Dossier

Riverains et motos: la cohabitation difficile dans la Molignée

publié le:29/06/2020 14:19:00 - mis à jour: 01/07/2020 16:49:40

Bruit et vitesse sont deux désagréments récurrents dans la bouche de riverains de la Molignée. Faut-il contrôler le bruit? Comment? Quelle sécurité aussi pour les motards? Analyse et points de vue croisés.

La vallée de la Molignée est très prisée pour les balades, y compris à moto. Chaque année, avec les beaux jours, le sujet s'invite à la table: pour certains riverains, la vitesse et le bruit de certains usagers à moto posent régulièrement problème. Mais selon Nathalie Frolli, habitante de Warnant, ce désagrément va en augmentant depuis quelques années. Elle ne prétend pas s'ériger en porte-parole des habitants et exprime ici son opinion personnelle, même si d'autres riverains font le même constat:

Les quatre ou cinq dernières années, cela a beaucoup augmenté. Au point que ça devient à la limite insupportable, au point où on hésite à manger dehors. Et moi, si je lis dans mon jardin, je me suis acheté des bouchons d'oreilles l'an dernier, pour pouvoir me concentrer un petit peu. Parce que les week-ends, c'est permanent.

Mais pourquoi cette route attire-t-elle tant les deux roues motorisés? Nous avons posé la question à Frédéric Fallay, un motard de la région qui a décidé pour sa part de l'éviter un maximum le week-end:

C'est une très belle route, c'est bien sinueux. Il n'y a pas beaucoup de routes qui la traversent, donc il y a moins de risques de se faire couper la route sur un carrefour.

Le message de Frédéric est celui-ci: il peut y avoir des désagréments pour les riverains, mais il ne faut pas non plus stigmatiser les motards dans l'opinion publique:

Le problème, c'est que s'il y a 50 motos qui passent, et que sur les 50, il y en a 10 qui font du bruit, on va mettre un peu tout le monde dans le même panier. Alors que celles qui sont passées sans faire de bruit, on ne les a pas remarquées. On voit une moto qui passe vite, mais on ne voit pas toujours une voiture qui passe vite, parce qu'elle fait moins de bruit.

Une position que rejoint tout à fait notre riveraine Nathalie:

On a tendance à classer en "pour" et "contre" les motards, ce qui n'est pas du tout notre cas. Ce dont les riverains se plaignent, ce sont les comportements de certains motards, qui prennent la vallée de la Molignée pour un circuit.

Le problème de vitesse en passe de s'améliorer

Vitesse et bruit. Ce sont donc les deux problèmes identifiés. Concernant la vitesse, un radar tronçon avait été installé à Denée. La police estimait que ce n'était pas l'endroit le plus problématique. Elle a donc demandé des dispositifs supplémentaires. Ils sont déjà installés, et seront en fonctionnement dans les mois qui viennent, explique Bernard Dehon, le chef de corps de la zone Haute-Meuse:

Un boîtier fixe à Warnant à hauteur du carrefour des Marroniers, un boîtier fixe à hauteur de la gare de Falaën en repartant vers Sosoye, plus le radar tronçon à Denée. Ce qui fait qu'on couvre chaque entrée de la Molignée sur la zone, avec une sérieuse piqûre de rappel au milieu de la route.

Pour notre motard, Frédéric Fallay, ces dispositifs devraient aller de pair avec des aménagements de sécurité pour les usagers à moto:

Les radars, cela peut peut-être aider. Maintenant, qu'est-ce qu'on va faire de l'argent, encore? Si c'est pour sécuriser les routes, oui. Je vois que la Belgique est très en retard sur les double glissières. Donc le radar, oui, si c'est pour investir dans la sécurité des motards.

Pour le bruit, c'est plus compliqué

Pour certains riverains, le bruit reste un problème différent et pas uniquement lié à la vitesse. C'est le cas de Christian Léonard, habitant de Warnant et lui-même ancien motard:

Cela devient de la folie, parce qu'il y a même des motos qui roulent très doucement, en fait, mais qui font un raffut de malade. Notamment tout ce qui est customisé, etc. Les pots d'échappement détente, et autres, c'est en vente libre. C'est interdit, mais c'est en vente libre. Et il n'y a aucun contrôle sur le bruit. Je crois que c'est vraiment là que ça coince. 

Du côté de la police, on confirme que cet aspect est plus compliqué à gérer sur le terrain que celui de la vitesse, pour plusieurs raisons, explique Bernard Dehon:

C'est très très compliqué. D'abord parce que certaines motos, déjà, de part leur homologation, ont la possibilité de faire beaucoup de bruit. Deuxième chose, il n'y a pas de contrôle technique pour les motards. Ensuite, c'est un problème qui dépasse largement le cadre d'une zone de police. Une zone comme la nôtre est tout à fait d'accord de participer à des actions qui viseraient à limiter ces nuisances-là par des contrôles, mais il faut un cadre législatif qui soit assoupli, des moyens de contrôle disponibles pour la police et surtout une volonté globale.

C'est donc, pour la police, au minimum au niveau wallon que ce type de réflexion doit maintenant être mené.

Nicolas Lembrée, Journaliste
nicolas.lembree@matele.be

 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30