En Wallonie, la réforme du chômage cherche à relancer l’emploi, une opportunité pour le secteur de la construction en pénurie. Dans certaines entreprises de notre arrondissement, elle a déjà des effets.
Avec la réforme du chômage, 193.904 personnes, selon les derniers chiffres de l'Onem, pourraient sortir du système des allocations… et venir en partie grossir les rangs des demandeurs d'emploi en Wallonie. Une opportunité potentielle pour les secteurs en pénurie, comme la construction.
Chez V3 Manupal, à Ciney, les effets se font déjà sentir. Antoine Limage, responsable des ressources humaines, explique qu'ils sont passés d'une candidature par jour… à près d'une quinzaine.
Maintenant, on a aussi des candidats qui viennent d'autres provinces. Parfois une heure et demie de route d'ici. Donc ça, c'est un gros changement aussi dans le type de personnes, au niveau de la localisation, qui postulent chez nous. Les personnes n'hésitent pas à l'heure actuelle à nous mentionner qu'ils vont bientôt être exclus du chômage sur leur lettre de motivation.
Deux entreprises, deux réalités différentes
Mais à quelques kilomètres de là, le constat est bien différent. À Hamois, l'entreprise Macors connaît toujours des difficultés à engager, confie Audrey Sevrin, responsable formation.
C'est vrai qu'on a entendu parler de cette réforme à plusieurs reprises. Par contre, force est de constater qu'on n'a pas vu d'augmentation. On n'a pas eu d'afflux de demandes, que ce soit en fin d'année, l'année dernière ou en début d'année. Jusqu'à présent, rien à signaler.
“On attend un peu de voir ce qui se passe”
Ces deux entreprises de notre arrondissement vivent deux réalités bien différentes. Pour Patrick Splingaire, manager régional Brabant Wallon et Namur chez Constructiv, l'organisme qui accompagne les ouvriers et les employeurs de la construction, rien d'étonnant : il est encore trop tôt pour mesurer l'impact réel de la réforme.
On attend un peu de voir ce qui se passe. C'est clair qu'il y a aussi un autre fait : les sections construction dans les centres de formation tels que le Forem, par exemple, sont relativement vides. Et donc le Forem attend effectivement pas mal de candidats. Chez Constructiv, nous collaborons avec eux pour sensibiliser les demandeurs d'emploi.
La pénurie n'est pas qu'une question de nombre
Si la réforme laisse espérer un coup de pouce pour les métiers en tension, la réalité sur le terrain reste plus nuancée. Patrick Splingaire ajoute que la pénurie ne se résume pas à une question de nombre : chaque entreprise a ses propres besoins et contraintes, en fonction de sa taille, de sa localisation ou encore de sa santé économique.
Effectivement, il y a des entreprises qui engagent toujours de bons profils. En tout cas, il y a des entreprises qui engagent pratiquement le premier venu et forment sur le tas. Mais il y a aussi d'autres entreprises qui n'engagent que très ponctuellement, voire des entreprises qui dégraissent un peu parce que le marché des affaires n'est pas très florissant pour le moment.
Des profils variés selon les entreprises
À Ciney, V3 Manupal engage surtout des personnes en situation de handicap. Chez Macors, Audrey Sevrin a un message plus large : toute personne motivée est la bienvenue.
Il faut savoir qu'ici, 40 % des travailleurs de l'entreprise sont formés par ce qu'on pourrait appeler l'École Macors'. Ça veut dire qu'on accueille des jeunes en stage, des apprentis qu'on forme régulièrement. Donc quelqu'un qui aime les métiers manuels, qui aime le secteur de la construction mais qui a peu d'expérience, est le bienvenu chez nous.
Dans la construction, on attend désormais de voir comment la situation évoluera, notamment avec les prochaines vagues d'exclusion du chômage annoncées dès le 1er mars prochain.