Le fameux traité Mercosur vise à importer des aliments d'Amérique du Sud: "L'Europe veut une agriculture plus verte, de l'autre elle est prête à importer du bœuf brésilien."
Guy Francq, vous êtes porte-parole du MIG, le syndicat des producteurs laitiers. Vous vous opposez à la ratification par l'Europe d'un accord de coopération avec l'Amérique latine, le Mercosur. Pourquoi?
On ne comprend pas l'incohérence de l'Europe. D'un côté, elle met en place le Green Deal, qui est une phase du mouvement circuit court "de la ferme à la fourchette", avec aussi une ambition d'ici 2030 d'avoir 50% de pesticides en moins, 50% d'antibiotiques en moins et une valorisation de 30% en plus de surfaces biologiques, de l'autre côté le Mercosur va permettre d'importer de la viande brésilienne, et donc notamment une déforestation accrue de l'Amazonie pour faire pousser du soja génétiquement modifié pour nourrir les bêtes. Alors qu'en Europe on est déjà très productifs au point qu'on veut exporter nous-mêmes.
Vous êtes donc soumis à deux messages contradictoires: "faites une agriculture raisonnée" et "importons des produits de l'agriculture intensive"?
Oui tout à fait. C'est même plus déroutant: au Brésil, le clonage d'animaux est accepté alors qu'en Europe c'est interdit. Ils vont encore intensifier cet élevage où la bête ne voit pas un brin d'herbe de sa vie. Au niveau de la santé, cela a une incidence: les omega 3 sont remplacés dans la viande par des omega 6, il y a aussi une carence de nutriments, et une carence en fer.
Avez-vous des attentes concrètes par rapport à la ratification de ce Mercosur?
Il y a des pays exportateurs comme la France qui se rendent compte que signer cet accord ne serait pas cohérent du tout. La nouvelle PAC, politique agricole commune, a 42% de son budget dédié à l'impcat sur le climat et l'environnement: ce serait un échec de ne pas respecter cette ambition. Plus on va avancer, plus le citoyen va comprendre qu'on se fait duper en signant des accords comme ceux-là.
On vous avait interrogé il y a un an à propos des 10 ans du fameux déversage de lait à Ciney: la situation a-t-elle évolué depuis lors?
On a bien progressé! Il y a 11 ans, on avait créé la marque de lait Fairbel, la marque des producteurs laitiers wallons qui paie correctement ses producteurs. Et en un an, on a signé des accords avec la filière des viandeux, les sucriers, les patatiers, et aujourd'hui on est fier de dire que Fairbel s'étend à la viande et aux fruits. Si on veut une durabilité de nos produits, désolé, mais le consommateur doit être encore plus chauvin et faire vivre l'agriculteur belge. Il faut arrêter l'hécatombe: en 40 ans, nous avons perdu 70% de nos exploitations agricoles. Les pouvoirs publics nous disent qu'ils veulent soutenir les petites exploitations mais dans les faits on favorise les fermes-usines. C'est au citoyen et au consommateur de fédérer ensemble avec les agriculteurs pour avoir une nourriture de qualité demain et comprendre qu'ensemble, on peut être très fort.
Avez-vous le sentiment que depuis le confinement, le consommateur est passé des paroles aux actes et soutient ses producteurs locaux en achetant local?
On l'a vu pendant les moments forts du Covid que les gens avaient un retour vers la ferme. Je crois qu'il y a eu un petit relâchement... Je pars du principe que finalement il y a un éventail de productions en Wallonie ouvert à tous les consommateurs: 20% des clients achètent tout ou partie en circuit court et le reste en grande surface. On doit s'occuper des 80% des consommateurs qui achètent dans la grande distribution, et au niveau de Fairbel, on vise ces gens. A partir du moment où il y a le respect entre producteur, consommateur et grande distribution, tout le monde y gagne. L'agriculteur ne demande pas plus que tout un chacun: vivre de son métier, c'est-à-dire payer ses coûts de production et dégager un revenu sur sa ferme. On veut juste pouvoir vivre de notre métier.