Il a 36 ans et il est ministre depuis quelques mois : le Rochefortois Pierre-Yves Dermagne a succédé à Paul Furlan dans la tempête Publifin. Face à la presse, il avance ses priorités et ses ambitions mayorales.
Comment voit-il son avenir politique à Rochefort? Quelles sont ses marges de manoeuvre pour sortir la Wallonie du bourbier Publifin ? Le socialiste Pierre-Yves Dermagne était l'invité de l'émission "Cactus", le club de la presse de CanalC, en partenariat cette fois avec Matélé.
Même costume bien ajusté, même visage de gendre idéal, même tranche d'âge : Pierre-Yves Dermagne pourrait rivaliser avec le presque-futur président français Emmanuel Macron. Mais la comparaison s'arrête là. La « belle histoire » du jeune fondateur d'En Marche n'a rien à voir avec le parcours très politique du Rochefortois, un parcours qui l'a mené directement des cabinets ministériels à un premier mandat d'échevin puis de député wallon, avant la consécration : ministre wallon des pouvoirs locaux. Un poste très exposé.
Des propositions concrètes dès cette semaine
Il sait qu'il est attendu au tournant. Ses propositions de réforme de la gouvernance des intercommunales seront d'ailleurs déposées cette semaine au gouvernement wallon, sans même attendre le premier rapport de la commission d'enquête Publifin. « Les auditions de Publifin ont déjà permis de mettre le doigt sur une série de problématiques. Certaines avaient déjà été envisagées par le gouvernement wallon et sont donc dans la feuille de route qui m'a été donnée », répond-t-il. « La volonté est d'avoir un travail qui soit le plus cohérent possible » entre les propositions du gouvernement et celles de la commission d'enquête.
Transparence
« La question la plus importante, c'est celle de la transparence : éviter qu'à l'avenir certains mandataires publics cumulent toute une série de mandats et de rémunérations de manière cachée, invisible », explique Pierre-Yves Dermagne. Dans l'opinion publique, il le sait, cette préoccupation est particulièrement vive et les demi-mesures risquent fort de ne pas passer la rampe. Et pour le PS, la sanction pourrait être radicale avec un PTB au plus haut dans les sondages. La peur s'empare d'ailleurs de tous les étages de la maison socialiste. Et ce ne sont pas les résultats catastrophiques du PS français au premier tour de la présidentielle qui vont permettre de remonter le moral des troupes. « Ce n'est pas tant la montée du PTB qui me fait peur, c'est plutôt le contexte général où finalement on jette l'opprobre sur toute une série de gens honnêtes », s'énerve Pierre-Yves Dermagne, qui veut aussi insister sur les réalisations concrètes, au bénéfice des citoyens, comme dans le domaine du logement dont il est également responsable.
Combat de ministres à Rochefort
De transparence, le frais émoulu ministre en fait preuve en tout cas en ce qui concerne son avenir rochefortois : il sera candidat bourgmestre, à la tête de la liste socialiste. Mais il ajoute immédiatement : « Clairement je terminerai mon mandat de ministre jusqu'en juin 2019 ».
Tout cela est-il bien conforme à la « révolution éthique » dont il se veut porteur ? Pierre-Yves Dermagne botte en touche : « J'ai une mission qui m'est confiée aujourd'hui et qui est importante, j'ai envie de la mener à bien. Mais je ne cumulerai pas ».
Certes, mais alors pendant six mois au moins -et ce devrait être vraisemblablement le cas aussi pour François Bellot- le bourgmestre élu ne sera pas en fonction… Vous avez dit « renouveau » ?
Sur le plan des alliances, Pierre-Yves Dermagne ne s'avance pas. Il faut dire que l'actuelle majorité absolue du MR ne lui permet pas d'être très revendicatif. « On doit d'abord porter un projet de ville, c'est comme ça que j'ai exercé mon mandat de premier échevin, avec des dossiers concrets et précis comme celui du square de l'Amicale ».
Et pour le reste, tenté par un nouveau poste ministériel après les élections de 2019? « Je ne fais pas de politique-fiction, je ne dis pas si, si, si… Je prends les décisions au moment où elles doivent se prendre » répond-t-il sans s'avancer. Il n'en demeure pas moins que son nouveau statut de ministre fait de lui le nouvel homme fort du PS en province de Namur. Le genre de statut qui ne permet pas de se soustraire à ses obligations, comme on dit dans ces cas-là...
Vresse-sur-Semois : un échec ?
Parmi les dossiers concrets dont il a déjà eu à s'occuper, il y a le sac de nœuds vressois. Un conseil et un collège communaux qui ne sont plus en nombre pour siéger en toute légalité, des élections partielles qui créent la bisbrouille au sein de la liste unique, et une tentative de conciliation qui se heurte à la mauvaise volonté locale. Le genre de dossier pourri qui vous colle au doigt comme le sparadrap du capitaine Haddock. « On est quand même face à une situation inédite en Wallonie », soupire-t-il. Il va falloir passer par une modification décrétale pour empêcher que de telles situations se reproduisent.
En attendant, la légalité des décisions prises par les instances communales vressoises n'est pas assurée. « Si quelqu'un devait introduire un recours contre certaines décisions, le ministre que je suis devrait accueillir ces recours ». Il table dès lors sur la mission de bons offices confiée au gouverneur Denis Mathen. Avant des mesures plus radicales ? On verra, dans les prochains jours. En attendant, les élections partielles sont "suspendues".
Cactus, le club de la presse de Canal C, en collaboration avec Matélé, est à voir ce lundi à 20h30 et 21h30 sur Matélé