Bruno Marée, auteur rochefortois, publie un inventaire des croix d’occis dans le sud du pays. Un ouvrage pour découvrir ce petit patrimoine oublié mais aussi pour le protéger.
Dégager une croix oubliée de tous et tenter de déchiffrer des lettres gravées il y a parfois plusieurs siècles, ces gestes, Bruno Marée les a faits plus d'une centaine de fois.
L'auteur rochefortois, a répertorié 150 croix d'occis réparties dans les provinces de Namur et de Luxembourg. De ce travail minutieux, il tire aujourd'hui un ouvrage, véritable inventaire de ces éléments si particuliers de notre petit patrimoine.
La croix d'occis est installée à l'endroit même où s'est déroulé un événement tragique, puisque généralement elle commémore le décès de quelqu'un par accident ou même par meurtre dans certains cas. C'est une volonté de laisser une trace, non seulement une trace de la personne elle-même, mais de l'événement qui a conduit à son décès.
Connaître pour mieux protéger
Placées en bord de chaussée, de rivière mais aussi en plein milieu des bois, les croix d'occis sont parfois victimes d'accidents. Débardage, fauchage, sortie de route mais aussi vandalisme, des croix disparaissent. Certaines présentes dans l'inventaire de Bruno Marée n'existent d'ailleurs plus. C'est une des motivations de l'auteur : faire connaître pour mieux protéger.
Mon but, c'est attirer l'attention sur leur intérêt, sur leur richesse, sur leur valeur historique, et peut-être inciter les autorités, à y être très attentives quand il y a des risques que les croix soient menacées. A certains endroits on les protège d'ailleurs. Ici, à Rochefort, la croix Prosper Marée a été réintégrée dans le Pont de pierre, c'est une belle manière de la préserver.

La croix des Frères Roland à Jamblinne (1783)
Les croix d'occis racontent toujours une histoire. Parfois, elle est explicitement écrite sur la pierre. En bord de RAVeL, à hauteur de Jamblinne, une croix mentionne la mort de deux frères qui se sont noyés dans la Lesse un jour de février 1783. Par contre, d'autres croix ne mentionnent qu'un nom et une date. Bruno Marée ne dévoile pas les événements qui se cachent derrière la pierre. Le lecteur curieux devra se référer à d'autres ouvrages d'histoire locale.
Le but de la publication, c'est de faire un inventaire, pas vraiment de faire l'historique, parce qu'il est très compliqué pour certaines croix tandis que pour d'autres, l'histoire est bien connue, parce que des historiens locaux ont étudié la croix et en ont fait l'historique. Il y a aussi des croix qui ont fait l'objet d'études très détaillées, par exemple des croix qui sont liées à des meurtres.
Bruno MARÉE, CROIX D'OCCIS du sud de la Wallonie, 332 pages, Weyrich Edition, Bastogne, 2025. Disponible chez l'éditeur et dans toutes les bonnes librairies.