bq/m³. Le message : arrêter de fumer et veiller à ce que l'habitat soit exempt de radon.
Patricia Deckers, le public est-il sensibilisé ?
Patricia Deckers : Non, clairement pas assez. En province de Luxembourg, nous travaillons sur le radon depuis 1989, et activement avec l'AFCN depuis 2006. Malgré tout, seuls 12 % des logements ont été testés. Près de 90 % n'ont jamais fait de test, alors que c'est une zone à risque.
Et en province de Namur ?
Même situation, voire pire. La sensibilisation reste faible, et certaines zones inattendues montrent aussi des niveaux élevés. Les campagnes permettent d'affiner la carte des risques.
Nous sommes en pleine campagne “Action Radon” jusqu'en décembre. De quoi s'agit-il ?
Patricia Deckers : C'est une campagne annuelle menée par l'AFCN en partenariat avec les provinces wallonnes et les SAMI. Elle se déroule du 1er octobre au 31 décembre pour que le test reste en place trois mois et fournisse un résultat fiable.
Comment procéder à un test radon ?
Il faut commander un détecteur sur www.actionradon.be. Il coûte 15 €, est reçu par la poste et doit être placé dans la pièce la plus occupée du rez-de-chaussée pendant trois mois. Ensuite, on le renvoie au SAMI pour analyse et communication du résultat.
Quel est votre rôle si le test est positif ?
Entre 300 et 600 Bq/m³, on envoie une brochure de conseils. Au-delà de 600 Bq/m³, nous proposons gratuitement une visite pour déterminer les solutions adaptées à la maison.
Comment agir face au radon ?
Deux règles simples : empêcher le radon d'entrer et évacuer celui déjà présent. Selon la maison, cela implique : colmater fissures et passages de tuyaux, mettre des joints aux portes, vérifier l'eau des siphons, améliorer la ventilation. Un courant d'air de cinq minutes matin, midi et soir est déjà très efficace. Sur place, nous utilisons des appareils pour identifier les passages préférentiels du radon et intervenir de façon ciblée. Il est aussi possible d'agir de manière préventive : il suffit de prévoir l'installation d'une membrane imperméable lors de la construction de votre maison. N'hésitez pas à en parler à votre architecte.