A quelques jours de la retraite, Bruno Belvaux rend public son « bilan moral » de l’année 2022 du Domaine provincial de Chevetogne, non sans égratigner au passage les autorités provinciales.
Le 31 mars prochain, Bruno Belvaux quittera la direction du Domaine provincial de Chevetogne après 28 ans de service. Des années marquées par de fréquentes tensions avec les autorités politiques provinciales. A l'heure de tirer sa révérence, l'homme jette un dernier pavé dans la mare et choisit de rendre public son bilan moral du Domaine, un rapport commandé par Geneviève Lazaron, députée provinciale en charge de Chevetogne.
Cette diffusion publique est motivée d'une part, par un changement de planning de dernière minute qui l'empêchera de le défendre lui-même : la présentation initialement programmée en mars a finalement été postposée au mois d'avril et donc après son départ à la pension.
Deuxième argument, plus important, Bruno Belvaux veut dénoncer le manque de logique des autorités provinciales. L'évaluation de ce bilan doit se faire en principe « au regard des objectifs établis par le schéma directeur ». Or, le Domaine n'en possède toujours pas.
Aux conseillers provinciaux à qui il envoie son bilan, Bruno Belvaux explique sa démarche :
L'évaluation démocratique du travail d'un « gros » service provincial vaut mieux que des petits tours de passe-passe... Je refuse que le bilan financier de la régie soit la seule grille d'évaluation de la structure. Analyser le bilan d'un service public au travers du seul filtre d'un bilan comptable est une perversion intellectuelle.
« Ils m'ont connu directeur, ils vont me connaître citoyen »
Si cette sortie médiatique est sans doute la dernière en tant que directeur du Domaine, elle sera certainement suivie par d'autres en tant que simple citoyen. Ceux et celles qui espéraient se débarrasser de lui avec sa mise à la pension, vont en être pour leurs frais parce que Bruno Belvaux prévient :
Je serai un militant et un activiste de l'extérieur. Je ne serai pas la belle-mère des fonctionnaires, mais je serai leur défenseur. Ils m'ont connu directeur avec un certain devoir de réserve, ils vont me connaître simple citoyen.
Et de poursuivre :
La démocratie, ce sont les contre-pouvoirs qui la font vivre, les intellectuels, les syndicats, les médias... Ce n'est pas parce que tu n'es pas élu que tu ne peux pas prendre la parole. Ce n'est pas en mangeant du boudin dans les kermesses qu'on s'octroie l'infaillibilité papale. Je vais être un citoyen vigilant et je préfère qu'on fasse avec mon pognon des jardins, des parcs naturels plutôt qu'une maison administrative vide. Je préfère qu'on construise des logements sociaux et des centres de réfugiés pleins plutôt qu'une maison administrative vide.
Un bilan éco-systémique
Malgré la virulence des propos qui l'accompagnent et les conditions de sa sortie publique, le bilan moral de Bruno Belvaux est un document de cinq pages que nous qualifierions d'apaisé au regard de ce que le bouillonnant directeur de Chevetogne a déjà pu écrire.
De manière systématique, l'homme fort du Domaine revient sur les bénéfices, autres que purement financiers, créés par Chevetogne.
Il importe de rappeler que nulle part on ne valorise au Parc l'oxygène qu'il produit, l'eau qu'il épure et qu'il stocke, le gaz carbonique capturé et les bénéfices de l'augmentation de la biodiversité sur l'ensemble de la zone.
Bruno Belvaux revient aussi sur les apports sociaux et économiques du Domaine :
Il contribue à valoriser tout un territoire par les achats qu'il opère dans la zone, les visiteurs qu'il partage avec les autres acteurs économiques dont font partie les 40 employés Horeca du Parc.
Et de terminer par une petite piqûre de rappel :
Par ailleurs, on fera remarquer aux dirigeants politiques que le Parc a une mission de démocratie culturelle et de justice redistributive. Les augmentations qui nous ont été imposées font déjà apparaître un changement sociologique du profil de la clientèle. Nombreux sont ceux qui ont dénoncé un système de service public dans lequel les pauvres finançaient les avantages culturels, éducatifs et sanitaires des riches. Il ne faudrait pas que demain le Parc se gentrifie au préjudice de ceux de notre population qui ont le plus besoin d'un coin de paradis à la campagne.