Martin de Brabant, conseiller communal à Rochefort (MR), retient que les campagnes ont relativement mieux traversé la crise que les grandes villes. L'occasion de plaider pour une revalorisation du monde rural.
Licencié en droit, Martin de Brabant a travaillé trois ans dans le cabinet ministériel de François Bellot. Il exerce aujourd'hui comme conseiller juridique à la Société Fédérale de Participations et d'Investissements. En 2018, il a également été élu conseiller communal (MR) de la ville de Rochefort. Il partage donc sa vie entre Bruxelles et son domicile rochefortois et se dit "très attaché à la vie en zone rurale malgré les inconvénients que cela peut parfois avoir".
Carte blanche à Martin de Brabant: Quel monde voulons-nous pour demain?
Tout travailleur dans les grands centres urbains, originaire de nos contrées, a connu le stress dû au temps perdu dans les longs déplacements domicile-travail, l'enfer des bouchons, la non-coordination des moyens de transport public, la communication téléphonique coupée au milieu d'une conversation…
Face à tous ces désagréments, nous connaissons tous quelqu'un qui a quitté notre région et s'est expatrié dans un grand centre urbain : le travailleur pour des raisons professionnelles car seules les grandes villes offraient l'industrie ou la carrière dont il rêvait, l'élève, qui quitte sa petite école pour aller dans le centre urbain voisin qui offre telle ou telle option et bénéficie d'une meilleure infrastructure, l'étudiant qui part étudier à Namur, Liège ou Bruxelles et ne revient pas…
Or, lors de la crise actuelle, on a plus souvent entendu parler de l'envie d'une escapade à la campagne que d'une journée sur un trottoir bondé de la rue Neuve à Bruxelles.
Et si la crise actuelle donnait l'occasion de revaloriser la vie en zone rurale?
Si la période que nous traversons a souvent été dure pour beaucoup, que ça soit pour des questions de santé, de solitude ou économiques, elle nous offre aussi l'occasion de nous poser et de revenir à certains fondamentaux de la nature humaine.
Sans vouloir être trop dans le cliché de la campagne ou paraitre fleur bleue, la crise nous a tout d'abord permis de réaliser l'importance du contact humain. Le fait de connaitre son voisin, de prendre de ses nouvelles, de le saluer, de connaitre son nom, de s'entraider pour faire des courses, lui coudre un masque, lui emprunter tel ou tel outil… ont été des liens sociaux importants pour traverser cette crise.
Au niveau sanitaire également, que l'on vive en appartement, en centre-ville rural ou plus isolé, la crise a prouvé que les campagnes étaient des zones plus "sûres". La possibilité de rejoindre rapidement et plus librement de grands espaces, de respirer de l'air moins pollué, de maintenir une activité physique et donc un système immunitaire plus librement a été un atout certain de nos communes.
Pour les personnes qui ont eu la chance de continuer à travailler, le télétravail, la fin de la «réunionite»; des réunions sans fin sans réels intérêts, des déplacements journaliers… nous ont aussi permis de profiter autrement du chez soi sans pour autant réduire notre productivité.
En une ligne: Plus de temps, plus d'air, moins de bruit, moins de déplacement et des retrouvailles avec l'essentiel près de chez nous.
Une amélioration des services est indispensable
Mais une réelle valorisation de la vie rurale doit s'accompagner d'un retour ou d'une amélioration des services dans nos communes.
En effet, une valorisation de la vie rurale ne pourra se faire sans le soutien d'une économie locale, de commerces locaux, d'un secteur horeca attractif permettant un plus grand nombre d'emplois de proximité et de qualité.
Cette vie rurale doit aussi induire un maintien des services envers la population dite «non-active», la fin de quota stricte causant a fermeture d'écoles de village les unes après les autres, la présence de crèches ou de maisons de repos, …
Notre campagne doit également être plus connectée, plus innovante. Si la crise a pu valoriser le télétravail, il est encore impossible aujourd'hui, dans certains villages, d'être certain que son sms soit envoyé ou de recevoir un coup de téléphone dont la connexion est acceptable. Or inscrire nos communes dans le XXIe siècle est indispensable au développement du télétravail à plus large échelle et à plus forte fréquence.
Enfin, parce que la mobilité est un facteur essentiel à l'homme et pour le travailleur ‘urbain', une meilleure mobilité doit être assurée: un réseau de bus cohérent à l'offre ferroviaire, des pistes cyclables sécurisée le long des voies stratégiques…
Bref, malgré les catastrophes engendrées par cette crise, soyons positifs et revalorisons notre région, son cadre de vie, ses commerces, son économie et continuons à travailler pour y améliorer les services qui parfois nous font défaut.
>>> Pour lire toutes les cartes blanches sur le thème "Quel monde voulons-nous pour demain?": https://www.matele.be/cartes-blanches