L’IWEPS publie un indicateur qui évalue l’accès aux droits fondamentaux des Wallons. Chez nous, les Hamoisiens sont les mieux lotis. En queue de peloton, Hastière.
Trouver un médecin à proximité de chez soi, accéder facilement aux transports en commun, respirer un air de qualité... 1001 aspects du quotidien viennent d'être passés au crible par l'IWEPS, l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique. Et des services qui semblent évidents dans certaines communes le sont beaucoup moins dans d'autres.
Un indicateur d'accès aux droits fondamentaux
Pour quantifier tout cela, l'IWEPS publie un indicateur qui mesure l'accès aux droits fondamentaux des Wallons, comme le logement, les revenus, la mobilité ou encore la santé. En tout, 13 indicateurs sont pris en compte, découpés en une dizaine de sous-catégories (les détails sur la méthodologie en fin d'article).
Les communes wallonnes obtiennent une cote entre 0 et 1, les valeurs proches de zéro indiquent des difficultés dans l'accès aux droits fondamentaux tandis que les valeurs élevées montrent un accès effectif à ces droits. La moyenne wallonne s'élève à 0,603.

La plupart des communes de l'arrondissement se situe en-dessous de la moyenne. Seules quatre communes obtiennent un score supérieur : Somme-Leuze (0,679), Yvoir (0,716), Havelange (0,722) et Hamois (0,742), très loin néanmoins des riches communes du Brabant wallons qui dépassent 0,9. Dans ces 4 communes, c'est le critère « mobilité » qui fait perdre des points.
De l'autre côté du spectre, Hastière fait partie des communes où l'accès aux droits fondamentaux est le plus difficile. La commune n'obtient que 0,197. Seules Charleroi, Farciennes, Châtelet, Seraing et Saint-Nicolas font moins bien en Wallonie.
Hastière décroche des cotes très inférieures à la moyenne dans toutes les catégories à l'exception de l'environnement, la sécurité sociale et la citoyenneté. Autre commune où le score est relativement bas : Onhaye qui obtient 0,294.
De nombreux paramètres ne sont évidemment pas dans les mains des pouvoirs locaux mais Simon Bultot, le bourgmestre d'Hastière, tient néanmoins à nuancer la méthode :
Je ne conteste pas l'enquête mais si on ne lit pas les données brutes, on pourrait croire, par exemple, que personne ne se sent libre dans sa vie privée à Hastière. Or, on est 7,5% là où la moyenne est de 4,2%. Seulement en données normalisées(*), cela nous donne 0 et 0,56 de moyenne pour la Wallonie. J'estime que l'indicateur est plus sévère que les pourcentages réels. Ce que je trouve dommage, c'est que ça « négativise » toujours les choses. Cela ne veut pas dire que tout va mal à Hastière. Si on le lit vite, on pourrait croire que tout va mal alors que ce n'est pas le cas.
Voilà pour la méthode, sur le fond, le bourgmestre hastiérois se dit parfois surpris positivement comme pour le logement – « on n'est pas si mauvais que ça » - ou plus négativement comme pour le critère vie privée mais il reste conscient des difficultés de sa commune :
On est une commune très reculée, avec beaucoup de personnes vieillissantes, isolées. Donc on rentre dans pas mal de critères même s'il faut prendre ces chiffres avec beaucoup de pincettes. Quand on voit certains indicateurs qui paraissent faibles, cela montre toute l'importance de notre plan de cohésion sociale ou de notre plan habitat permanent. Si la Région veut faire des coupes dans le budget des subsides de la cohésion, du plan habitat ou de tous nos organismes à finalité sociale, on leur montrera ces indicateurs.
Logement, environnement : très bien
Sans surprise, les communes de l'arrondissement de Dinant cartonnent en matière d'environnement. Ciney est la seule commune à obtenir un score légèrement inférieur à la moyenne wallonne : 0,591 pour une moyenne wallonne de 0,654. Vresse atteint pour sa part presque la note maximale avec 0,959.
Ce critère prend en compte la qualité de l'air, l'impact du bruit mais aussi la part de la population qui vit à proximité d'un espace vert ou qui déclare voir au moins trois arbres depuis les fenêtres de son domicile.
Autre critère où nos communes sont plutôt bien classées : le logement. Par logement, on entend le droit à un logement décent et adapté, notamment en matière d'énergie et d'eau. Sur cette base, les deux « grandes » villes de notre arrondissement, Dinant et Ciney, sont légèrement en-dessous de la moyenne wallonne. Onhaye et Hastière sont un peu plus à la traîne, mais sans que la situation y soit catastrophique comme elle peut l'être autour de Charleroi ou de Liège.
En matière de logement, Yvoir et Hamois sont extrêmement bien notées avec des scores de 0,929 pour la première et 0,949 pour la seconde.
Travail, sécurité sociale : dans la moyenne
A l'exception notable d'Hastière (0,181), le droit au travail, à des conditions de travail justes et favorables, à la formation professionnelle et aux droits syndicaux sont globalement dans la moyenne wallonne (0,573) dans notre région.
Hastière est donc très à la traîne sur ce point, en particulier sur le taux d'emploi des 20-64 ans, le taux de chômage des 15-64 ans avec un faible niveau d'instruction ou le taux des 18-64 ans en incapacité de longue durée.
En matière de droit à la sécurité sociale, à l'assurance santé, à la protection sociale et à l'aide sociale, toutes nos communes sont dans la moyenne basse en Wallonie. Parmi les points à améliorer, on pointera notamment l'accès à l'information sur les démarches à effectuer pour accéder à ses droits.
Épanouissement, santé, mobilité : de (gros) efforts à faire
En matière de mobilité, seule Ciney dépasse (de peu) la moyenne wallonne. Fort logiquement, nos communes rurales obtiennent des scores très faibles en ce qui concerne la mobilité. Lanterne rouge, Vresse-sur-Semois pointe à 0,08. Havelange (0,192) et Somme-Leuze (0,143) sont également très mal classées. Dans les trois cas, l'accès aux transports en commun reste problématique.
Pour la santé (droit au meilleur état de santé physique et mental susceptible d'être atteint, à l'aide médicale), la situation est plus contrastée. Les 4 communes qui tirent leur épingle du jeu sont toujours les mêmes : Yvoir, Hamois, Havelange et Somme-Leuze.
Pour les autres de gros efforts doivent être fournis mais pas nécessairement dans les mêmes sous-domaines puisque ce critère est assez vaste : il va des femmes enceintes fumeuses à l'accès à un médecin généraliste à moins de 3 kilomètres, en passant par le taux de personnes qui déclarent manquer d'argent pour payer des soins de santé.
Enfin, le droit à l'épanouissement social et culturel est loin d'être facilement garanti dans les 15 communes de l'arrondissement. Ce point comprend notamment l'accès à la culture, aux équipements sportifs mais aussi le fait de ne pas pouvoir compter sur l'aide de sa famille.
La méthodologie
L'indicateur synthétique d'accès aux droits fondamentaux (ISADF) est développé par l'IWEPS depuis 2008. Cet indicateur doit évidemment être pris pour ce qu'il est, un outil indicatif et non une vérité absolue.
Trois sources de données ont été utilisées pour le cru 2025 : des données administratives, les données issues d'une enquête menées auprès de 24.000 Wallons et des constructions basées sur des travaux qui combinent géographie et informatique pour traiter des données spatiales.
(*) En statistiques, la normalisation des données est une étape quasi obligatoire. Elle consiste à ajuster les valeurs de données pour qu'elles puissent être facilement interprétées et comparées. Ici, elle passe par le redimensionnement de données sur une échelle commune, comprise entre 0 et 1.