Majorité violette où les différences s'estompent. Opposition orange et verte où elles sont bien marquées. Notre débat de Rochefort nous laisse parfois l'impression d'être face à trois groupes, et plus quatre.
Sur un air connu: "Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, violette." Sept membres d'un collège violet. Pas bleu et rouge, mais violet. La majorité rochefortoise semble avancer d'un bloc, entre amis, main dans la main. Au point de se confondre? François Bellot déclare:
"Je défie qui que ce soit d'assister à une réunion du collège et d'essayer d'y voir une différence entre nous"
Alors, MR-PS, c'est chou vert et vert chou? Quand on demande au 1er échevin Pierre-Yves Dermagne où est la touche rouge du collège, il répond:
"D'abord dans le choix des compétences. Je les ai voulues tournées vers l'économie et le développement de la cité".
Plutôt vague, comme touche socialiste. François Bellot a une analyse différente, et plus logique, ajouterons-nous:
"Ce qui est original, c'est que ce sont des échevins MR qui portent la politique sociale. Et un échevin socialiste qui porte l'économique."
Le bourgmestre se défend, en tous cas, d'être le parrain politique de son 1er échevin.
"Je reste MR, je suis MR, je défends tous mes élus MR."
Une différence se marque bien sur le plan de la communication. Sur notre plateau, François Bellot se montre assez direct, très instinctif, loin des arabesques et détours qu'il pouvait utiliser autrefois en répondant aux questions. Une nouvelle attitude influencée par la présence d'un jeune et dynamique échevin à sa gauche? Un exemple:
- Question: "A Dinant, il y a le saxo. A Rochefort, c'est quoi l'image de marque?"
- Réponse immédiate de François Bellot: "Ben, le Festival du Rire!"
- Réponse plus diluée de Pierre-Yves Dermagne: "En termes d'environnement, de patrimoine, on a vraiment une carte postale à Rochefort."
Instinct d'un côté, discours plus politique de l'autre: il y a quelques années encore, on aurait plutôt inversé les réactions.
Lorsqu'on parle du contournement de Rochefort, le 1er échevin se montre d'ailleurs très "animal politique et médiatique". Il s'apprête à détricoter les propositions de l'opposition, plans à l'appui... avant même que les conseillers aient pu l'exposer en plateau. Mais on lui reconnaîtra ceci: cela prouve qu'il les a étudiées.
"Moi, je ne m'écoute pas parler"
Dans l'opposition, aucun doute: ce n'est pas chou vert et vert chou. Les deux groupes affichent clairement leurs différences. Sur le fond comme sur la forme. Un cdH-AR très technique, qui pose beaucoup de questions sur les finances, avec des considérations très terre à terre. Mais un cdH un peu tiède, qui, souvent, emboîte le pas de la majorité. On ne peut pas dire que le cdH chatouille beaucoup la violette, mais quand il le fait, c'est sans circonvolution:
- Question à Thierry Lavis: "Une note sur dix pour la revente de l'abattoir à une société privée?"
- Réponse: "Zero pointé. Ca n'a pas été une vente, c'est un don. 350.000 Euros. C'est dommage, c'est un fleuron communal qui s'en va."
Un langage simple, totalement assumé. "Moi, je ne m'écoute pas parler", nous dit Albert Maniquet dans le reportage tourné au conseil communal. Au retour sur le plateau, on pose donc la question à son co-listier Thierry Lavis.
- "Qui s'écoute parler?
- Le groupe Ecolo, je pense."
Au conseil communal, les verts prennent de la place et tiennent souvent le crachoir. Parfois même, sur certaines de leurs interventions, on voit des conseillers de la majorité lever les yeux au ciel (ne niez pas, on l'a vu :-) ). Ecolo, lui, chatouille beaucoup. Mais selon François Bellot, pas forcément sur les bonnes questions.
"Parfois, on a l'impression qu'ils ont des fiches toutes préparées sur des thèmes, et que ce qu'ils reçoivent (NDLR: du parti et de la régionale), ils le traduisent dans tous les conseils communaux de la même façon."
C'est sûr, chez Ecolo, l'idéologie, c'est leur dada. Et c'est aussi totalement assumé. Le message est martelé à plusieurs reprises: "il faut une vision globale".
Exemple avec la question en face-à-face de Marie Lecocq à l'échevine Janique Lejeune: "Que fait la majorité pour la jeunesse?" La question du cdH à l'échevin Jean-Pol Lejeune était: "Il y a déjà eu beaucoup de frais pour le déménagement des ateliers communaux, est-ce que ça va continuer ou pas?". C'est là, exactement là, qu'on retrouve les différences de fonctionnement entre les deux groupes.
Petits cachottiers?
Le point commun entre cdH et Ecolo? Ils jugent la majorité rochefortoise parfois trop cachottière sur certains dossiers.
- La rénovation du Square de l'Amicale? Pas assez d'info pour Rudy Thérasse: "Le collège nous a demandé de voter un supplément de budget de 6.000 € pour un film de promotion d'un projet... qu'on ne connaît pas encore."
- L'installation d'un hôtel Ibis à Han-sur-Lesse? "Je n'étais n'étais pas au courant", dit Thierry Lavis.
- L'affectation de l'ancien site Alusign? La ville a voté le rachat pour y installer les ateliers communaux. Mais une société privée de transports montrait de l'intérêt pour s'y installer.
- Question à Pierre-Yves Dermagne: "ce n'était pas nécessaire de mettre l'opposition au courant (de cet intérêt) avant qu'ils votent sur le déménagement des ateliers?"
- Réponse: "On ne s'est pas opposés au rachat par une entreprise. C'est plus compliqué que ça (...) On nous a dit qu'il y a avait un acquéreur alors qu'on avait déjà réalisé une étude et prévu le déménagement".
- Réaction d'Ecolo: "Cela n'a pas été présenté tel quel au conseil communal.
Une observation finale sur ce débat: l'équilibre s'installe de plus en plus dans la stature des personnalités du conseil. Un bourgmestre "plus cool" et moins écrasant qu'auparavant. Juste à côté, un 1er échevin qui monte en puissance. En face, une opposition qui prend une relative envergure dans les échanges.