Psychologie

Eco-anxiété : "Les récents phénomènes météorologiques peuvent faire naître un sentiment d'impuissance et de dépression"

09/11/2024 18:00:00

Cette semaine, nous recevons la psychologue Murielle Joye pour parler d'éco anxiété suite au réchauffement climatique, aux catastrophes naturelles...

Les inondations en Espagne, la réélection du climatosceptique Donald Trump à la tête des États-Unis. Ces événements ont peut être réveillé en stress les personnes qui souffrent d'éco-anxiété. Nous avons reçu, Murielle Joye, psychologue spécialisée dans l'éco-anxiété, la peur chronique de la catastrophe environnementale.

En quoi cela consiste l'éco-anxiété ?

Il n'y a pas de consensus scientifique, mais on pourrait dire que c'est cette peur chronique d'une catastrophe environnementale essentiellement générée par justement les catastrophes naturelles, par les perturbations, les modifications climatiques, l'effondrement de la biodiversité, la raréfaction des ressources en eau, les feux de forêt, etc.

Comment ça se déclenche ? 

C'est une réaction tout à fait normale en réalité, à un stress réel, permanent et croissant.

Comment réagissent en fait les personnes qui en souffrent ? Quelles sont les conséquences au niveau de la santé ?

Alors on distingue deux axes. Il y a tout ce qui est cognitivo émotionnel. Donc les personnes vont présenter des ruminations, des cauchemars, des insomnies, des accès de colère, une difficulté de réguler les émotions, même la tristesse, la culpabilité. Et de l'autre côté, c'est plutôt des difficultés fonctionnelles. C'est-à-dire les personnes ne sont plus capables ou moins capables d'interagir socialement. Donc pour les jeunes, d'être avec leurs pairs, pour des personnes qui travaillent, de s'engager dans le travail ou même de s'engager dans les relations familiales.

Pourquoi est ce qu'on n'en parlait pas avant alors que finalement ça existait déjà ?

C'est un concept qui a été théorisé déjà en 1997 par une chercheuse belgo canadienne. C'est de plus en plus médiatisé puisque la catastrophe est de plus en plus imminente et on en parle de plus en plus. Et puis des catastrophes comme celle que l'on vient de vivre, les inondations en Espagne ravivent tout cela. Et donc on remarque qu'il y a des pics lorsqu'il y a des catastrophes ou lorsqu'il y a des rapports scientifiques qui sont évidemment tout à fait importants. Cela peut amener énormément de souffrance, mais c'est également quelque chose qui permet le passage à l'action.

Qui en souffre concrètement ? 

Tout le monde peut en souffrir, mais c'est vrai que dans mes consultations, je reçois beaucoup de jeunes, de jeunes adultes qui ont fait la marche pour le climat il y a quelques années. Il y a beaucoup de personnes qui sont plutôt activistes dans la conservation de la nature. Même les agriculteurs qui peuvent être également vivre une espèce de burn out.

On constate parfois même des tentatives de suicide. On constate parfois l'adoption de comportements complètement à l'encontre de celui qu'on voudrait, puisque il n'y a rien à faire. Et donc ça peut amener des troubles anxieux de la dépression.

Quel conseil vous donneriez à des jeunes qui en souffrent ?

De se mettre en lien avec la nature, se mettre en lien avec le beau, avec l'émerveillement, ce pouvoir, se mettre en lien également avec d'autres personnes qui peuvent partager certaines valeurs. Et puis ensuite passer à l'action et passer à l'action de manière réaliste, à son échelle sans vouloir changer spécialement le monde.

François Ladouce, Journaliste
francois.ladouce@matele.be

 
 
 

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