Emploi

ENTRETIEN | Reconversion professionnelle : l’IT offre des milliers de postes à pourvoir

publié le:12/01/2026 15:10:00 - mis à jour: 12/01/2026 15:24:33

Enregistré au salon "Make it" organisé par Technobel, la première édition du "Journal sur pause" de l’année s’intéresse aux métiers de l’IT, un secteur particulièrement porteur d’emplois.

Pour la première fois, le « Journal sur pause sort du studio pour s'installer au salon Make it, organisé par Technobel au Ciney Expo. A cette occasion, on s'intéresse aux métiers de l'IT, des technologies de l'information. Il s'agit d'un secteur porteur d'emploi chez nous. Pour savoir comment s'y former et ce que recherchent les entreprises de notre région, on reçoit : 

  • Frédérique Renault, cheffe de projet chez Technobel
  • Thierry Ney, porte-parole du Forem
  • Aurélie Marichal, directrice d'UCM Namur

Thierry Ney, Frédérique Renault, Aurélie Marichal 

 

Nous sommes ici au salon Make it qui accueille une compétition appelée la First Lego League. En quoi consiste cette compétition ?

 

Frédérique Renault : Make it est un événement annuel mis en place par Technobel, qui vise à sensibiliser les plus jeunes, les ados, aux métiers du numérique, mais aussi aux STEAM, c'est-à-dire à tout ce qui concerne les sciences, les technologies, l'ingénierie, les arts et les mathématiques.

Au milieu de ce Make it, il y a la First Lego League, qui est un concours de robots Lego. Je pense qu'on est d'une génération où on a monté des Legos, on racontait des histoires, on utilisait notre imagination. Aujourd'hui, les jeunes ont la possibilité de toujours utiliser ces Legos, mais on y ajoute la robotique et la programmation. C'est un concours très ludique qui permet aux jeunes de découvrir les technologies et le numérique.

C'est important parce qu'aujourd'hui, comme on le sait tous, le numérique est omniprésent. C'est très important que les jeunes puissent comprendre le monde dans lequel ils vivent et découvrir quelles sont les compétences nécessaires pour vivre dans ce milieu numérique. Ce concours est mis à disposition des jeunes dans les écoles avec des enseignants, avec des parents. L'objectif, c'est qu'ils puissent vraiment se découvrir des talents mais aussi de casser un peu les stéréotypes. Ce sont des jeunes filles, des jeunes garçons, tout un chacun finalement qui peut s'essayer à ces nouvelles technologies et se découvrir des talents. On espère que ça suscite des vocations et, plus tard, des parcours de formation qui mèneront à des emplois dans le domaine.


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On va laisser la First Lego League de côté pour s'intéresser à l'IT, côté adulte. C'est quoi finalement les métiers de l'IT ? L'appellation est parfois un peu nébuleuse… 

 

F.R. : Oui, en fait, c'est vrai que ça recouvre beaucoup de métiers différents finalement. On retrouve les métiers de la programmation, donc pouvoir développer des applications. Quand vous retrouvez des applications sur votre smartphone, tout ce qui est site web, etc., on a la partie programmation. Nous avons aussi tout ce qui est lié à l'infrastructure. Aujourd'hui, on est connecté, le réseau wifi. C'est toute cette partie-là, la cybersécurité, la protection des données évidemment, qui est un enjeu crucial depuis déjà quelques années.

On retrouve aussi tous les métiers liés plutôt à l'analyse de données. Aujourd'hui, toutes nos applications sont connectées, mais qu'est-ce qu'on fait de ces données ? Il y a des personnes qui sont chargées de les structurer et de les faire parler pour que ça puisse devenir intéressant pour le business des entreprises.

Nous avons également les métiers de business analysts, qui sont un petit peu les architectes, qui sont là pour penser l'application, qui sont là pour essayer de définir les besoins tant des entreprises que des utilisateurs qui vont utiliser ces applications, et qui vont expliquer, en collaboration avec une équipe de développement, comment mettre en place cette application. C'est quand même très vaste, c'est varié, donc ça vaut vraiment la peine d'y réfléchir et d'aller creuser.

 

Quels sont les chiffres de l'emploi pour les métiers de l'IT ? 

 

Thierry Ney : Si on prend le bilan de l'année 2025, c'est près de 4.000 opportunités que le Forem a a pu promouvoir comme offres d'emploi. Il faut savoir qu'on capte une offre d'emploi sur deux, donc ça veut dire qu'il y a plus de 8.000 offres qui sont passées en 2025 par rapport à ces métiers. C'est une estimation basse, comme je vous le dis, on ne les capte pas toutes. Mais il faut savoir que ça, c'est pour des métiers spécialisés de l'IT. Après, tous les métiers sont concernés par les compétences technologiques. On sait que la digitalisation est galopante, surtout avec l'intelligence artificielle qui est vraiment de plus en plus présente dans toutes les fonctions et va l'être encore plus à l'avenir. Avoir cette sensibilisation, avoir cette capacité de bien utiliser les outils digitaux, c'est une plus-value, surtout dans un monde hypercompétitif comme celui qu'on connaît maintenant.

 

Dans l'arrondissement de Dinant, est-ce que les employeurs recrutent dans l'IT ? Qu'est-ce qu'ils cherchent comme type de profil à ce niveau-là ?

 

Aurélie Marichal : Les entreprises ont un besoin effectivement d'IT propre, quand il s'agit de développement, d'administrer son réseau, de cybersécurité, mais elles ont aussi un besoin de faire monter en compétence tous les collaborateurs sur l'axe numérique.

Ce qu'elles recherchent davantage, ce sont des personnes qui ont la formation de base, puisqu'on sait qu'en entreprise ou dans des organismes de formation externe comme Technobel, comme les centres IFAPME, ils ont la possibilité de continuer à former leurs collaborateurs en formation continue, et c'est ça qui est important.

Dans ce que les entreprises recherchent davantage dans les profils des futurs collaborateurs, c'est d'abord une bonne volonté, une bonne capacité d'apprendre à apprendre, de continuer à s'autoformer soi-même où il y a des plans de formation dans l'entreprise. Évidemment, il y a quand même des connaissances en langue, puisqu'on travaille beaucoup l'anglais quand même dans le métier de développeur, notamment.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser avec le cliché un peu geek, ce que les entreprises recherchent aussi, c'est des personnes qui soient orientées à la solution bien sûr, et aussi orientées client, relation avec les autres.

Il faut pouvoir identifier le besoin du client, revenir vers le client, écouter le client qui est parfois dans une urgence du genre « il me faut un système de cybersécurité pour avant-hier », et donc gérer cette pression. Donc, une très bonne assertivité et être capable de monter en puissance dans l'entreprise. C'est vraiment un secteur dans lequel il ne faut pas avoir peur si on a la formation minimum de base. On sait qu'il y a des portes d'entrée pour se former à ce sujet.

 

Du côté du Forem, avez-vous la même analyse des besoins des employeurs à ce niveau-là ?

 

T. N. : Effectivement, aujourd'hui on se forme, c'est pour monter à l'emploi, et puis il y a des formations continues justement pour mettre à jour ses compétences. C'est un secteur qui évolue fortement. On a cinq centres de compétences, dont Technobel, sur lesquels on s'appuie justement pour faire monter en compétence, d'abord les chercheurs d'emploi parce qu'on sait qu'en Wallonie, aujourd'hui, 40 % des chercheurs d'emploi n'ont pas le CESS, n'ont pas terminé leurs humanités, donc il faut les faire monter en compétence. 

Et puis, il faut maintenir à niveau les personnes qui ont un emploi. Comme je vous le disais tout à l'heure, la digitalisation est en cours, les technologies évoluent, et donc même si vous êtes maçon, vous devez commencer maintenant à travailler avec des applications, des outils technologiques pour lesquels vous devez être formé.

 

Est-ce que l'IT c'est un secteur de reconversion à privilégier ? On sait que le gouvernement fédéral notamment veut remettre les malades de longue durée à l'emploi. Est-ce que, peut-être, si physiquement on n'est plus capable de faire le métier qu'on faisait précédemment, est-ce que l'IT peut être une piste ?

 

T. N. : Il faut être très clair par rapport à une réorientation. Il faut que ça fasse partie d'un chemin cohérent. Si vous êtes maçon mais que vous avez une appétence pour ces nouvelles technologies, pourquoi pas. Ce n'est pas une finalité en soi de faire une formation parce que ça peut prolonger mes droits aux allocations de chômage. Ce n'est pas du tout comme ça qu'on va orienter une personne.

Il faut qu'il y ait une cohérence entre la volonté de la personne, les aspirations professionnelles, les compétences de base. Tout ça va être analysé avec son conseiller Forem, et on va faire une analyse avant de le lancer en formation parce que c'est avec de l'argent public qu'on propose une formation, ce que propose Technobel comme formation, c'est de l'argent public. On doit veiller à ce que les personnes qui rentrent en formation, ce n'est pas juste pour prolonger de quelques mois leurs droits, c'est simplement parce qu'elles veulent s'insérer effectivement dans ce métier.

 

Il n'empêche que Technobel accueille quand même beaucoup de gens en reconversion. Comment ça se passe si on est en recherche d'emploi ou peut-être qu'on a un emploi mais qu'on a envie de changer ? Comment se passe le cheminement chez vous ?

 

Frédérique Renault : C'est très important de réfléchir à son projet professionnel, et on est là aussi pour accompagner les chercheurs d'emploi dans cette réflexion. Chez Technobel, déjà depuis quelques années, on a mis en place une démarche qui permet de passer par une phase d'orientation, donc de découverte aussi des métiers, et ensuite il y a des entretiens qui sont réalisés avec l'équipe accompagnement, qui permettent vraiment de creuser les motivations, de creuser le projet professionnel de la personne pour qu'il y ait une adéquation entre ses qualités, entre ses compétences, sa motivation et le métier.

Parce que le métier de l'informatique, c'est très particulier. Quand on veut devenir administrateur réseau, c'est vraiment un monde à part, et il faut vraiment avoir cette logique, cette envie, cette passion, d'autant plus que les formations en centre sont très intensives. Donc il faut vraiment avoir cette envie. On est vraiment là pour accompagner, pour valider ce projet professionnel. Ça, c'est la première chose.

Au niveau des reconversions, en effet, on a une bonne partie de notre public qui est un public en reconversion, des personnes qui ont travaillé par exemple dans les banques, même des personnes qui ont travaillé dans le secteur médical, vraiment des secteurs très variés, et qui, au travers de leurs fonctions, ont en effet découvert que finalement l'IT, ça les intéresse. Finalement, ce qui se passe derrière tout ce qu'elles utilisent, ça les intéresse, donc elles ont envie d'aller plus loin, et on est là pour les accompagner.

Le retour des entreprises est qu'une personne qui a déjà une carrière professionnelle derrière elle de plusieurs années, par exemple, et qui décide de se réorienter, c'est une vraie plus-value aussi, parce que cette personne a aussi acquis une vision de l'entreprise, mais aussi une vision des besoins des utilisateurs. 


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L'UCM, c'est aussi une entreprise avec des emplois IT et ce ne sont pas les plus faciles à pourvoir. Est-ce qu'il y a des freins au recrutement de ce type d'emploi ?

 

Aurélie Marichal : Effectivement, chez UCM, on a organisé notre premier job day sur le secteur IT au cours de 2025, parce que UCM voulait se démarquer d'autres entreprises. On ne pense pas toujours à UCM comme un potentiel recruteur dans les métiers IT. Pourtant, on a 150 collaborateurs en interne qui ne font que de l'IT. Donc, on voulait se positionner différemment, on voulait être innovant.

 

Pourquoi est-ce difficile de recruter dans ce secteur ? Avez-vous des conseils pour les employeurs ?

 

A. M. : On conseillera à l'ensemble des entreprises qui rechercheraient des profils dans l'IT : de peut-être chasser autrement que sur LinkedIn, de montrer qu'on est différent, de montrer les valeurs de l'entreprise, l'équilibre vie professionnelle et vie familiale mais aussi ce que l'entreprise offre, pour autant que ce soit vrai évidemment. Il ne faut pas faire du bluffing.

On sait aussi que le collaborateur dans tous les secteurs n'a pas que des aspirations salariales. Je pense qu'il faut aussi oser montrer ce que l'entreprise offre de manière globale pour pouvoir attirer et retenir ses talents dans l'entreprise, surtout dans le secteur IT qu'on connaît très tendu. Donc, il y a une volatilité du collaborateur qui est plus importante.

 

Ce qui est un peu particulier avec ce secteur-là, c'est que les entreprises aussi doivent séduire, justement parce que c'est un secteur particulièrement tendu.

 

T. N. : Quand vous êtes concerné par la liste des métiers en pénurie - il y a 146 métiers en pénurie - ça veut dire qu'il y a des tensions sur le marché de l'emploi. Ça veut dire qu'il n'y a pas suffisamment de profils pour satisfaire les besoins des entreprises. Donc là, effectivement, le pouvoir est plutôt dans les mains des travailleurs, parce que là, ils savent qu'ils sont vraiment recherchés sur le marché de l'emploi.

Il faut alors jouer sur plusieurs variables. La variable salaire est une chose, mais il y a d'autres aspects. On a parlé effectivement de combinaison de vie privée, vie professionnelle mais aussi la mobilité… il y a plein d'autres aspects sur lesquels il faut réfléchir.

Par exemple, les gens ne veulent plus faire maintenant autant de déplacements que la génération d'avant pouvait le faire, c'est-à-dire une heure de route le matin, une heure de route le soir. Le télétravail est quelque chose sur lequel on peut travailler, et surtout dans les métiers de l'IT, on sait effectivement organiser ce travail en toute intelligence.

 

Est-ce qu'aujourd'hui l'intelligence artificielle rebat un peu les cartes ? Est-ce qu'il y a une inquiétude que certains de ces métiers disparaissent, ou pas ?

 

F. R. : Il peut y avoir une inquiétude par manque de connaissances, je dirais. L'intelligence artificielle est vraiment venue ajouter une plus-value, des compétences et des connaissances supplémentaires aux travailleurs.

Aujourd'hui, l'intelligence artificielle a été intégrée dans tous nos programmes, dans tous nos parcours de formation, elle devient vraiment un outil sur lequel on s'appuie pour aller plus loin dans certaines compétences, pour aller plus loin dans certains développements.

Maintenant, ce qui est important évidemment, c'est de ne pas utiliser l'intelligence artificielle pour faire tout à sa place. Ça, c'est faux, cela ne fonctionne pas du tout comme ça. C'est bien connaître son métier, avoir un bon socle de connaissances de base sur lequel on va ajouter cet outil d'intelligence artificielle, qui va nous permettre de gérer des tâches plutôt répétitives, et donc d'avoir du temps pour faire autre chose. Mais aussi, parfois, pour pouvoir s'informer d'une façon beaucoup plus rapide qu'avant. Ça permet aussi parfois de tester des solutions de façon plus rapide pour ensuite faire des choix beaucoup plus éclairés.

C'est vraiment un outil majeur qui finalement booste les compétences aujourd'hui du travailleur et de la personne qui est en formation.

 

Dernier dossier, puisque c'est l'actualité de ce début d'année :  la réforme du chômage. Est-ce que l'IT peut être une piste de solution pour les personnes exclues, ou il ne faut pas compter là-dessus ?

 

T.N. : Effectivement, c'est un secteur qu'il faut analyser si on est concerné par la réforme des allocations de chômage ou, de manière générale, si on veut se lancer sur le marché de l'emploi. Je dirais qu'il y a plein de pistes de solutions que proposent les centres de formation du Forem, mais aussi des partenaires. On a parlé tantôt de l'IFAPME, mais il y en a d'autres.

Aujourd'hui, au sein du Forem, il y a cinq centres de formation, des centres de compétences qui offrent des compétences dans les métiers des nouvelles technologies. C'est plus de nos 1.000 formations qui sont dispensées. Quand on sait que bon nombre de chercheurs d'emploi n'ont pas de qualification, ils vont devoir passer par la case formation. C'est vraiment quelque chose qu'ils doivent investir pour se lancer. Je dirais qu'il y a pas mal de perspectives à saisir.

 

Concernant les personnes exclues du chômage toujours, au-delà de compétences IT, les entreprises cherchent aussi des compétences peut-être plus simples, des compétences de base. C'est ça aussi l'enjeu des prochains mois ?

 

A. M. : Oui. Au-delà du recrutement dans le secteur IT, je pense que l'ensemble des entreprises, quand elles recrutent, ce qu'elles analysent sur un CV ou ce qui attire en tout cas sur un CV, c'est la mobilité, donc un permis de conduire. Toutes les entreprises ne sont pas proches, surtout dans l'arrondissement de Dinant, des transports en commun, des gares.

Et puis, je l'ai déjà dit, une bonne capacité à apprendre, une belle motivation, une capacité à entrer en interaction avec ses autres collègues et à s'inscrire dans les valeurs qui sont véhiculées dans l'entreprise… Je pense que les employeurs, c'est ce qu'ils veulent. S'ils investissent sur un profil, qu'ils soient IT ou pas, ils vont l'accueillir, l'encadrer, le former. Ils vont se donner le temps, les moyens. Ça coûte aussi de l'argent à l'entreprise d'accueillir un nouveau collaborateur, donc ce qu'ils souhaitent par-dessus tout, c'est que ce collaborateur reste dans l'entreprise le plus longtemps possible. Au-delà du profil et des compétences, il faut vraiment qu'il y ait un bon feeling et un partage des valeurs communes.

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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