Société

Violences conjugales : le domicile est l'endroit le plus dangereux pour une femme

publié le:24/11/2025 13:48:00 - mis à jour: 26/11/2025 16:14:04

Physiques, psychologiques, sexuelles, économiques… Comment reconnaître les violences conjugales et aider les victimes à s'en sortir ? Éclairage avec trois professionnelles de terrain.

En 2024, 26 femmes sont mortes en Belgique tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Derrière ce chiffre glaçant, des milliers de personnes, dans l'immense majorité des cas des femmes, souffrent au sein de leur foyer de violences physiques, psychologiques et sexuelles. Une réalité à laquelle notre société peine à trouver des réponses satisfaisantes. 

Sur le plateau du « Journal sur pause », on décrypte le phénomène des violences conjugales du point de vue des victimes : que recouvre ce terme, comment aider celles et parfois ceux qui en sont victimes à s'en sortir, quelles structures existent dans notre région ? Avec : 

  • Linda Culot, directrice du centre de planning familial de Dinant, Philippeville, Namur, vous viendrez nous parler en particulier d'un service baptisé « ça vaut pas le coup » qui accompagne les victimes de violences intrafamiliales
  • Sarah Trioux, directrice pédagogique de l'Elan, un refuge à Rochefort pour personnes victimes de violence
  • Stéphanie Marion, assistante sociale au service d'assistance policière aux victimes, le SAPV, de la zone de police Condroz-Famenne

Sarah Trioux, Linda Culot, Stéphanie Marion

 

Les violences conjugales, qu'est-ce que ce terme recouvre ? On parle de violence physique, psychologique, sexuelle mais aussi économique.

Linda Culot : Tout à fait. Effectivement, les violences conjugales, dans l'imaginaire des gens, ce sont des femmes qui subissent des violences physiques. Mais maintenant, les violences les plus présentes sont les violences psychologiques qui sont couplées avec de la violence économique, de la violence sexuelle, même au sein du couple, les violences envers des objets ou des animaux, les animaux de compagnie. Il y a toute une série de violences qui sont maintenant reprises comme violences faites aux femmes.

 

Je voulais revenir sur les violences sexuelles, en particulier, parce que le viol, ce n'est pas clair pour tout le monde, mais ça existe au sein du couple. Le devoir conjugal, c'est important de le rappeler, ça n'existe pas.

Stéphanie Marion : Non, pas du tout. Le viol est puni et de manière générale, il est pris en considération dans les violences intrafamiliales, tout comme les autres violences. 


Le numéro d'Écoute Violences conjugales : 0800 30 030, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il s'adresse aux victimes mais aussi aux témoins de ces violences. 


C'est un type de violence qui est peut-être moins facilement compréhensible pour les victimes et comme pour les auteurs qui se disent qu'on est mariés, donc il ne peut pas y avoir de violences sexuelles entre nous. 

S. M. : C'est compliqué de le comprendre, parfois de pouvoir l'expliquer aux personnes, et on se rend compte qu'il y a beaucoup plus de violences sexuelles que ce qu'on croit au sein du couple où il existe des violences intrafamiliales.

 

C'est une violence qui est peut-être plus tue aussi ?

Stéphanie Marion : Oui, souvent. En général, les victimes en parlent moins.

 

L'objet de cette émission, c'est de s'intéresser aux victimes. On va donc beaucoup dire "elles". Ce sont surtout les femmes qui sont victimes de violences au sein du couple, sauf peut-être pour les violences psychologiques.

Sarah Trioux : Oui, c'est ça. En tout cas, on a beaucoup plus de femmes victimes de violences intrafamiliales, accompagnées ou non d'enfants, mais effectivement, c'est encore plus rare d'avoir des hommes.

 

Et c'est quelque chose qui se dit moins. C'est peut-être encore plus difficile pour un homme de le dire ?

Sarah Trioux : Oui, souvent, parce que justement, c'est un peu la fierté masculine qui prend le dessus. Maintenant, nous, en tout cas, au sein de notre maison d'accueil, actuellement, on a beaucoup plus de femmes victimes de violences intrafamiliales plutôt que d'hommes.

 

Est-ce que ça touche tous les milieux sociaux les violences conjugales ?

Linda Culot : Oui, les violences conjugales, intrafamiliales traversent toutes les couches sociales. On a régulièrement des dames qui sont avec un policier, qui sont avec un médecin, qui sont en couple avec un magistrat. On se dit que c'est souvent dans les milieux précarisés qu'on va plus retrouver ce type de violence, mais non, ça traverse vraiment toutes les couches sociales.

 

Et tous les âges ? Je regardais les statistiques des féminicides. En 2025, la plus jeune victime avait 19 ans et la plus âgée, 82.

L. C. : Oui, tout à fait. C'est quelque chose qu'on constate dans nos pratiques. On fait l'accompagnement de victimes de violences conjugales en ambulatoire, donc on n'est pas un centre d'hébergement. On constate que maintenant, on a de plus en plus de très jeunes filles qui viennent, parce qu'elles sont en couple avec un jeune homme et les premiers signes de violence se manifestent, mais on a aussi des personnes qui attendent parfois que les enfants soient partis et qui, à ce moment-là, se permettent d'entamer des démarches.

 

Est-ce qu'il y a des moments dans la vie d'un couple plus critiques où les violences peuvent émerger ? Vous parliez du moment où les enfants partent, il y en a d'autres ?

Stéphanie Marion : Pas forcément, ça dépend un peu de la situation familiale, ça dépend un peu du cycle, comme on en parlait. Le cycle des violences peut parfois être réduit et le moment de la lune de miel, en général, se passe très bien, mais c'est surtout après. Et la perte de contrôle de l'auteur fait aussi monter la pression pour les violences. 

 

Les grossesses, par exemple, l'arrivée d'un enfant, ça peut déclencher ?

S. M. : Mais c'est la perte de contrôle, c'est-à-dire que l'auteur n'est plus la personne centrale dont on s'occupe, donc il devient second plan. Et ce n'est pas possible pour eux, de manière générale. Effectivement, les grossesses peuvent augmenter les violences, à ce moment-là, oui.

Dénoncer la violence

Qui est-ce qui dénonce, en général, les violences au sein d'un couple ? Qui fait en général la démarche vers vous ? C'est la victime elle-même, c'est son entourage ?

Linda Culot : Ça peut être les victimes elles-mêmes, parce qu'il faut déjà reconnaître qu'elles sont dans un engrenage de violence.

 

Et ça, ce n'est pas facile de se dire que je suis victime ?

Linda Culot : Non, ce n'est pas facile. C'est parce qu'elle voit des petits films de sensibilisation qu'elle se dit que finalement, oui, moi, je suis peut-être dans ce cas. Mais la majorité des demandes nous arrivent de l'entourage qui s'inquiète, des professionnels, les professionnels de la santé, médecin traitant, la police, les services d'aide aux victimes, qui ont rencontré les personnes. Ça peut être aussi les assistantes sociales dans les CPAS ou parfois même les centres PMS.

 

Pour les jeunes, dont vous parliez ?

L. C. : Pour les jeunes, et pour des mamans quand la directrice ou l'institutrice se rendent compte que l'enfant somatise. On interroge un peu l'enfant, parfois l'institutrice a créé un climat de confiance avec la maman, et la maman parle, commence à dévoiler un peu ce qui se passait à la maison. Parfois, l'institutrice en parle avec la directrice, et il y a tout un réseau qui se crée autour de la maman. Parfois aussi, on rencontre la maman au sein de l'école, parce que c'est le seul moment où on peut la rencontrer. Quand elles sont encore en couple avec monsieur, il faut saisir les opportunités de rencontre pour mettre en place un plan d'accompagnement.

 

Est-ce qu'il faut dénoncer, quand on a des soupçons, sur quelqu'un de son entourage ? Parce qu'on peut aussi se dire : qui suis-je pour m'interposer dans un couple ? Ou bien, est-ce que je ne vais pas mettre de l'huile sur le feu ? Qu'est-ce que vous en pensez ? 

Stéphanie Marion : Je pense qu'il faut interpeller et maintenant, interpeller les personnes autour de vous et surtout les services. Effectivement, il y a des services qui sont déjà présents, mais pouvoir donner les informations et que des choses puissent être mises en place. Et en tout cas, le dénoncer, que ce soit connu. Parce que nous, au niveau police, je sais que si ce n'est pas connu, malheureusement, s'il arrive quelque chose, on n'est pas au courant de cette situation. Et là, ça pose des soucis pour les suites de procédure.

Sarah Trioux : Il faut saisir un peu l'opportunité aussi. Mais je pense que l'essentiel, c'est aussi pouvoir donner les outils et un peu les bagages nécessaires pour que la victime puisse en sortir si jamais un jour, elle est capable de pouvoir franchir la porte de la sortie. 

 

On entend cette phrase "elle n'a qu'à partir", "elle n'a qu'à le quitter". Ce n'est pas du tout aussi simple que ça.

Linda Culot : Non, parce qu'effectivement, il y a la crainte que le dossier soit judiciairisé. Il y a la crainte de la perte des enfants, parce que la majorité des dames qu'on rencontre sont quand même mamans. Monsieur vient avec cette menace-là en disant : "Attention, si tu me quittes, les enfants, tu ne les verras plus." Et il y a cette crainte de ne plus avoir les enfants. 

Et il y a aussi le contrôle coercitif, ce qu'on appelait l'emprise. Elles ont vécu une histoire, elles ont une histoire avec monsieur. C'est difficile de pouvoir se dire : "On casse tout, on met tout par terre." Et il va y avoir des répercussions au niveau du cercle familial, au niveau des enfants. C'est extrêmement compliqué pour les mamans de se dire : "Je claque tout et je m'en vais."

 

Il y a aussi un aspect économique ? 

Sarah Trioux : Elles sont vraiment tributaires aussi du mari qui a toutes les finances. Et elles enchaînent un peu toutes les difficultés, aussi par le manque de soutien social et psychologique. Parce que souvent, elles sont vraiment enlevées du réseau social. Elles n'ont plus de contact ni de famille, ni d'amis.

 

Ça fait partie des violences conjugales, d'isoler sa victime de son cercle d'amis, de sa famille ?

S. T. : Oui, en tout cas, ça fait partie souvent du cycle de la violence. Mais c'est ça aussi toute la difficulté de pouvoir partir. Parce que souvent, les victimes se disent qu'elles n'ont pas de moyens. Elles ne savent pas où aller, elles ne savent pas comment faire. Et elles ont la responsabilité aussi de leur propre sécurité, mais aussi de celle de leurs enfants. C'est un combat vraiment difficile.

 

Vous travaillez à L'Élan, un refuge à Rochefort. Quand elles arrivent chez vous, le chemin a déjà été très, très long.

S. T. : Oui, vraiment, quand elles arrivent chez nous, on leur dit souvent, l'étape, elle est franchie déjà de plusieurs marches. Et c'est incroyable, c'est déjà une force qu'elles ont de pouvoir arriver jusqu'à chez nous. La priorité, c'est vraiment de les mettre aussi en sécurité et de pouvoir installer un lien de confiance pour qu'elles puissent vraiment gagner après en autonomie et en dignité aussi.


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Ce n'est pas facile de convaincre quelqu'un, malgré qu'il soit en danger, malgré qu'il soit victime de coups et d'abus, de lui dire, faites vos valises et partez. C'est quelque chose qu'elles ne peuvent pas entendre ou pas facilement entendre.

Stéphanie Marion : Le problème chez nous à la police, c'est qu'en tout cas, en tant que SAPV, on a deux possibilités, soit on fait un dépôt de plainte, parce que la personne est prête à faire ce dépôt de plainte, et on l'accompagne dans cette procédure. Mais ça nous arrive aussi de recevoir des personnes qui ne sont pas capables pour l'instant de déposer plainte. On fait tout ce travail pour pouvoir la préparer à ce futur dépôt de plainte, s'il doit y en avoir un. Nous, on fait vraiment l'accompagnement du début à la fin, la première fois où on la rencontre, s'il y a une intervention de police. On travaille vraiment sur deux volets, en fonction de son rythme, et on évalue au fur et à mesure des rencontres.

 

Déposer plainte

Vous encouragez toujours les femmes, ou les hommes, à déposer plainte ? C'est un passage obligé ou pas ?

Linda Culot : Chez nous, on essaie d'abord de créer du lien, parce que la relation de confiance est essentielle. Parce que si on brusque les dames en disant "on y va, on va porter plainte", si elles ne sont pas prêtes, on va les perdre. Et si on les perd, on loupe le moment où on aurait pu créer quelque chose avec elles. On va vraiment travailler la relation de confiance, et on va travailler avec la temporalité de la personne. Effectivement, il faut que la réflexion mûrisse et qu'elle avance avec des outils, avec des stratégies de protection. C'est-à-dire, s'il y a encore une crise à la maison, je dois avoir les numéros de téléphone à disposition, ils doivent être encodés dans mon téléphone. Je ne peux pas m'éloigner de la porte d'entrée. On va mettre en place des choses, justement, pour essayer de sécuriser. Maintenant, il arrive des moments où elles doivent partir dans l'urgence, parce que le degré de dangerosité est énorme. Et là, effectivement, leur vie et celle de leurs enfants est en jeu.

 

Peut-être une fois qu'on a mûri et qu'on décide de déposer plainte, comment ça se passe au commissariat ?

Stéphanie Marion : Il y a un dépôt de plainte qui se déroule avec un policier. Il faut savoir que le dépôt de plainte pour des violences intrafamiliales dure quand même plus longtemps qu'un dépôt de plainte normal, avec des procédures qui sont plus longues après. Nous, on peut assister aussi la victime tout au long de sa procédure, c'est-à-dire du moment où on la rencontre, son dépôt de plainte, et après, si elle doit être vue par un médecin, un hôpital, ou si elle doit être dirigée vers un centre d'hébergement, on peut l'accompagner à tout ça.

 

Il y a dans tous les commissariats de police, votre équivalent ? Un ou une assistante sociale ?

Stéphanie Marion : De manière générale, pour tous les commissariats, il y a une assistante sociale.

 

Vous accompagnez tout au long de la procédure. La victime n'est pas toute seule ?

S.M. : Elle n'est pas toute seule. Non, effectivement. Maintenant, il y a des commissariats où il n'y a pas d'assistante sociale, mais il y a des policiers qui peuvent aussi accompagner.

 

Il y a des policiers spécialement formés pour les violences intrafamiliales ?

S.M. : Tout à fait. Il y a des référents violences intrafamiliales dans chaque zone de police.


63% des dossiers n'ont pas de suites pénales

63% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de poursuites pénales. Nadia Laouar, la substitute au Parquet de Liège, spécialisée dans les violences intrafamiliales, explique pourquoi : 

C'est important, peut-être, d'avoir conscience de ce que recouvre ce chiffre, parce qu'en réalité, il se décompose en deux volets. Il y a 35% qui sont un classement sans suite qu'on appelle pour des motifs techniques, et 28% qui sont des classements sans suite pour des motifs d'opportunités. 

Cette matière est une priorité de politique criminelle pour nous. Dans nos directives, il y a notamment l'obligation pour les policiers de dresser un procès-verbal, à chaque fois que des faits de ce type leur sont dénoncés ou qu'ils les constatent. On demande qu'ils dressent un procès-verbal, même quand ils ont le sentiment que les faits ne sont pas constitutifs d'infraction. Ça veut dire qu'en bout de course, il y a quand même un certain nombre de dossiers pour lesquels on ne va pas pouvoir envisager des poursuites, parce qu'on ne peut envisager des poursuites que si on est en mesure de rapporter la preuve d'une infraction pénale, d'une infraction prévue par le code pénal.

Il reste quand même ces 28% de classements sans suite pour motif d'opportunités, dans lesquels on a considéré qu'il n'était pas opportun d'engager des poursuites. Là aussi, il faut avoir conscience que c'est difficile avec les moyens largement insuffisants qui sont les nôtres, les moyens humains qui sont vraiment très insuffisants, de viser les 0%. 

On va viser des faits qui paraissent ponctuels, qui ne paraissent pas révélateurs d'une vraie dynamique de violences conjugales, d'un vrai processus de domination conjugale, et dans lesquels, malgré tout, quand c'est le premier fait, un classement sans suite peut paraître se justifier. Ce n'est pas vraiment les directives qu'on a données, les directives qu'on a données, c'est une réaction adaptée pour chaque fait. Normalement, on demande qu'il n'y ait pas de classements sans suite, maintenant il peut arriver qu'il y ait quand même un rappel à la loi informel qui se fasse, c'est le cas dans la plupart des cas, via le service de police par exemple.


 

C'est quelque chose qui est audible, ça pour les victimes, de se dire, la justice n'a pas jugé opportun de poursuivre ?

Sarah Trioux : C'est très difficile à comprendre, et c'est très frustrant, autant pour les victimes que pour les services qui accompagnent les victimes. Maintenant, ça n'empêche pas tout le travail sur la violence, je pense que c'est nécessaire en tout cas de continuer ce travail d'acceptation et d'autonomie pour la suite.

 

Une autre réponse de la justice, qui n'est donc pas la poursuite pénale, c'est ce qu'on appelle les médiations. Linda Culot, vous n'êtes pas très convaincue par ces processus de médiation.

Linda Culot : Absolument pas, il y a eu des tentatives au début des années 2000, où la médiation était à la mode, mais dans le cadre de violence intrafamiliale, c'est totalement impossible. On est dans une relation inégalitaire, donc l'auteur a le contrôle sur la victime, et donc c'est totalement impossible. Les médiations, on peut les mettre en place à partir du moment où on est dans une relation d'égal à égal, mais pas dans le cadre des violences conjugales. La victime, elle va s'écraser, elle ne va rien dire.

 

Autre difficulté peut-être, c'est la lenteur de la justice qui fait que le temps que la procédure suive tout son cours, la situation a forcément évolué. C'est quelque chose qui est aussi dans la tête des victimes au moment de venir porter plainte, en disant que de toute façon, ça va durer des mois, des années.

Stéphanie Marion : Mais c'est quelque chose qui est bien réexpliqué à chaque fois, parce que c'est important de le savoir, et parce que nous, on ne peut pas donner des réponses du jour au lendemain. Déjà, ce sont les magistrats qui prennent les décisions, et puis effectivement, ça prend du temps, ça prend des années parfois.

 

Au point que, parce que c'est aussi quelque chose qui est quand même assez fréquent, malheureusement, c'est que les victimes retournent auprès de leurs bourreaux. C'est ce qu'on appelle le cycle de la violence qui fait qu'il y a des moments, ça va mieux, et donc on y « re-croit », c'est ça qui est en jeu ?

S. M. : Alors après la crise, il y a la justification effectivement, puis il y a la lune de miel, en général, c'est comme ça que je l'explique aux dames que je reçois. C'est en général là où il y a les demandes en mariage, où on parle d'un bébé, achat d'une maison, voilà, tous ces moments-là où on a l'impression que tout redevient normal, mais malheureusement, ce n'est qu'une phase dans le cycle qui va s'arrêter.

 

Ce n'est pas frustrant, décourageant pour des services d'accompagnement comme les vôtres, de voir les victimes retourner dans le foyer où ça se passe si mal ?

Sarah Trioux : Si, évidemment, maintenant, je pense que ce qu'on essaie de leur donner, c'est vraiment tous les outils pour, si jamais ça se reproduit, ce qu'elles peuvent essayer de faire pour vraiment assurer leur sécurité, et tout l'enjeu est vraiment de garder ce lien de confiance pour justement qu'elles puissent revenir en cas de nouvelle tension.

Linda Culot : Généralement, quand elles nous arrivent dans nos services, c'est le moment de la crise. On analyse le cycle et on sait qu'on doit essayer de mettre des choses en place, parce qu'on va arriver à la période de lune de miel, et là c'est la période où on va les perdre. Donc, on essaie de mettre des rendez-vous, de garder le lien pour éviter justement de les perdre. Elles reviendront après, généralement, elles reviennent après, mais on essaie de ne pas déconstruire tout le travail qui a été fait.

 

Malgré ça, il ne faut pas avoir peur de venir reporter plainte, la plainte sera toujours prise en compte, même si c'est la dixième ?

Stéphanie Marion : Ça, c'est tolérance zéro. Chez nous, en tout cas, c'est comme ça qu'on fonctionne, mais quel que soit le dépôt de plainte, que ce soit la dixième, la première ou la vingt-cinquième fois, un dépôt de plainte sera d'office pris, effectivement.

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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