Elle vient de succéder à son mentor mais la bourgmestre Valérie Lecomte ne vit déjà plus dans son ombre: elle s’est affranchie et marque la législature de son empreinte.
Pas facile de succéder à un grand format. Elle aurait pu être la « protégée de » pendant longtemps. Willy Borsus l'a initiée puis lui a donné les clés d'une écrasante majorité absolue sur laquelle il avait régné pendant vingt ans de maïorat. Elle a repris le sabre. Lourd héritage. Comparaison inévitable. Et pourtant. « En un an, je n'ai contacté Willy pour aucun dossier de la commune. Willy c'est Willy et Valérie c'est Valérie », assène rapidement la bourgmestre Valérie Lecomte sur notre plateau. « D'ailleurs on me dit souvent que j'ai un parler un peu plus franc, je suis plus directe. » Voilà. Liquidé, l'héritage du beau parleur. « Je vous promets qu'on ne parle plus de Willy Borsus », indique la rédaction. « C'est très bien, c'est très bien » répond la bourgmestre. Comment tuer le père, par Valérie Lecomte.
Gare à l'intrépide
Avec ses 15 conseillers sur 17, sa majorité la suit comme un seul homme. Un peu trop, au goût de l'opposition. François Perniaux:
« On aimerait bien que nos amis conseillers interviennent plus. Ce qui est étonnant, c'est que, même quand on amène de nouveaux éléments dans un dossier, on n'a rien, c'est le silence. »
Question, Madame la Bourgmestre : vos conseillers auraient-ils le droit d'intervenir spontanément ? « Je préfère qu'un conseiller me prévienne de son intervention, mais ce ne serait pas un coup d'Etat », rassure Valérie Lecomte. Qui ajoute aussitôt, avec les yeux du chat pour l'oiseau : « On en discuterait après… » Gare à l'intrépide.
Face à cette machine de guerre, Ecolo aimerait un plus grand dialogue. Mais concède que l'opposition est respectée. L'équilibre de forces est néanmoins inégal, c'est le moins qu'on puisse dire, et ce n'est pas que numérique : la cheffe de file Sabine Henin admet « avoir du mal à être parfois un peu plus piquante. »
Tentation autocratique
Néanmoins Ecolo ne s'en laisse pas conter. Et met au jour une tendance, ou disons plutôt une tentation autocratique, chez la bourgmestre. Exemple avec la maison de village de Bonsin programmée dans le cadre du PCDR. « C'est l'endroit le plus pertinent, qui permet une liaison entre Bonsin et Chardonneux », estime Valérie Lecomte. François Perniaux:
« Sur cet argument, on choisit un endroit, mais si on s'était réuni avec les citoyens, il y aurait peut-être eu d'autres critères pour choisir l'implantation. »
Valérie Lecomte réfute, à coups de « je »:
« Je ne souhaitais pas que ce soit la maison de village de Bonsin ou celle de Chardonneux. Ici, je pense que c'est vraiment l'endoit idéal avec de l'espace autour. Pour moi, c'est l'espace idéal. »

Les deux élus Ecolo constituent toute l'opposition
François Perniaux conclut:
« C'est l'espace idéal pour Madame Lecomte. »
Sabine Henin enfonce le clou:
« C'est peut-être un endroit idéal, mais est-on sûr que cela correspond bien aux attentes des habitants ? »
C'est ici que Valérie Lecomte fait preuve d'une habileté que n'aurait pas renié son mentor :
« A un moment donné, il faut décider. Et d'ailleurs j'en profite que je suis ici sur le plateau pour donner une bonne nouvelle, puisque dans le cadre du 4ème PCDR, on nous a annoncé il y a trois jours, et nous l'avons ici en primeur, la signature de la convention faisabilité et donc la possibilité pour la commune de désigner l'architecte. »
Art de l'esquive, technique de la diversion : quel que soit le nom, c'est efficace. Alors pourquoi s'en priver ? Valérie Lecomte joue donc le doublé : mise en difficulté sur le projet d'atelier rural (« vous ne savez pas quelle destination lui donner ? »), elle botte à nouveau en touche :
« Non, on n'a pas d'idée précise, donc je profite de votre plateau pour lancer un appel aux indépendants. »
Là encore, la diversion est efficace : même Ecolo applaudit. « J'aime bien l'idée de Valérie », confirme François Perniaux.
La voie du piquant
La technique a toutefois ses limites : il n'existe pas de bonne nouvelle ou de lapin du chapeau dans tous les dossiers. Alors sur l'absence de concertation urbanistique, Valérie Lecomte doit concéder un point à l'adversaire. L'échange est serré. Et Sabine Henin trouve la voie du piquant.
Tout commence quand la rédaction demande à la bourgmestre pourquoi elle ne veut pas de CCATM (commission consultative d'aménagement du territoire et de la mobilité) :
« Somme-Leuze est classée deuxième par Le Vif/L'Express en terme de délai de délivrance des permis. Les CCATM font perdre du temps au citoyen. Les membres de la CCATM sont choisis au sein de la population : ont-ils les compétences ? Je ne sais pas. »
Ecolo objecte que Somme-Leuze est une des seules communes à ne pas avoir de CCATM. Sabine Henin :
« C'est du cas par cas. Ici parfois c'est oui, parfois c'est non. »
Valérie Lecomte contre-attaque :
« Vous trouvez qu'il y a des incohérences dans la délivrance des permis d'urbanisme ? »
Hé bien oui, Sabine Henin, elle « trouve » :
« Sur la route qui relie Haversin, il y a un habitat neuf qui n'est pas intégré au reste du village. Cela n'intéresse pas la majorité de débattre sur le fait que tel terrain peut devenir constructible ou pas ? Il n'y a pas de débat. »
Valérie Lecomte, lèvres pincées, fusille son interlocutrice du regard. Le piquant... elle n'aime pas!