Photo tirée de la couverture de l'ouvrage "Dr Queen", éd. Racine
Denis Goeman et Grégory Schmidt présentent une conférence tirée de leur ouvrage éponyme « Docteur Queen », paru aux éditions Racine.
Difficile d'imaginer un grand écart plus vertigineux. La vie de Grégory Schmidt, c'est la morgue la journée et les paillettes la nuit. L'homme est en effet médecin légiste et artiste transformiste. De ce parcours atypique, il a tiré un livre écrit avec la complicité du magistrat bruxellois, Denis Goeman.
"Viens voir un petit peu, j'ai une surprise pour toi", lance un jour une collègue à Denis Goeman, substitut au Parquet de Bruxelles. Sur l'écran de son téléphone, apparaît une personne imitant Lady Gaga, perchée sur une boule à facettes dans un cabaret. La surprise : il s'agit de Grégory Schmidt, le médecin légiste avec qui il travaille sur des affaires de meurtres. "Je tombe un peu des nues", confie le magistrat, qui propose alors d'écrire un livre pour raconter cette histoire inhabituelle.
Comprendre la médecine légale
Au-delà de l'anecdote, la conférence vise un objectif pédagogique. "Le médecin légiste, ce n'est pas comme on le pense souvent le médecin de la mort, mais c'est le médecin de la justice", explique Grégory Schmidt.
Très loin de ce qu'on peut voir dans les séries télévisées, le médecin légiste n'arrive pas "avec son colt à la ceinture" pour arrêter les assassins. Il intervient à quatre moments clés : la descente sur les lieux, l'autopsie, la reconstitution des faits et le témoignage devant la cour d'assises.
Les deux intervenants regrettent le nombre insuffisant d'autopsies en Belgique. Il existe un projet pour qu'on atteigne 0,9% de l'autopsie, alors que les recommandations européennes c'est d'autopsier 10% des décès.
Une première affaire marquante
La première autopsie de Grégory Schmidt reste gravée dans les mémoires : celle des cinq enfants égorgés par Geneviève Lhermitte en février 2007. Grégory Schmidt n'est alors que stagiaire :
Je n'ai pas pensé au fait que j'avais devant moi les corps de cinq enfants qui avaient vécu des choses horribles et je pense que c'est absolument nécessaire pour être médecin légiste. A ce moment-là, ce n'était plus des corps, c'était des objets d'expertise. Cela peut paraître un peu dur de dire ça mais c'est absolument nécessaire pour pouvoir prendre le recul nécessaire pour supporter ce qu'on voit. Sinon après trois autopsies, on craque évidemment. Et puis, ça nous permet également de rester objectif.
Entre morgue et cabaret
Le soir, Grégory Schmidt devient Clarika, drag queen chez Maman, célèbre cabaret bruxellois. Cette passion est née en 2000 alors qu'il est simple client de l'établissement. Il y deviendra barman avant de se lancer comme artiste. "Je ne cache absolument rien sur mes réseaux sociaux, tout est public", affirme-t-il, rejetant l'expression "double vie".
Je n'ai jamais eu aucune remarque négative que ce soit de la part du milieu judiciaire, du milieu médical ou du milieu universitaire. Je n'ai jamais eu aucune remarque négative alors que c'est su de tout le monde.
Le cabaret lui a permis de rencontrer des célébrités, dont Maurane, qu'il a examinée après son décès. "C'était la seule fois où je me suis dit : je ne suis pas à ma place ici, mais dans d'un autre côté, je n'aurais pas voulu que ce soit quelqu'un d'autre qui soit là", confie-t-il, évoquant cette autopsie particulièrement difficile.
Conférence enregistrée au Centre culturel de Dinant, le 15 septembre 2025
Production : Rotary Club Dinant Haute Meuse et DLivre