Michel Lefftz présente un exposé intitulé « Des mains de maîtres : la production sculptée namuroise des 17e et 18e siècles »
Michel Lefftz, docteur en histoire de l'art et professeur à l'Université de Namur, révèle au cours de sa conférence un pan oublié du patrimoine artistique local. Une découverte d'autant plus remarquable qu'il n'y croyait pas lui-même, convaincu que la production namuroise de l'époque ne représentait pas un « milieu très fertile ».
Michel Lefftz explique que Namur n'a jamais eu une grande renommée artistique :
Le milieu namurois est lié à l'ancien Comté, à la Meuse, à la Sambre, et est surtout lié aussi au commerce de la pierre depuis le Moyen Âge. C'est un centre qui n'a jamais eu une grande renommée du point de vue artistique, désolé de le dire, mais il n'y a jamais eu d'identité très forte, en tout cas jusqu'à l'exposition. Il n'y avait pas de grands artistes pour la sculpture, de grands noms qui étaient foncièrement attachés à Namur.
Le Christ dansant
La conférence est en réalité le prolongement d'une exposition visible à Namur en 2024 et baptisée « Des mains de Maîtres. Sculpteurs baroques et rococo à Namur (17e-18e siècles) ». Elle-même est née d'une série de hasards heureux.
Tout commence par une contribution pour la collection de sculptures des amis du Musée Groesbeeck-de-Croix. Michel Lefftz découvre alors une sculpture qui l'intrigue depuis longtemps : un Christ triomphant de la mort qui se trouvait à Saint-Jean-Baptiste.
Lors des travaux de rénovation du bâtiment, l'œuvre est descendue, permettant enfin un examen rapproché. Cette sculpture de style rococo, devenue « le Christ dansant », est restaurée à l'IRPA et devient « le clou de l'exposition ».
Michel Lefftz souligne qu'il était « magnifique de pouvoir tourner autour » car l'œuvre révèle « la mobilité incroyable de ce corps ». Pour lui, le Christ danse et « exprime cette légèreté du corps ressuscité au-dessus de la terre, de la matière, au-dessus du terrestre et donc entre ciel et terre ».
Pour en savoir plus sur « le Christ dansant », à lire sur le site du musée diocésain de Namur : Une oeuvre majeure de la sculpture namuroise restaurée
L'humilité de l'historien de l'art
Michel Lefftz poursuit en expliquant son travail d'historien de l'art. Sa méthode de travail consiste à partir d'une œuvre pivot (datée et attribuée) et à grouper d'autres œuvres par ressemblance. Il rappelle que ces rapprochements restent des hypothèses :
Il faut être modeste quand on fait de l'histoire de l'art, on propose des choses, mais qui ne sont jamais des hypothèses jusqu'au jour où quelqu'un qui est mieux informé, qui est plus avisé, qui a rassemblé d'autres éléments, qui a une autre manière de voir, va proposer une meilleure solution. Dans toutes les sciences, c'est comme ça. On a souvent pensé que « ça y est, on y était », et puis, à travers le temps, d'autres chercheurs sont arrivés et ont révolutionné les choses.
Michel Lefftz a entrepris un travail systématique sur environ 5.000 sculptures du territoire de l'ancien diocèse de Liège.
Conférence enregistrée à l'auditorium Berthe Pouleur à Jambes, le 18 septembre 2025
Production : Société archéologique de Namur