Norbert et Sophie souhaitent se lancer dans un projet de ferme laitière à Buissonville. La coopérative "Terre-en-Vue" les aide en achetant le terrain puis en leur louant via un bail à ferme.
Norbert Buysse et Sophie Fondu viennent de s'associer pour créer "La Ferme du Fond du Buisson". L'un élève des brebis, l'autre des chèvres. Ils vont mutualiser leurs forces pour créer une ferme laitière mixte dans laquelle ils vont gérer le cycle agricole complet, en commençant par l'élevage, passant ensuite à la production de fromage et enfin la vente directe au consommateur. Norbert Buysse explique:
J'ai démarré avec quelques brebis, il y a bientôt deux ans, avec des plans précaires à gauche et à droite. Je me suis aussi construit des installations mobiles où je peux bouger au gré du vent. J'ai rencontré mon associée, Sophie, et nous avons trouvé ensemble un terrain où on peut implanter notre projet de manière permanente. Tout se met en place peu à peu.
Le projet avance progressivement, en effet, car le plus gros souci pour le développer, c'est trouver un terrain disponible, à long terme cette fois. C'est le difficile constat de Sophie:
En tant que jeune agricultrice non issue du milieu agricole, c'était hyper difficile pour moi d'avoir accès à des terrains parce que le coût est hors de prix et que la disponibilité n'était vraiment pas présente.
Norbert complète:
Les prix sont complètement dingues et on ne sait absolument pas rentabiliser dans une exploitation agricole normale.
La coopérative Terre-en-Vue à la rescousse
C'est donc sur un terrain, de 13 hectares et demi, situé à la sortie du village de Buissonville que les brebis et les chèvres de Norbert et Sophie pourront gambader dès le prochain printemps. Le terrain a été acheté par la coopérative Terre-en-Vue.
La coopérative peut financer ses acquisitions grâce à des collectes des fonds. Elle achète des terres qu'elle loue à de jeunes agriculteurs ou des maraîchers avec un bail à ferme. L'objectif est d'extraire un maximum de terres agricoles de toute spéculation via un système coopératif. David Dupuis de la coopérative commente l'explosion des prix des terrains agricoles:
Ici, en Famenne, il y a dix ans, à la naissance de la coopérative, on achetait l'hectare de terre de 6.000 à 8.000 euros. Maintenant, on est arrivé à 30.000 euros de l'hectare. C'est affolant. On a une déconnexion complète de la valeur des terrains agricoles avec la réalité des fermes.
Convaincre le propriétaire
Encore faut-il que le propriétaire du terrain accepte de ne pas vendre au prix le plus fort du marché. Ici, c'est la pertinence du projet agricole de deux jeunes motivés qui a réussi à convaincre Philippe de Barquin, l'agriculteur propriétaire/vendeur à Buissonville:
J'aurais peut-être pu le vendre plus cher à d'autres spéculateurs. Mais, j'étais quand même content de le vendre. Il faut quand même rester les pieds sur terre. J'aurais pu le vendre plus cher. Mais c'est bien comme cela. Je n'aurais plus pu passer devant la pâture. Avec mon épouse, on s'est dit que si on l'avait vendu comme c'était prévu avant, on ne passerait plus par ici. Maintenant, on repassera de bon cœur.
Les citoyens intéressés par ce type d'épargne citoyenne, solidaire et durable peuvent devenir coopérateurs. La somme à rassembler pour concrétiser un projet tel que l'installation de la "Ferme du Fond du Buisson" avoisine les 450.000 euros.