Parmi les sinistrés de la tornade beaurinoise, il y a les agriculteurs. Plusieurs ont perdu des hectares de cultures et ils espèrent une indemnisation pour réparer les dégâts, mais la procédure est complexe.
À Wancennes, la tornade n'a pas épargné les champs de blé de Philippe Rabeux. Il a perdu treize hectares en 20 secondes. En trente ans de métier, l'homme n'avait jamais vu ça:
On ne peut pas dire qu'on n'a pas de dommages, qu'on va se refaire rapidement, c'est faux. Le grain est au début du remplissage, c'est le pire moment pour qu'une chose comme cela arrive.
Son champ est dévasté alors que la récolte du blé était prévue pour le mois d'août. Philippe a bien des assurances, mais il ne pense pas en tirer grand-chose:
Je pense que les assurances prendront très peu en compte l'état de mes cultures. Cela ne rentre pas dans le cadre des assurances conventionnelles.
Au cœur de la tornade, près de la rue de Rochefort, Olivier Jaspart est dans la même situation que Philippe. Il a perdu trois hectares d'épeautre. Olivier a aussi énormément de débris dans son champ. Il faudra trouver des bras pour les enlever avec le risque que les débris oubliés cassent une moissonneuse. Un paramètre qu'aucune assurance ne prend en compte. C'est un coup dur pour Olivier:
C'est une belle perte parce qu'on va devoir racheter de la paille. L'épeautre, on le garde en partie pour nourrir nos bêtes et il va falloir en acheter. C'est donc une grosse perte.
Le plus difficile pour ces deux agriculteurs est que la récolte s'annonçait très bonne. Ce coup du sort arrive au pire moment:
Il pleut, il fait chaud, il faut lourd, tout pousse, les cultures étaient belles donc ça fait mal. On a fauché, on a eu de belles récoltes. Quand on voit les trois dernières années qu'on a eu, ça s'annonçait bien pour cette fois.
Une indemnisation longue
Pour se faire indemniser, Philippe a fait venir un drone. Cela lui permettra de verser les photos prises comme preuve dans son dossier pour les assurances, mais aussi pour le fond des calamités.
Le ministre-président de la Wallonie, Elio Di Rupo a en effet affirmé que la tornade sera reconnue comme une catastrophe naturelle. Cela permettra à la commune de Beauraing de demander l'intervention du fond des calamités. En plus, une avance sur trésorerie a été donnée à la Ville.
Mais pour l'instant, on ne sait pas si les agriculteurs pourront en bénéficier. Elle serait, en tous les cas, bienvenue puisque la procédure classique du fond d'intervention est longue. Philippe Rabeux y a déjà eu recours plusieurs fois:
Ce que beaucoup de personnes ne savent pas, c'est qu'il y a toute une série d'abattements. On reçoit au mieux 70% de la somme et le paiement n'arrive que deux ou trois ans après la catastrophe. Il n'est pas question de faire un quelconque bénéfice.
Si ce schéma classique s'applique, les fermiers devront avancer les sous pour faire les réparations nécessaires avant de voir l'argent arriver. Une réunion est prévue à Beauraing samedi avec les sinistrés pour expliquer les détails de cette avance sur trésorerie. De son côté, Olivier, malgré la situation reste étonnamment serein:
J'ai eu l'aide d'hommes de Fédasil pour déblayer un autre champ. Ça fait donc très plaisir. En plus, même si je suis désolé pour ma perte de trois hectares, je le suis beaucoup plus pour les gens qui vivent à 300 mètres de mon champ. Eux ont tout perdu alors il faut relativiser.