Santé

Drogue: "Les dealers cherchent à fidéliser les jeunes aux abords des écoles"

publié le:09/06/2017 10:22:00 - mis à jour: 09/06/2017 12:07:01

Les jeunes consomment de la drogue de plus en plus tôt. C'est le constat de Thibaud Petit, psychologue au service jeunesse de Phénix, un centre de jour namurois pour toxicomane.

De nos jours, un jeune sur quatre consomment du cannabis. Ils sont de plus en plus nombreux à être des consommateurs réguliers. Mais surtout, constat effrayant, les adolescents y ont accès de plus en plus tôt. Mardi, des élèves d'une école de Rochefort âgés de 12 à 14 ans ont été ciblés par un contrôle de drogue mené à l'initiative de la direction de l'établissement. Un cas de figure plutôt exceptionnel. On en débat avec Thibaud Petit, psychologue au service jeunesse de l'ASBL namuroise Phénix qui prend en charge des personnes souffrant d'une accoutumance à la drogue.

  • 12 ans, 14 ans, c'est très jeune pour fumer du cannabis. Est-ce que ça vous interpelle?

Oui et non. Oui, dans le sens où ça reste très jeune et que c'est bien connu que plus on commence à consommer du cannabis tôt, plus il y a des risques de dépendance. Et non, dans le sens où je constate tous les jours, de part mon métier, qu'il y a beaucoup de jeunes de cet âge qui sont des consommateurs réguliers de cannabis.

  • Cela sous-entend qu'il est très facile de s'en procurer?

Malheureusement, oui. On y a accès de plus en plus facilement dans les villes mais aussi aux abords des écoles. C'est un lieu stratégique pour les dealers qui savent qu'il y a là possibilité de fidéliser des clients. Aucune école ne peut vraiment dire qu'elle est épargnée par le problème parce que ce sont des choses qui échappent à leur contrôle.

  • Que pensez-vous du contrôle de drogue qui a ciblé une dizaine de jeunes dans une école rochefortoise?

Je pense que ce genre de contrôle doit rester une exception. Je ne suis pas forcément favorable aux interventions policières avec des chiens renifleurs dans les classes parce que cela peut être marquant pour les ados. D'un autre côté, il faut aussi marquer le fait que le cannabis reste quelque chose d'illégal. Si la direction de l'école a décidé de réagir de cette manière, c'est qu'il y avait des inquiétudes et qu'ils ont eu besoin de la police pour remettre un cadre. Maintenant la question est de savoir ce qui va être fait à posteriori de ce contrôle et comment les élèves concernés vont être encadrés sur cette problématique.

  • Que dit la loi en Belgique?

Il y a une idée préconçue qui dit que l'on peut posséder une petite quantité de cannabis sur soi pour sa consommation personnelle. Il n'est en réalité pas permis de détenir du cannabis et de fumer ce genre de produit en Belgique. Après, la procédure judiciaire s'enclenche rarement après la première arrestation.

  • Vous êtes plutôt pour la légalisation, la dépénalisation, la répression ou la prévention?

D'abord, il ne faut pas confondre dépénalisation et légalisation. Dépénaliser, cela veut dire qu'il n'y aurait plus de poursuites judiciaires. Légaliser, c'est donner l'impression aux jeunes que c'est autorisé. Et ce n'est sans doute pas le meilleur message à faire passer aux jeunes. Il faut intensifier la prévention et construire en Belgique et en Wallonie des plans de prévention efficaces. Les préventions "one shot" ne fonctionnent pas, il faut des programmes sur le long terme et qui commencent à un très jeune âge. Dans les pays nordiques par exemple, la prévention commence déjà en primaire voire parfois en fin de maternelle.

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