1972, l'avocate Gisèle Halimi gagne le fameux procès de Bobigny qui va déboucher, 3 ans plus tard, sur la "loi Veil" de dépénalisation de l'avortement. En sortie nationale au Ciné Gedinne le dimanche 8 novembre
La sélection de la semaine et les avis de Julien Collard du Ciné Gedinne :
- "L'affaire Marie-Claire" Lauriane Escaffre et Yvo Muller, avec Charlotte Gainsbourg et Cécile de France : en sortie nationale au Ciné Gedinne le dimanche 8 novembre à 17h45.
En 1971, Marie-Claire Chevalier, seize ans, est violée par un camarade de classe, tombe enceinte et avorte clandestinement. C'est elle, avec sa mère et les femmes qui l'ont aidée, qui se retrouve sur le banc des accusés au tribunal de Bobigny.
Leur avocate, Gisèle Halimi, choisit alors de ne pas défendre des "coupables", mais de faire le procès de la loi elle-même, au risque de tout perdre…
En France, après le drame américain, nous avons aussi tremblés de voir le droit de recourir à l'IVG remis en cause. Le procès de Bobigny s'est vu à nouveau placé devant les projecteurs, à l'image de la pièce "Le Procès d'une vie", auréolée de trois Molières cette année.
La portée politique n'a rien perdu de son actualité cinquante ans plus tard. Le film sera avant tout l'histoire des femmes derrière, celles qui ont pris le risque de tout perdre pour ce qu'elles estimaient être la chose juste à faire, peu importent les potentielles conséquences.
Avec justesse et précision, le film démonte cette mécanique sociale, évitant l'écueil du pathos appuyé, jusqu'à même trouver, par instants, une légèreté bienvenue dans les scènes plus intimes consacrées à la vie de Gisèle Halimi et à ses rapports tendus avec sa propre mère.
Si le film réussit l'exercice périlleux de l'adaptation historique, c'est en grande partie grâce au talent de ses deux comédiennes, Charlotte Gainsbourg et Cécile de France, très crédibles dans leurs rôles.
- "Wild horse nine" de Martin McDonagh, avec John Malkovitch, Sam Rockwell et Steve Buscemi : en VOST au Ciné Gedinne les mardi 10 et jeudi 12 novembre à 20h15.
Des hommes désabusés, des dialogues acérés et des amitiés qui se nouent autant dans l'insulte que dans la complicité. Situé en 1973, sur fond de coup d'État imminent au Chili, le film suit deux agents de la CIA en déplacement sur l'île de Pâques.
Derrière la virée désenchantée se dessine une satire de l'impérialisme américain, de ses opérations clandestines et de son cynisme politique.
Martin McDonagh sait faire claquer les mots dans ses films. Pour le réalisateur de "3 Billboards" et "the banshees of inisherin", une punchline peut blesser bien plus qu'un coup de feu.
Savamment écrit, avec un art de dévoiler petit à petit les enjeux tout en réservant des surprises, le film nous trimballe dans les pas de ces deux héros mal assortis avec un brio déconcertant.
Tour à tour trivial et léger, soudain grave et inquiet, le film navigue en équilibriste de séquences de discussions improbables en montée de tension saisissante.
- "Christy and his brother" de Brendan Canty avec Danny Power : au Centre Culturel de Ciney le mercredi 11 novembre à 20h.
Un quartier populaire de Cork, en Irlande. Depuis que sa mère est morte d'un cancer, Christy a été baladé de famille d'accueil en famille d'accueil. A 17 ans, il aboutit chez son demi-frère, jeune père de famille, qui ne voit pas très bien comment le garder chez lui.
A la veille de sa majorité, Christy devient apprenti coiffeur chez une amie de sa mère, mais il se pose des questions : va-t-il se contenter de gagner des clopinettes ou intégrer la bande de caïds du quartier, qui se font du fric facilement avec un trafic de drogue?
"Christy", c'est le portrait sans fard d'un grand adolescent à la croisée des chemins. Et c'est bouleversant.
Parce que le cinéaste Brendan Canty et le scénariste Alan O'Gorman font du cinéma réaliste et social sans verser dans le misérabilisme, et sans jamais oublier cet humour anglo-saxon inimitable, qui surgit même dans des situations difficiles.
Tous les acteurs, à commencer Danny Power (Christy) existent immédiatement à l'écran, comme bruts de décoffrage. Difficile de quitter ces personnages quand le générique de fin arrive, avec un rap irrésistible interprété par toute la bande… En un mot comme en cent : c'est formidable.