Jeunesse

ENTRETIEN | Scouts et villages : un été pour cohabiter

publié le:02/06/2025 01:00:00 - mis à jour: 02/06/2025 14:20:55

Michael Modave et Gilles Beckers

Dans certaines communes, l’arrivée des scouts rime avec tensions. Bruit, gestion des déchets, respect des lieux… la cohabitation est parfois difficile. Alors, comment réussir cette cohabitation cet été ?

Chaque été, ils sont des milliers à planter leur tente dans nos villages, dans nos forêts et dans nos champs. Les camps scouts font partie du décor estival de la campagne. Entre chants autour du feu, toilettes sèches et voisins, pas toujours ravis, la cohabitation n'est pas toujours simple. Certaines communes serrent la vis, d'autres misent sur le dialogue. Alors, comment faire pour que tout cela se passe bien ? On en parle avec nos invités, Gilles Beckers, porte-parole de la fédération Scoute et Michael Modave, bourgmestre f.f. à Bièvre.


Nous sommes à quelques semaines du début de ces camps. Est-ce que toutes les unités ont trouvé un lieu où s'établir ?

Gilles Beckers : Non, mais ça avance. Il y a eu des difficultés d'autant plus grandes cette année, avec des cas d'arnaques, sur des endroits de camps qui ont touché entre 10 et 20 groupes. Ça, plus l'impact de la réforme des rythmes scolaires sur la disponibilité des lieux de camps, ça fait que chaque année, on sait qu'on doit continuer à accompagner des groupes pour arriver à trouver des endroits. On a aujourd'hui toujours une pénurie de lieux de camps à des prix abordables et de lieux de camps de qualité surtout.

Existe-t-il une réglementation au niveau de la mise à disposition, que ce soit des prairies ou des locaux ? Est-ce qu'il y en a moins qu'avant de disponibles ?

Mickaël Modave : En 2019, nous avons pris une réglementation en donnant une agréation à chaque prairie pour accueillir les scouts. C'était important de le faire pour recadrer un peu la situation de 2019. L'été de 2019 a été chaud dans tous les sens du terme. On avait beaucoup de scouts. Cette année-là, on était quasiment à 8.000 scouts pour un territoire où il y a 3.500 habitants. Ça fait beaucoup.

À côté de l'aspect logistique, comment est-ce qu'on prépare son arrivée dans une commune comme Bièvre ? Par exemple, est-ce qu'il y a des concertations au préalable ?

G.B. : Du côté des fédérations, francophones et néerlandophones, depuis quelques années, on a un travail de mise en relation avec les autorités communales. Et chaque année, on va rencontrer entre 20 et 30 communes pour préparer l'accueil des camps. Depuis l'année dernière, on fait également une évaluation de la saison des camps qui est envoyée à chaque commune avec une proposition de rencontre si la commune, en tout cas, considère que les choses ne se sont pas bien passées. Du côté des groupes, il va y avoir une préparation en amont. Évidemment, tout ce qui va être préparation du programme d'activités, préparation matérielle, des activités, les décors qu'on va préparer, etc. Il va falloir penser aux courses, mais aussi se renseigner sur la commune où je vais, quels sont les médecins qui peuvent y avoir, les commerces qui peuvent exister, etc.

Comment est-ce qu'on se prépare, à Bièvre, à accueillir autant de monde sur son territoire ?

M.M. : Le temps de la saison estivale, on a une étudiante ou un étudiant qui vient comme Madame Camp pour faire l'accueil. À chaque fois qu'un nouveau groupe arrive, elle va à la rencontre, elle donne le petit vademecum, elle réexplique les grandes règles. Alors, chose qui est importante aussi, qui est souvent demandée par les scouts, c'est en effet consommer local. On a développé une carte avec le parc naturel où tous les artisans, de bouche et autres, sont repris.

Comment est-ce qu'on fait pour que ça se passe bien ?

G.B. : On sensibilise, au final, à ce qui est des règles de base : le respect du voisinage, l'absence de tapages nocturnes, etc. On va avoir, du côté des fédérations, une sensibilisation en amont sur l'ensemble de ces sujets-là, avec une démarche de collaboration avec les communes lorsqu'il y a quelque chose qui se passe ou un groupe qui dépasse les limites. On a vraiment une approche qui vise à régler ça en collaboration avec les autorités communales.

Vous avez un peu durci votre règlement depuis 2019, en quoi est-ce que ça consiste ?

M.M. : En fait, c'est surtout qu'on n'avait pas de règlement à la base. Le propriétaire d'un prés qui met en location un groupe de scouts a des obligations également comme celle de fournir l'eau, fournir le bois pour les feux, mais également pour les pilotis et autres.

Ce genre de réglementation peut être un peu plus stricte, le changement des rythmes scolaires et les arnaques... Est-ce que c'est toujours aussi facile qu'avant d'organiser un camp ?

G.B. : Non. Ça fait vraiment reposer des difficultés importantes sur des gens qui, en fait, sont des jeunes bénévoles qui donnent de leur temps pour ça, et qui doivent maintenant s'y prendre presque à deux ans à l'avance pour arriver à trouver un lieu. Il faut savoir qu'il y a deux tiers des camps qui se déroulent en bâtiment. Le vrai nœud du problème, il est dans les bâtiments. C'est plus difficile de mettre à disposition un bâtiment. Ça demande plus d'accompagnement que pour une prairie. Une réglementation et une agréation du côté de la commune, c'est hyper intéressant, parce que nous, le message qu'on porte, c'est auprès des autorités communales : c'est votre territoire. C'est vous qui le connaissez le mieux. Ça permet de réduire les problèmes, enfin oui, de réduire vraiment l'apparition de problèmes en matière d'accueil sur le territoire.

Les scouts, ça représente une manne économique pour la commune ?

M.M. : Je connais quelqu'un, par exemple, qui fait des moutons. 80 % de son chiffre d'affaires sur l'année, ce sont les scouts. C'est très intéressant pour l'économie locale, en effet.

Est-ce qu'on peut imaginer, à l'avenir, des concertations d'autant plus grandes entre les communes et les fédérations ?

G.B. : On est vraiment extrêmement demandeurs de ça. Ce qu'on veut, c'est la même chose que les autorités communales, c'est la même chose que les riverains, c'est que les camps se passent bien et puissent être ce qu'ils sont réellement, c'est-à-dire des espaces d'épanouissement et d'aventure pour les enfants pendant dix jours. J'imagine qu'on le voit peut-être moins, puisque les moments où on est amenés à interagir sont plutôt ceux où on va voir des enfants sur le bord de la route, sur le bord d'une route dangereuse, ou des gens qui viennent sonner chez vous pour demander de l'eau, etc. Donc en fait, ce sont peut-être les seules interactions qu'on a. Et c'est bien dommage, parce qu'effectivement, les camps sont vraiment cet espace de vivre-ensemble, où les enfants vont énormément pouvoir gagner en autonomie. Ils vivent au plus proche de la nature aussi, souvent, ils vont vivre des aventures incroyables.

Vous avez un conseil à donner aux riverains et aux groupes de scouts pour que l'été soit serein à Bièvre ?

M.M. : Je pense qu'il faut plus d'ouverture des deux côtés. Il y en a qui font du porte-à-porte sur les 50 premières maisons, et mettent un petit papier avec : "Voilà, nous sommes unité, tatata. Nous venons d'arriver dans votre village, et s'il y a un problème, n'hésitez pas à nous contacter, un numéro de téléphone, un responsable." Je trouve que la démarche est positive, et voilà, le contact est fait. Aussi, on a beaucoup de scouts chez nous mais pas d'unté scoute de Bièvre. La première unité, c'est Beauraing, je crois. Les gens ne savent pas ce que c'est. Ma compagne vient de Namur, elle a été aux scouts. Et quand elle en parle, ce n'est pas du tout la même vision.

Fiorine Guéry, Journaliste
fiorine.guery@matele.be

 
 

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