Forêt

Rochefort retire ses forêts communales du label PEFC

publié le:04/07/2024 16:49:00 - mis à jour: 28/07/2024 20:49:19

Rochefort vient de prendre la décision de quitter le label PEFC pour ses forêts communales. La nouvelle charte, plus restrictive en matière de nourrissage, menace les locations de chasse.

Rochefort retire ses forêts communales du label PEFC. Ce label international certifie que le bois est issu de forêts gérées de manière durable. Ce label vient de revoir sa charte, comme tous les cinq ans. Les nouvelles normes, dont celles liées au nourrissage, ne conviennent pas aux autorités communales famennoises. Louise Mertz, l'échevine en charge des forêts, explique :

Interdire le nourrissage aurait un impact financier assez conséquent sur nos locations de chasse. Au niveau des recettes communales, l'impact que cela pourrait représenter n'est pas négligeable.

Nourrissage interdit durant quatre mois

Ces nouvelles normes PEFC, concernant le nourrissage, sont plus restrictives. Elles ont pour objectif de limiter la prolifération du sanglier, en surnombre actuellement dans nos forêts wallonnes. Samuel Oldvenhove est secrétaire général PEFC pour la Belgique : 

Le nourrissage est maintenant interdit du 1er novembre au 28 février. Cette mesure a été prise en se basant sur un recueil d'études scientifiques de l'Université de Gembloux. Elle a pour mission d'enrayer la dynamique explosive de la population de sangliers en favorisant la mortalité naturelle en période où les cultures ne sont pas sensibles. Sans oublier la chasse qui reste indispensable pour maintenir cet équilibre forêt - gibier. 

Dégâts des sangliers sur l'écosystème forestier

La population de sangliers dans le sud du pays a quadruplé en trente ans. Selon les scientifiques, dans nos forêts wallonnes, la densité de cet animal sauvage est trois à quatre fois supérieure à la norme. Ce qui occasionne des dégâts sur l'écosystème forestier, détaille Alain Licoppe, attaché au département de l'étude du milieu naturel et agricole au SPW :

Une surdensité de sangliers pose problème à l'écosystème forestier en général, en particulier à tout ce qui est plantation et régénération naturelle. Les glandées, toutes les productions naturelles de fruits forestiers, sont largement consommées par les sangliers notamment. Même si ce n'est pas la seule espèce à profiter évidemment de ces fruits, les sangliers en surdensité vont avoir un impact négatif sur le renouvellement de la forêt. 

Le nourrissage nuit à la régulation naturelle du gibier

Le nourrissage dissuasif, dont la réglementation est en cours d'évolution en Wallonie, est utilisé, selon les chasseurs, pour éviter que les sangliers attaquent les cultures agricoles, de maïs, par exemple, dont ils sont plutôt friands. Pour le collectif « Stop dérive de la chasse », cette pratique permet aussi de maintenir le gibier sur un territoire de chasse pour garantir son capital. Du côté des scientifiques, on est formel : interdire le nourrissage durant les mois les plus froids de l'année a un impact significatif sur la régulation du sanglier, poursuit Alain Licoppe :

Dès le moment où vous apportez un complément alimentaire à une espèce, quelle qu'elle soit, vous allez booster sa dynamique de population. Donc pour le sanglier, globalement, cela va améliorer son taux de survie ainsi que son taux de reproduction. Le nourrissage va donc maintenir de manière artificialisée un niveau de population plus élevé que ce qu'il serait s'il n'y avait pas de nourrissage. On a des exemples de territoires où on a arrêté de nourrir.  On a pu voir l'évolution du tableau de chasse sur plusieurs années. En moyenne, on diminue le tableau de chasse de 40 %, pour un effort de chasse identique. Cela signifie qu'on y observe une diminution significative de la population de sangliers, juste en arrêtant le nourrissage. 

Moins-value sur le bois rochefortois

À Rochefort, sans le label PEFC, le nourrissage sera donc encore permis dans les forêts communales ainsi que d'autres forêts privées. Si, d'un point de vue financier, les recettes sur les locations de chasse sont préservées, qu'en sera-t-il au niveau des recettes liées aux ventes de bois ? Le bois non labellisé est, selon l'organisme certificateur, moins demandé sur le marché mondial. Samuel Oldenhove pour PEFC Belgique :

Le marché international du bois est de plus en plus compétitif.  Les marchés publics exigent du bois PEFC. La tendance économique veut aussi qu'on donne ses preuves au niveau de la gestion durable des forêts, tant en Belgique qu'au niveau de l'Union européenne. Donc oui, sans le label, il y a un risque de perte de marché. 

Louise Mertz tempère :

Pour du bois PEFC, le gain est estimé à 3,2 %. Pour ma part, ça fait cinq ans que je fais les ventes de bois au niveau communal. Chaque année, les ventes sont fluctuantes. Il est compliqué de percevoir ces 3,2 %. C'est plutôt la loi du marché qui prévaut. 

Rochefort pourrait revoir sa décision pour ses forêts d'ici trois ans, le temps d'avoir un retour sur expérience sans le label PEFC, en pouvant comparer la situation avec les forêts toujours labellisées de la Donation Royale établies en partie sur le territoire rochefortois.

Benjamin Mars, Journaliste
benjamin.mars@matele.be

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