Environnement

Terres excavées en Wallonie : un système encadré de A à Z

publié le:08/05/2026 13:15:00 - mis à jour: 12/05/2026 09:51:34

Depuis 2020, le transport et la gestion des terres excavées sont strictement réglementés en Wallonie. Traçabilité, contrôles et valorisation encadrent désormais chaque chantier.

Des millions de tonnes de terres sont déplacées chaque année en Wallonie. Depuis mai 2020, on ne peut plus les transporter n'importe comment, ni les déposer n'importe où. Derrière chaque chantier, il y a désormais des règles strictes : de la traçabilité, des contrôles, et des sites spécialisés pour les traiter et les valoriser. Pour comprendre comment tout ce système fonctionne, qui contrôle quoi, et pourquoi ces règles sont devenues incontournables, nous avons interrogé deux acteurs clés du dispositif en Wallonie : Isabelle Laurent, directrice chez Walterre et Thibault Mariage, directeur de la société Tradecowal.


Pourquoi est-il devenu nécessaire de réglementer ces déplacements de terres ?

Isabelle Laurent : C'était une décision du gouvernement wallon pour offrir un cadre de vie sain à la population. L'arrêté du 5 juillet 2018 a instauré une traçabilité et un contrôle beaucoup plus rigoureux qu'auparavant.

Avant, on recevait des terres sans réelle garantie de provenance ?

Thibault Mariage : Pas tout à fait, les professionnels sérieux faisaient de l'autocontrôle, mais depuis le 1er mai 2020, le cadre est beaucoup plus solide. On sent aujourd'hui, en 2026, une réelle adhésion de tout le secteur.

Comment gère-t-on la différence entre un petit chantier et un gros projet ?

Isabelle Laurent : La législation prévoit des seuils. Jusqu'à 20 m³, il n'y a aucune traçabilité requise. Entre 20 m³ et 400 m³, un document de transport est obligatoire via la plateforme Walterre pour tracer le trajet de l'adresse A à l'adresse B. Une analyse n'est demandée qu'en cas de suspicion de pollution. Au-dessus de 400 m³, les terres doivent être systématiquement caractérisées, analysées et certifiées.

On parle de terres saines et de terres polluées. Comment les gérez-vous chez Tradecowal ?

Thibault Mariage : Nous ne gérons que les terres inertes valorisables (types 1 à 5) issues de la construction. Au-delà du type 5, il s'agit de terres polluées qui vont vers des centres de traitement spécialisés. Le site récepteur doit être compatible : par exemple, une zone agricole pourra recevoir des terres de type 2 ou 1.

Une fois déposées, ces terres ont-elles une deuxième vie ?

Thibault Mariage : Sur un site récepteur, on modifie le relief du sol de manière définitive. Cependant, nous développons la circularité via des centres de regroupement qui permettent de réutiliser les terres ailleurs. Notre mission est aussi de trouver des "exutoires" à moins de 30 km de chaque chantier. Nous avons en permanence entre 5 et 10 sites ouverts en Wallonie. Nous intégrons souvent les coûts de réflexion des infrastructures routières dans nos plans financiers.

Quelle est la première étape pour un particulier qui veut creuser ?

Isabelle Laurent : En parler à son architecte dès la conception pour essayer, si possible, de ne pas déplacer de terres. C'est le maître d'ouvrage (le propriétaire) qui est responsable légalement de la gestion de ses terres. S'il n'anticipe pas, il s'expose à des surcoûts importants au moment du chantier, car l'évacuation vers un site récepteur coûte de l'argent et doit être budgétisée. Pour les analyses, il faut faire appel à un bureau d'étude "expert sol" agréé.

Vérifiez-vous les terres à leur arrivée sur vos sites ?

Thibault Mariage : En plus de la traçabilité documentaire, nous faisons des contrôles visuels et olfactifs. On enregistre le contenu des camions par caméra. Si un lot est suspect, on fait réaliser des autocontrôles par un préleveur enregistré. Si la terre ne correspond pas, elle est refusée et l'entrepreneur doit la reprendre. Cette réglementation nous apporte une sécurité juridique et nous permet de travailler plus sereinement.

On parle souvent de lourdeur administrative, c'est vrai ?

Isabelle Laurent : Il y a beaucoup d'informations à fournir, c'est vrai, mais c'est compensé par la sécurité. Le site récepteur devient responsable de la terre qu'il accepte, il doit donc pouvoir prouver qu'il a respecté les procédures en cas de problème avec les assurances.

Si vous pouviez changer une chose dans le système actuel, ce serait quoi ?

Thibault Mariage : Je souhaiterais plus de fluidité et de digitalisation dans le traitement des demandes de permis auprès de l'administration.

Isabelle Laurent : Je plaide pour une simplification administrative en questionnant la pertinence de chaque information demandée par l'administration lors de l'instruction des dossiers.

Fiorine Guéry, Journaliste
fiorine.guery@matele.be

 
 

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