La réforme des APE prévoit 52,5 millions d’euros d’économies dès 2026. Communes, provinces et intercommunales verront leurs aides baisser, suscitant l’inquiétude des pouvoirs locaux.
Le gouvernement wallon veut réaliser 52,5 millions d'euros d'économies sur le dispositif des Aides à la Promotion de l'Emploi (APE) dès 2026. Une réforme budgétaire ambitieuse, mais qui inquiète fortement les pouvoirs locaux, déjà fragilisés.
Créées pour soutenir l'insertion professionnelle et renforcer les services publics, les Aides à la Promotion de l'Emploi permettent depuis plus de vingt ans à des employeurs, essentiellement des acteurs du secteur non marchand, des communes, mais aussi des zones de secours ou de police, d'engager du personnel grâce à une subvention régionale.
Aujourd'hui, ce dispositif finance, totalement ou partiellement, près de 65.000 emplois en Wallonie, au bénéfice d'environ 4.000 employeurs.
52,5 millions d'euros d'économies en ligne de mire
Dans le cadre du budget 2026, le gouvernement wallon a annoncé une série d'ajustements visant à réduire la dépense publique. Deux leviers principaux sont activés :
“Un système dévoyé”, selon le MR
Le ministre wallon de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR), défend une réforme “nécessaire”. Selon lui, les APE sont devenues au fil des années un financement structurel, alors qu'elles devaient servir à encourager la création d'emplois et non à maintenir des postes. Il ajoute qu'il est impératif de remettre de l'ordre dans un dispositif jugé déséquilibré. Il s'explique au micro de nos confrères de la RTBF.
Pourquoi certaines zones ont bénéficié dans le temps de ce dispositif APE et pas d'autres ? Nous voulons corriger une injustice.
Des conséquences lourdes pour les pouvoirs locaux
Sur le terrain, les effets de la réforme s'annoncent contrastés selon les secteurs.
Pour les provinces, c'est la douche froide : les aides APE seront supprimées intégralement. La Province de Namur, par exemple, perdra une enveloppe annuelle estimée à 930.000 euros.
Les zones de police et de secours subiront le même sort.
Les intercommunales, elles, verront leur financement APE réduit de 12,5 %. Dans la région namuroise, le BEP Environnement sera directement touché, une baisse qui pourrait, à terme, se répercuter sur la taxe déchets payée par les citoyens.
Quant aux communes, elles devront composer avec une réduction de 4,4 % de leur enveloppe et un gel de l'indexation. À l'échelle wallonne, cela représente 17,5 millions d'euros en moins pour leurs budgets.
“Une réforme supplémentaire qui pèse sur les finances communales”
Dans certaines entités locales, la pilule passe mal. À Hastière, le bourgmestre Simon Bultot (PS) déplore une réforme qui, selon lui, pèse une fois encore sur les pouvoirs locaux et in fine sur le citoyen :
Nous allons réduire notre fonctionnement, augmenter certaines taxes, comme celles sur les gîtes et secondes résidences. Nous allons essayer d'impacter un minimum les Hastiéroises et les Hastiérois, mais nous n'avons pas le choix. Les niveaux de pouvoirs supérieurs ne nous laissent pas le choix.
Pour Hastière, la perte est estimée à environ 30.000 euros en 2026.
À Dinant, où les finances communales sont déjà sous tutelle du CRAC, la situation est tout aussi tendue. Le bourgmestre Richard Fournaux (MR) reconnaît que la mesure n'est pas simple à absorber, mais se veut plus pragmatique :
Tout le monde doit faire des efforts, mais il faut que les communes évitent de répercuter cela sur les citoyens. Nous allons essayer de compenser en nous réorganisant, notamment en ne remplaçant pas certains départs à la retraite et en rapprochant par exemple les services communaux et le CPAS, par exemple.
Des secteurs épargnés
Tous ne seront pas logés à la même enseigne. Certains secteurs seront préservés :
- la petite enfance et les crèches,
- les services aux personnes handicapées,
- les CPAS et les structures d'aides sociales
Le secteur non marchand dans son ensemble restera protégé, sauf pour les organismes soumis à l'impôt des sociétés.
Le texte définitif de la réforme devrait être voté au Parlement wallon en décembre 2025, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2027.