Rétrospective

Un record qui détonne et des bulles à vêtements qui débordent, retour sur 2025

25/12/2025 18:00:00

Un marathon en jonglant, le triathlon du Moulin de Boiron, les bulles à vêtement et un « fucking good coffee », voici le programme de l’avant-dernier volet de notre rétrospective 2025.

La troisième étape de notre rétrospective de l'année 2025 a une allure plus sportive et éco-responsable. Pour ce numéro, la rédaction a choisi d'inviter Benjamin Balbeur, professeur d'éducation physique à Beauraing. A ses côtés, se trouve Elisa Sidérius.  

 

Benjamin Balbeur, vous êtes l'auteur de l'exploit sportif le plus insolite de l'année : le record du monde (non homologué) de marathon en jonglant en 2h47. Qu'est-ce qui vous est passé par la tête de vous dire "je vais courir le marathon de Namur en jonglant" ?

Benjamin Balbeur : Je ne sais pas. En réalité, j'avais fait un marathon en 2h50 et j'avais vu que le record du monde en jonglant était à 2h50. Donc je me suis dit, bon, si je gagne quelques minutes sur marathon, c'est possible. Comme je savais déjà jongler parce que j'avais fait l'école du cirque de Bruxelles, je me suis dit : tentons. Et voilà ! 


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Vous aviez les deux compétences, il s'agissait de les mettre ensemble, c'est ça ?

B. B. : C'est ça. Ce n'était pas forcément facile sur le coup mais c'était chouette, c'était un travail d'équipe. On s'est trop marrés à faire ça.

 

En écoutant les interviews après ce fameux marathon, je vous entendais dire que la compétition, ce n'était pas ce qui était le plus important pour vous dans le sport.

B. B. : Non, clairement. Pour moi, ce qui est important dans le sport, c'est justement toutes les valeurs de coopération, de collaboration, tout ce qui permet de vivre ensemble. La compétition, pour moi, elle permet de se dépasser, mais elle a ses limites. J'adore la compétition quand elle est saine, mais je trouve que les jeunes adhèrent trop vite parce que la société encourage ça : la performance, se comparer aux autres. Ce sont toutes des valeurs que je trouve dommages en tant qu'enseignant. 

 

Vous êtes professeur d'éducation physique.

B. B. : Oui, c'est bien ça.

 

Pour vous, dans les clubs amateurs, quel que soit le sport, on pousse trop vite les classes d'âge vers ce sentiment de compétition. C'est ça qui est dommageable ?

B. B. : Je dirais que ça dépend fort de l'entraîneur et de comment cela est mis en œuvre. Il y a beaucoup de très bons entraîneurs mais dans certains clubs — je ne vais pas citer de sport — tu vois vraiment c'est plus l'intérêt du club avant celui du jeune, ou en tout cas, la limite est parfois un peu trop poreuse pour moi. 

Je trouve que la société ne fait pas assez attention aux bonnes valeurs. On pousse trop, on glorifie trop. Par exemple, je fais un marathon et tout le monde m'invite sur un plateau, alors que je trouve qu'on pourrait inviter des gens qui font d'autres choses, une personne en surpoids, par exemple, qui s'est entraînée pendant dix ans. Je suis content d'être mis à l'honneur, mais je trouve que la société valorise trop ça, alors qu'en fait il y a tellement de beaux exploits discrets qui sont là, ou des gens qui œuvrent dans l'ombre.

 

C'est un enjeu pour les professeurs d'éducation physique de réconcilier les jeunes et les moins jeunes qui se disent que le sport n'est pas pour eux avec la pratique sportive ? C'est quelque chose auquel vous êtes attentif comme ça dans vos classes ?

B. B. : C'est notre ADN, en tout cas dans mon équipe, dans les équipes que je côtoie. À aucun moment à l'école, on essaie de pousser les jeunes... enfin, on est contents de leur donner la bonne direction, mais nous, ce qu'on veut, c'est que tous nos élèves se sentent bien, qu'ils acquièrent de bonnes habitudes de vie. C'est ça qui est important. C'est chouette de voir un jeune qui brille dans une matière et lui dire "si tu veux, tu peux aller par-là, tu vas t'épanouir aussi", mais c'est clairement pas le plus important.

 

Dans votre pratique, il y a aussi un côté artistique qui vient de l'école du cirque, une discipline qui est un peu entre l'art et le sport. C'est aussi quelque chose qui est important pour vous ?

B. B. : Pour moi, ça permet de mettre tout le monde en avant, peu importe ce que tu sais faire. C'est ça qui est chouette. C'est plus facile que dans un sport où, quand quelqu'un se débrouille moins bien, il va naturellement le sentir, tandis que dans l'art, ce qui compte, c'est ce que tu proposes. Il y a des gens qui ne savent pas faire grand-chose mais qui vont faire rire tout le monde parce qu'ils ont trouvé le truc. Je trouve que c'est plus facile de mettre tout le monde sur le même diapason.

 

Le choix de Benjamin Balbeur : Triathlon du Moulin de Boiron, 200 bénévoles et 1.500 triathlètes attendus à Gedinne

Ce premier week-end de juillet, pas moins de 1.500 sportifs sont attendus sur la 5ème édition du triathlon du Moulin de Boiron à Gedinne. Cet événement sportif d'envergure mobilise 200 bénévoles.

 

 

Pourquoi avoir choisi ce reportage ?

 

Benjamin Balbeur : D'abord parce que ce sont deux copains à moi qui organisent, Titouan Masset et Sindbad Léonard, et parce que j'y ai participé et que c'est un magnifique triathlon. Franchement, j'en reviens toujours pas qu'ils aient créé ça. C'est vraiment un événement phare dans la région. C'est telle une organisation... je n'ose même pas imaginer tout ce que ça demande. C'est que des bénévoles. Et quand tu fais l'événement, tu ressens une ambiance qui est vraiment juste dingue. Tout le monde est à fond. C'est un trop beau moment. Les lieux magnifiques, il y a tous les gens de la région. Ça donne vraiment un moment incroyable.

En général, ces grosses organisations sont gérées par des sociétés privées, et là ce sont des bénévoles. C'est ça qui est beau aussi ?

B. B. :  C'est la force aussi de ces deux personnes : c'est de rassembler des gens parce que leur projet leur parle, parce que tu sens que c'est pour faire rêver les jeunes, ce n'est pas pour faire du profit outre mesure. Il en faut parce que c'est le nerf de la guerre, mais ce n'est pas le but. Tu sens que derrière, il y a des valeurs de partage, de pousser les jeunes, de pouvoir investir dans le club. Je crois que ça parle à tout le monde et que c'est ça qui est génial.

Pas mal d'événements dans notre région fonctionnent exclusivement ou quasi exclusivement avec du bénévolat.

Elisa Sidérius : Oui, parce qu'ici on parle du sport, mais je pense aussi à la culture. Il y a plein d'événements culturels qui sans tous leurs bénévoles ne pourraient pas exister. Et on voit d'ailleurs que dernièrement, il y a pas mal d'événements de la région qui sont un peu en danger parce que, comme ils fonctionnent principalement avec des bénévoles, s'ils perdent l'investissement de ces personnes-là, ça met l'événement vraiment en danger. 

 

Le reportage d'Elisa Sidérius : Nouvelles règles de tri textile, les acteurs de la seconde main inquiets

Depuis le 1er janvier, il est interdit de jeter vos vêtements dans les déchets ménagers. La filière du recyclage craint que cette mesure ne mette un poids supplémentaire sur le secteur, déjà dépassé.

 

 

 

Elisa Sidérius : C'est le reportage qui m'a le plus marquée cette année. Aller dans le centre de tri d'Oxfam à Bruxelles, c'était vraiment impressionnant, surtout de voir ces quantités de vêtements. 

C'est un geste assez simple d'aller jeter son sac de vêtements à la bulle à vêtements, mais c'est rare de voir tout le processus, tout ce qu'il y a derrière, les coulisses de cette filière. Et c'est très impressionnant de voir comment c'est géré par des personnes. On ne se rend pas compte qu'il y a tout un personnel derrière pour gérer toutes ces quantités de vêtements, une quantité astronomique de vêtements. Ce sont des tonnes de vêtements récoltées par jour. Je ne sais pas si on se rend compte dans le reportage, mais c'est un hangar où les sacs s'empilent du sol au plafond. C'est vraiment impressionnant.

 

Est-ce que la situation a changé depuis votre reportage en janvier ? 

E. S. : Finalement, ils en ont obtenu des aides. Je ne me rappelle plus des chiffres exacts, mais je pense que la région wallonne leur a accordé 150 euros par tonne de vêtements récoltés. C'est une petite aide, je pense, par rapport à l'ampleur du problème. 

 

Parce que le problème, en réalité, il est en amont. Il est plus de notre côté à nous, qui consommons trop de vêtements ?

E. S. : Oui, c'est bien d'aider le secteur à recycler ces vêtements, mais le problème, il est effectivement en amont. C'est le rôle du citoyen de réfléchir quand il achète des vêtements, de se dire "est-ce que finalement je vais le porter ? Est-ce que je ne vais pas m'en débarrasser quelques mois plus tard parce que soit il sera abîmé, soit parce que j'aurais envie de changer ?" 

En fait, c'est l'industrie de la mode, du textile qui veut un peu ça : qu'on achète beaucoup, en quantité, des vêtements pas chers. Et donc voilà, le problème, il est là, bien plus tôt dans la chaîne. Et malheureusement, c'est aux gens à prendre conscience de ça aussi, je pense.

 

On pointe du doigt sur le secteur de la mode mais d'autres secteurs qui peuvent aussi se questionner, notamment le sport. 

Benjamin Balbeur : Oui, les chaussures de sport, il y a vraiment un gros marché. Or, mon expérience, c'est que ça devient plus du business que du réel bénéfice pour la santé. Du coup, les gens sont complètement perdus. Le nombre de fois qu'on me demande "je dois acheter des chaussures de course, qu'est-ce que je dois faire ?" Et au final, ça fait 30, 40 ans que les chaussures de sport sont hyper bien développées. C'est juste qu'ils continuent toujours à créer des nouvelles technologies, mettre des plaques carbone, mettre plein de choses. Alors oui, il y a un gain qui est minimum, à du très haut niveau. 

Pour Monsieur ou Madame Tout-le-Monde, une paire de chaussures qui était déjà bonne il y a 40 ans, elles le sont encore... elles n'ont pas tant évolué que ça. Mais je conseille quand même de changer régulièrement, en tout cas, quand la mousse se tasse. 

 

La fast fashion, c'est finalement le problème d'un peu tout le monde et d'un peu tous les secteurs. Il n'y a pas que les jeunes filles sur Instagram. Tout le monde qui doit regarder sa propre consommation.

E. S. : Oui, je pense que c'est une réflexion à avoir. En visitant ce centre de tri d'Oxfam à Bruxelles, je me suis dit finalement, ce serait intéressant d'y aller avec des enfants dès le plus jeune âge, qu'ils puissent se rendre compte assez tôt de cette industrie de la mode et de la problématique pour pouvoir faire des choix réfléchis plus tard. 

 

Votre choix : “My Fucking Good Coffee”, le café qui réveille Thynes

Depuis mai, Adeline Blondiaux a ouvert un bar à cafés pas comme les autres. Chez elle, à Thynes, sur le pas de sa porte, et avec un nom qui ne laisse personne indifférent: "My Fucking Good Coffee".

 

 

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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